‹ Vie et œuvres (volume 2)Chapitre 123 sur 284 · LETTRE LXXVI · texte numérisé non relu

LETTRE LXXVI

A SŒUR DE THÉUIS1, A LYON (L'autographe est au monastère de Paray.)

Vive -j* Jésus !

[Septembre 1687. J

Je prie l'adorable Cœur de Jésus, ma très honorée sœur, vous faire sentir les puissants effets de sa miséricordieuse charité, et de vous donner lui-même ce que vous cherchez

1. Quatre soeurs de Thélis firent successivement profession au

et ne pouvez trouver dans la plus méchante et indigne pécheresse qui puisse être; ce qui m'oblig3r à garder le silence à votre égard comme j'ai le désir de le faire envers tout autre, si l'obéissance, qui m'est une loi inviolable, ne m'ordonnait de vous répondre simplement mes pensées, ce que je vais faire sans façon, puisque vous le souhaitez. Premièrement, dans tout ce que Votre Charité nous dit, c'est cette forte persécution de la grâce que vous sentez parmi tant de rechutes que je trouve de meilleur, parce que cela marque l'ardent désir que Dieu a de sauver votre âme ; ce qu'il ne fera pourtant pas sans notre coopération. C'est pourquoi il ne nous faut pas flatter ; car si nous pensons de lui toujours résister, elle se lassera enfin de nous poursuivre, et se retirera tout doucement de nous, et nous demeurerons comme insensibles à notre perte. C'est pourquoi, si aujourd'hui vous entendez la voix du Seigneur, n'endurcissez pas votre cœur, et tâchez de profiter de cette retraite que vous allez faire pour cet effet, par une forte et efficace volonté de vous vaincre en vous faisant une continuelle violence, soit pour vous détacher de vous-même, ou des autres pierres d'achoppement qui ne vous sont pas inconnues. Mais il ne faut plus de fautes volontaires, si vous désirez rentrer dans les bonnes grâces de Notre-Seigneur Jésus-Christ ; autrement c'est en vain que vous les chercherez, car il se jouera de nous comme nous nous sommes joué de sa grâce. Sa bonté nous veuille garder de ce mal, qui est plus grand qu'on ne le peut exprimer: car quel bien pourrait avoir une âme qui a perdu son Dieu?

monastère de Lyon-en-Bellecour : une tante, sœur Françoise-Aimée de Thélis

t Sr Marie-Laurence, et trois nièces ) Sr Anne-Marie,

( Sr Françoise-Lucrèce.

Quoique la Bse ail omis les initiales du nom de religion de sa correspondante, tout porte à croire que c'était Sr Françoise-Lucrèce qui fut également en rapport avec le R. P. de La Colombière.

Je ne doute pas que ce ne soit par l'esprit de Dieu que ce vertueux ecclésiastique en use ainsi à votre égard, car je le crois un saint homme. Mais nous n'avons pas besoin de médecin si nous ne voulons pas guérir ou user des remèdes qu'il nous ordonne, ou nous abstenir de ce qui nous rend malade. Mais comme un mal connu est à moitié guéri, il ne faut donc plus qu'un bon : je le veux, et tout ira bien. Enfin il s'agit du salut de votre âme, très chère à Notre- Seigneur Jésus-Christ, et pour laquelle je vous puis assurer qu'il n'y a rien que je ne voulusse faire et soulfrir, — ôté le péché, — pour la rendre toute à Celui qui l'a créée pour sa gloire. Mais nul n'y peut mieux travailler que vous, en vous servant des lumières qu'il vous donne pour faire le bien et pour éviter le mal. Ne disputez donc plus avec la grâce, je vous en conjure par tout l'amour du sacré Cœur de Notre-Seigneur Jésus-Christ, de la dévotion duquel, lorsque je vous en ai parlé, j'entendais plutôt une dévotion d'une parfaite conformité à ses saintes vertus que non pas de prières seulement. Pour le regard de vos communions, ou il faut qu elles produisent en vous quelques bons effets pour ne plus tomber volontairement, ou il faut suivre en cela l'avis qui vous est donné. Pour ce qui est de la crainte, je crois que vous feriez plaisir à Notre-Seigneur d'aller à lui avec les dispositions de l'enfant prodigue, en sorte que la crainte né vous ôtât pas la confiance ; mais il n'est pas dit que cet enfant, après être retourné à son père, le quittât pour une seconde fois. Mais, mon Dieu ! que direz-vous de la liberté que votre humilité fait prendre i\ mon orgueil? Ne vous en fâchez pas, s'il vous plaît, car je ne saurais à présent vous dire autre chose, sinon que vous aurez une bonne part dans mes indignes et faibles prières ; mais je suis trop méchante, c'est ce qui vous les rend inutiles.

Je souhaiterais bien que ce bon ecclésiastique voulût recevoir la confession de votre solitude, et je crois que peutêtre il le ferait si vous lui promettiez d'être fidèle ù ses avis,

car ce sera un grand mal pour vous de le perdre, car il me semble que, quoique je n'aie pas l'honneur de le connaître, je vous peux dire: Suivez ses conseils sans crainte. Voilà donc simplement mes pensées, auxquelles vous n'êtes nullement obligée de croire, et encore moins de les suivre qu'autant que Notre-Seigneur vous l'inspirera. Je le supplie de tout mon cœur de vous rendre constamment fidèle à faire le bien qu'il demande de vous, en lui faisant des sacrifices de tout ce qui vous coûte le plus, selon qu'il vous le fera connaître, car il n'y a point de milieu : il veut tout, ou rien. Et si vous saviez les grâces que vous recevriez de lui, vous ne lui refuseriez pas ce qu'il vous demande, car toute votre paix et tout votre bonheur ne consistent qu'en cela. Mais allez en votre solitude en esprit de pénitence. Soulfrez et vous contentez. Dieu soit béni !

S1' M. Marie de la Visitation Sle-Marie, D. S. B.

Hélas ! ma chère sœur, si nous pouvions comprendre le grand tort que nous faisons à notre pauvre âme en la privant de tant [de] grâces, et l'exposant à un péril si évident par ces fréquentes chutes volontaires qui lui font perdre 1 amitié de son Dieu, lequel ne la peut écouter, ni même ceux qui le prient pour elle, tandis qu'elle refuse elle-même de l'entendre et de se convertir toute à lui. Il lui ferme l'entrée de son sacré Cœur, parce qu'elle l'a chassé du sien. Profitons du temps qu'il nous donne, et ne différons plus ; mais ne nous troublons pas, car tous les troubles ne servent qu'à augmenter notre mal. L'esprit de Dieu fait tout en paix. Recourons à lui avec amour et confiance, et il nous recevra entre les bras de sa miséricorde ; mais après cela, tâchons de ne nous en plus retirer, car tant de rechutes volontaires sont bien dangereuses, surtout à une âme religieuse.

La suscription porte : « Pour ma très honorée sœur de Thé- Us, ([lie je supplie MllQ Pèzerat de mettre dans son paquet . »

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