‹ Vie et œuvres (volume 2)Chapitre 15 sur 284 · novembre · texte numérisé non relu

novembre

Une veille de communion, je demandai à mon Jésus 9. Union

... . . , . . .. , de creur ;i-

d unir mon cœur au sien, puisque c était la toute ma pre- vecieCnur tention. Et, me disant comme se pourrait-il faire d'unir le néant a au tout : « je sais que cela ne se peut que par votre amour ». Et, me faisant voir par la suprême pointe de l'entendement ce beau Cœur plus éclatant qu'un soleil et d'une infinie grandeur et un petit point qui ne semblait qu'un atome et qui était tout noir et défiguré, mais qui faisait tous ses efforts pour s'approcher de cette belle lumière. Mais, c'était en vain si ce Cœur amoureux ne l'eût attiré lui-même, en disant : « Abîme-toi dans ma grandeur « et prends g-arde de n'en jamais sortir, parce que b, si tu « en sors, tu n'y rentreras plus. » c. Et je trouve mon cœur tellement lié à l'oraison, que je suis quelquefois comme si e n'en avais plus de jouissance, et dans une paix si grande, que je n'ai d'autre inquiétude que de ne pas aimer mon Dieu et que je n'emploie pas bien mon temps en l'exercice de son saint amour. Et, m'imaginant quelquefois que c'était e démon qui me tenait ainsi, je disais à Dieu : « