‹ Vie et œuvres (volume 2)Chapitre 149 sur 284 · Sœur Louise-Henriette de Soudeilles · texte numérisé non relu

Sœur Louise-Henriette de Soudeilles

à notre bon Père de La Colombière a, le jour de sa mort, que je fus célébrer à notre chapelle ', depuis les dix heures du matin jusqu'à environ les quatre heures du soir, par un grand privilège de l'obéissance, étant comme accablée de souffrances qui ne m'ont pas cessé depuis environ cinq semaines, mais d'une manière que je croyais à tout moment y succomber, bien que j'en eusse été avertie auparavant par ce Cœur charitable, qui m'a semblé me faire cette demande : si je ne lui voulais pas bien tenir compagnie sur la Croix dans ce temps où il est si délaissé, par l'empressement que chacun a à se divertir 2, et que, par les amertumes qu'il me ferait goûter, je pourrais en quelque façon adoucir celles que les pécheurs versent dans son Cœur sacré ; que je devais gémir sans cesse avec lui pour obtenir miséricorde, afin que les péchés n'arrivassent à leur comble, et que Dieu pardonnât aux pécheurs en faveur de l'amour qu'il porte à cet aimable Cœur, qui ne cesse de se consommer de celui qu'il a pour les hommes, puisqu'il ne veut établir son règne nouveau parmi nous que pour nous départir plus abondamment ses grâces de sanctification et de salut. Mais non pas à ceux qui n'en profiteront pas et qui ne les rendraient pas victorieuses en eux-mêmes, parce que ceci nous est une précieuse portion qui nous est donnée de notre bon Père céleste pour dernier remède à nos maux, selon qu il me l'a dit*.

a) Mss. 3 el 8 : '< le jour de sa fête, je veux dire le jour de sa mort », 15 février.

b) Ms. 9 : « Et il me semble que notre saint Fondateur, ce vrai ami du cœur de Dieu, a été le principal moteur de ce don salutaire pour l'obtenir en faveur de notre cher Institut, parce que Satan voulait vomir sa rai^e à en détruire l'esprit, et par ce moyen le renverser. Mais j'espère qu'il n'en viendra pas à bout si nous

1. A la chapelle du Sacré-Cœur, dont la dédicace avait eu lieu le " septembre 1688.

2. La date de cette lettre coïncide avec le temps du carnaval.

Poursuivez courageusement, ma chère Mère, ce que vous avez entrepris pour sa gloire dans l'établissement du règne de ce divin Cœur, lequel régnera malgré Satan et tous ceux qui s'y voudront opposer. C'est maintenant le temps d'opérer et souffrir en silence, comme il a fait pour notre amour. Vous devez croire qu'il aura mémoire et complaisance pendant toute l'éternité de ce que vous et ces cinq autres personnes ont fait pour lui, en sorte que vous direz un jour, que quand vous auriez souffert tous les tourments des martyrs vous vous trouveriez bien récompensée, et

voulons, selon les intentions de notre saint Père, nous servir des moyens qu'il nous présente pour nous remettre dans la première vigueur de l'esprit de notre sainte vocation, vivant selon les maximes du sacré Cœur de Notre-Seigneur Jésus-Christ.

« Il veut retirer beaucoup d'âmes de la perdition éternelle ; car ce divin Cœur est comme une forteresse et un asile assuré à tous les pauvres pécheurs qui s'y voudront réfugier pour éviter la divine justice dans son juste courroux, qui, comme un torrent impétueux, inondait les pécheurs avec leurs péchés qui irritent la divine colère.

