‹ Vie et œuvres (volume 2)Chapitre 128 sur 284 · LETTRE LXXX · texte numérisé non relu

LETTRE LXXX

Vive -f Jésus !

[17 janvier] 1688.

Il n'y aurait point d'excuse, ma chère Mère, qui pût justifier mon silence auprès de vous si notre souverain Maître ne le faisait lui-même ; et, comme je vais sans façon avec Votre Charité, en vous exposant simplement mes pensées, sur lesquelles je vous assure ne faire aucun fond, je vous demande aussi de n'y en point faire et de mç garder le secret, afin qu'une si misérable pécheresse ne puisse plus tromper personne. Espérant cette grâce de votre bonté, je vous parlerai à cœur ouvert sur le sujet du sacré Cœur, qui me continue toujours ses miséricordes, nonobstant mes infidélités, et je ne vous puis exprimer le doux transport de joie que je ressentis à la vue de ces images, qui m'excitaient à vous donner mille bénédictions en mon âme, qui estime la votre heureuse d'un si heureux succès,

lequel vous était réservé avec toutes les grâces qu'il attirera sur votre chère âme. Et pour cette bonne sœur1, je crois, si je ne me trompe, quelle lui a donné plus de plaisir par ce qu'elle a fait à son honneur, qu'elle n'avait encore pu faire, par toutes les autres actions de sa vie et j'espère a qu'elle ne demeurera point en la disgrâce du sacré Cœur qui, comme je le pense, la rendra un monument éternel de ses miséricordes. Il me semble qu'il l'aime tendrement, et qu'il désire d'être aimé réciproquement d'elle, uniquement et constamment. Qu'il fait bon plaire à ce divin Cœur, qui récompensera nos peines par des plaisirs éternels et incompréhensibles !

Je n'ai pas manqué de prier, selon votre souhait, pour N... Mais à la vérité je suis si méchante, que je craignais être un obstacle, qui empêcherait les saintes âmes qui prient pour lui d'être exaucées ; car à l'abord je me sentis fort rebutée dans ma demande, et il me semblait même avoir un combat avec ce divin Cœur, de qui l'amour me fit ce me semble remporter la victoire, entendant enfin ces paroles : « Demeure en paix . Je te promets que s'il veut « correspondre à ma grâce, je ne retirerai jamais ma misé- « ricorde de son âme, se dévouant à rendre un particulier « hommage à mon Cœur par la vertu de patience et de « charité ; et tous les premiers vendredis du mois faisant « dire une messe ou en entendant une pour se mettre, et « tout ce qui lui appartient, sous ma protection, disant « tous les jours la petite consécration. » — Mais je vous avoue que je crois que c'est en votre faveur qu'il a regardé d'un regard d'amour cette personne. Ne vous lassez donc

a) Trad. ilal. :« che non sara mai in disgrazia del S. C. » La traduction rend mieux le sens de la pensée <jue le texte français qui est un peu équivoque à première lecture.

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