LETTRE XCVIII
A SŒUR DE LA BARGE, A MOULINS (L'autographe est au monastère de Nevers.)
Vive f Jésus !
[Vers le mois de mars 1689 K]
Qu'à jamais soient rendus l'amour, la gloire et la louange |au Cœur tout amour, tout aimant et tout aimable de notre adorable Sauveur, de tout le bien qu'il produira et opérera dans les âmes par l'établissement du règne de son pur .amour dans les cœurs de bonne volonté, dont je crois le I vôtre être de ce nombre, ma toute chère et intime sœur, par les bons désirs où je le vois de le suivre courageusement par la voie qu'il vous a tracée. J'en ai ressenti de la iconsolation en lisant la vôtre qui me confirme de plus en plus dans les sentiments qu'il me semble que ce divin jCœur m'a toujours donnés à votre égard, et que je vous ai Jtant de fois réitérés, que je crains de vous en ennuyer. Mais pardonnez-moi, chère amie, je ne peux vous dire autre 2hose, sinon que l'anéantissement de vous-même, vous élè-
1. L'autographe de cette lettre n'est pas daté par la Servante de Dieu; mais il porte une date écrite postérieurement par une autre nain. Il y avait d'abord : « un peu après Pâques 1690 .» ; puis on a •us plus tard : « un peu avant Pâques 1090 ,,. Cela seul montre delà e peu de valeur de l'indication : il fallait avoir bien mal lu la lettre )our mettre : « un peu après Pâques », alors qu'elle suggère des x-atiques de dévotion « pour tout ce saint temps de carême » La •ote : « Un peu avant Pâques » n'est guère plus satisfaisante C'est ■ u commencement du carême qu'il aurait fallu écrire.
D'autre part, nous prouverons dans la note de la lettre suivante ui est de la même époque, que les deux lettres sont de l'année 1689' h\ Pâques tombait, en cette année, le 10 avril. La présente lettre à œur de a Barge est donc de la fin de février ou du commencement e mars 1689, c est-a-dire selon l'indication très exacte de \ et 13
vers le mois de mars 1689 ».
vera à l'union de votre souverain Bien. En vous oubliant de vous-même, vous le posséderez, et en vous abandonnant à lui, il vous possédera.
Allez donc, pleine de foi et d'une amoureuse confiance, vous livrer à la merci de sa Providence, pour lui être un fonds qu'ils puisse cultiver à son gré, et sans résistance de votre part ; demeurant dans une humble et paisible adhérence à son bon plaisir, toute cachée dans les sacrées ténèbres de l'amour à votre abjection ; car je ne peux m'enpêcher de croire toujours plus fortement que c'est là où il vous veut et où il vous regarde avec complaisance, surtout lorsque ces précieuses humiliations donnent de l'amertume à votre pauvre cœur. Mais, bon courage ! les médecines les plus propres à la santé sont souvent les plus amères [au] goût. Enfin, Dieu, voulant tout posséder notre cœur, ne lui fera plus goûter que de l'amer dans les créatures et toutes les choses d'ici-bas, afin qu'en retirant toutes ses affections, il demeure tout abîmé dans lui par l'unité de l'amour à son abjection. Et l'amertume que vous y ressentez me réjouit, parce qu'elle vous sera la matière d'une plus grande victoire.
Et, dans le désir de satisfaire au vôtre d'avoir quelque pratique, j'ai voyagé dans notre chapelle du Sacré-Cœur pour vous ; mais mes péchés me rendent indigne d'entendre sa voix, et n'ai eu autre pensée sinon qu'il chérit tendrement votre chère âme, et qu'il prendra plaisir que tous les jours de ce saint temps de Carême vous lui rendiez trois visites, soit devant son image, ou devant le très auguste Sacrement. La première, pour lui demander que ce divin Cœur soit un canal par lequel le Père éternel découle continuellement ses miséricordes sur les cœurs endurcis des pécheurs, pour les attirera son amour et connaissance. La seconde visite sera pour le prier d'établir son règne de charité et d'amour dans notre Institut. Et la troisième, pour vous offrir à lui comme une victime d'holocauste
pour être consommée sur la Croix de votre abjection par les ardeurs de son pur amour ; et vous pourrez faire tout cela en esprit. Et afin que sa bonté accomplisse en vous ce qu'il désire par là, et vous fasse les grâces qu'il prétend, je me suis sentie pressée en venant du pèlerinage que j'ai fait pour vous, de vous donner et remettre à votre disposition une des messes qu'il a inspiré de saints Religieux de nous dire tous les vendredis, selon mon intention. C'est pour vous [à] la prendre le premier vendredi, après avoir reçu celle-ci.
Au reste, je vous remercie, chère amie, des deux chers livres que j'ai envoyés à mon frère le prêtre, aussitôt les avoir reçus ; car il m'en demandait avec tant de presse que j'avais été obligée de lui envoyer celui que j'avais réservé pour moi, après l'avoir copié. J'ai bien connu que votre chère Mère ' n'a pas reçu celle que je m'étais donné l'honneur de lui écrire. Cela m'a un peu fâchée, et si je n'avais craint de lui être importune, je l'aurais réitérée ; mais je vous conjure de suppléer à ce défaut, en l'assurant que je conserverai toujours pour Sa Charité tous les sentiments d'estime, de respect et d'amitié que le sacré Cœur de notre divin Maître m'a donnés pour elle et pour votre très chère sœur Déposée2. Présentez-leur, s'il vous plaît, mes très humbles obéissances, et mille remerciements à la très honorée Mère, des petits livrets.
La suscription porte : « Pour la très honorée sœur de la Barge. »