« Une chose qui me console fort, c'est que j'espère qu'en échange des amertumes que ce divin Cœur a soulfertes dans les palais des grands pendant les ignominies de sa Passion, cette dévotion l'y fera recevoir avec magnificence, avec le temps. Et quand je lui présentais mes petites requêtes sur toutes ces choses qui semblaient si difficiles à obtenir, il me semblait entendre ces paroles : « Crois-tu que je le puisse faire? Si tu le crois, tu ver- « ras la puissance de mon Cœur dans la magnificence de mon « amour. » — A mesure que je vois ces heureux progrès : « Ne « t'ai-je pas bien dit que si tu pouvais croire, tu verrais l'effet « de tes désirs s'accomplir? » — Je n'y sers que d'obstacle; c'est pourquoi je souhaiterais être hors de cette vie, quoique je ne cesse d'appliquer à ce seul intérêt de la gloire de ce sacré Cœur tout le bien que je peux faire ou que l'on fait pour moi. 11 me donne de tels mouvements de reconnaissance de ce qu'il se manifeste ainsi, que je me voudrais fondre d'actions de grâces. C'est un abîme de biens où il nous faut perdre pour ne plus rien goûter des choses de la terre. »

quand ce né serait que ce grand nombre d'âmes que ce

divin Cœur veut retirer par ce moyen de la perdition. Ce

vous doit être une grande consolation d'avoir une union si

étroite avec le bon Père de La Colombière, en sorte qu'il

fait dans le ciel par ses intercessions ce qui s'opère ça-bas

en terre pour la gloire de ce sacré Cœur. Soutenez donc

courageusement toutes les petites contradictions, puisque

vous tenez sa place dans un emploi si relevé. Pour moi, la

Croix est mon partage, puisqu'il m'a fait entendre que ce

sacré Cœur voulait établir son règne sur la destruction et

anéantissement de moi-même. Aussi sait-il bien faire son

, œuvre, n'étant pas un moment sans souffrir, et souvent sa i sainteté y met tant d'ouvriers, que si je n'étais aussi : méchante que je la suis pour lui résister, la besogne serait bientôt faite.

Je vous avoue en confiance que si sa bonté ne m'envoyait le secours charitable des saintes âmes qui prient pour moi, je ne pourrais pas subsister. Il est si bon qu'il ne me laisse manquer de rien, ayant inspiré des saints religieux d'offrir . le saint sacrifice de la messe à mon intention tous les vendredis, et cela à mon insu, si bien que j'aurai quatre messes par mois pendant ma vie, à moins qu'ils ne meurent avant moi. Il y en a que je n'ai point vus. Il m'ont écrit que jamais ils n'ont tant reçu de grâces que dans l'exercice de cette charité, et moi j'en reçois un secours extraordinaire. Le nom de celui qui a composé l'Office, c'est le R. Père Gette.

Vous voyez la confiance avec laquelle je vous écris, sur l'assurance que vous me donnez a de brûler ce que je vous écris ; car, ma chère Mère, ma vie est si criminelle que c'est avec justice que je désire d'être ensevelie dans un

a) Édit. A et B : « que tout ce que je vous dis ne sera vu que de vous; après quoi, je vous conjure de brûler nos lettres. Je ne

éternel oubli et mépris des créatures, [moi] qui les ai trompées quoique sans le vouloir. Je ne m'oublie pas de notre union dans le sacré Cœur de Jésus-Christ, lequel, si je ne me trompe, fait sentir des complaisances inconcevables à notre saint Fondateur de ce que sa dévotion s'établit dans notre Institut, parce qu'il veut s'en rendre le soutien et le défenseur pourvu que nous n'y mettions point d'obstacle par nos infidélités. Que de bénédictions et de grâces il me semble qu'il s'est proposé de répandre sur ce cher Institut et en particulier sur les maisons qui lui procureront plus d'honneur et de gloire, pourvu que nous soyons fidèles d'ôter ce qu'il nous fera connaître lui empêcher la complaisance qu'il y veut prendre en répandant la suave onction de son amour sur le général et le particulier des communautés, etc. D. S. B.

sais le plus souvent ce que j'écris, et peut-être que je redis souvent la même chose, écrivant à plusieurs reprises faute de loisir; et je ne peux lire qu'avec une extrême peine ce que j'ai écrit, pour la grande humiliation où cela me jette. De plus, je ne saurais rien prévoir de ce que j'ai à dire, mais il faut dire et écrire simplement ce qui me vient en pensée. Hélas ! si vous saviez combien ma vie est criminelle. » (Ce morceau ne se retrouve pas dans nos manuscrits.)

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