La Mère Louise-Henriette de Soudeilles
380 VIE ET ŒUVRES DE MARGl EKITE-MARIE ALACOOUE
Mère, que je conserverai toujours pour Sa Charité toute l'estime, l'affection et le respect dont mon chétif cœur est capable dans celui de notre bon Maître, Notre-Seigneur Jésus-Christ lequel, comme je pense, a très agréable l'affection et l'ardent zèle qu'elle a de le faire connaître, aimer et glorifier. Ses peines ni ses soins ne seront pas perdus. Je ne peux vous exprimer la consolation quelle me donne de s'insinuer, comme je crois, par ces moyens, si avant dans les bonnes grâces et l'amitié de cet aimable Cœur, en la présence duquel je ne l'oublie pas, non plus que Votre Charité, mon intime sœur. Et je me serais donné l'honneur d'écrire à cette chère Mère pour la remercier de la demidouzaine des petits livres du sacré Cœur qu'elle nous a encore envoyés, dont [je] lui reste infiniment obligée, et dont je vous prie lui témoigner ma reconnaissance, car elle m'a fait un très grand plaisir ; et elle aura la bonté d'en agréer mes très humbles remerciements par votre entremise, craignant que nos trop fréquentes lettres ne lui soient importunes. Et pour vous, ma chère sœur, tâchez de bien profiter et cultiver les bons sentiments que vous recevez de la souveraine Bonté; rendez-vous-y attentive, car l'Esprit-saint souffle où il lui plaît ; la grâce vient, et ne retourne jamais. C'est pourquoi profitons-en ; car le Seigneur en nous inspirant le bien nous donne la force de le faire, mais il n'en est pas ainsi de la créature. Suivez donc ses lumières sans vous lasser, jusqu'à ce que vous l'ayez rendu le Maître absolu de votre cœur.
S1 M. -M. D. L. V. Ste-M. — D. S. B.
Ne soyez pas en peine de vos lettres, le secret vous est gardé fidèlement de ma part. Dans les visites du très saint Sacrement, votre demande sera l'amour à votre abjection, pour honorer les anéantissements d'un [Dieu] caché et humilié pour notre amour ; et dans vos oraisons et communions, desquelles vous ne devez point perdre, vous ferez la
même demande ; — et dans votre retraite, où vous ferez tout tendre à l'oubli et mépris de vous-même, afin de vous y perdre toute en Dieu pour ne plus vous souvenir, chercher, ni voir que lui en toute chose, et son seul bon plaisir, qui doit éteindre tous nos désirs.
La suscription porte : « Pour ma très chère sœur de La Barge en notre monastère de Moulins. »