‹ Vie et œuvres (volume 2)Chapitre 117 sur 284 · LETTRE LXX · texte numérisé non relu

LETTRE LXX

A SŒUR F. -M. DE LA BARGE, A MOULINS (L'autographe est au monastère de Riom.)

Vive -j- Jésus !

De notre monastère de Paray, ce 8e avril 1687.

Je bénis Dieu en lisant votre lettre, mon intime sœur, de ce qu'il vous donne des preuves sensibles d'un véritable amour, par la voie des anéantissements. Ainsi comme il vous en donne la vue, suivez-la sans rien craindre, et je crois que vous ferez ce qu'il veut de vous pour établir son règne en votre cœur. Je pense qu'il en veut bannir les créatures, et puis vous-même. C'est pourquoi réjouissez-[vous] lorsque vous en recevrez quelque oubli ou mépris, et pensez que c'est afin que vous les bannissiez de votre cœur, lequel il ne faut plus répandre au dehors, mais lui retrancher l'affection aux choses extérieures, afin qu'il s'applique tout à aimer son Dieu résidant dans lui-même. Et je pense qu'il vous fera de grandes grâces si vous avez le courage de le suivre par un entier oubli de vous-même, abandon à sa pro-

1. La Bienheureuse n'attendit pas cette autre occasion ; le même jour elle put écrire à son amie, comme le prouve la date de la lettre suivante.

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vidence et une grande pureté dïntention, vous unissant toujours à celle du sacré Cœur de Notre-Seigneur, aimant par son amour et voulant par sa volonté. Enfin choisissez-le pour votre oratoire sacré où vous ferez vos prières et oraisons, afin quelles soient agréables à Dieu. Et il me semble qu'un des meilleurs moyens pour l'avancement à notre perfection, c'est l'examen particulier sur le défaut que nous avons entrepris de détruire, et sur la vertu contraire que nous désirons acquérir ; et marquer nos fautes sur un petit livret, pour nous en imposer toujours quelque pénitence à la fin du jour.

Je vous demande pardon, ma très aimée Sœur, de la liberté que je prends de vous dire si simplement mes pensées ainsi comme votre humilité vous le fait désirer. Ce n'est pas que je ne sache que vous faites encore plus que tout cela, mais je pense |que] Dieu veut que vous avanciez de plus en plus dans les voies de son pur amour, suivant les désirs qu'il vous en donne. Mais contentez-vous des occasions qu'il vous fournira, soit d'humiliations ou contradictions ; et ne les cherchez pas, mais profitez-en en silence. C'est le souhait de votre indigne sœur.

M.-M. de 1. V. Sle-M. — D. S. B.

Notre chère sœur Cordier présente ses très humbles respects à votre très honorée Mère J, et à vous, ma chère Sœur, qu'elle aime très sincèrement. Kt moi, je vous conjure de demander a Dieu ma véritable conversion, vous assurant que vous n'êtes pas oubliée dans mes indignes prières. Vous ne serez peut-être pas fâchée que je vous envoie ce petit billet de l'aspiration qu'une sainte âme nous a laissée •.

La suscription porte : « Pour ma très honorée sœur Félice- Madeleine de la Barge, à Moulins. »

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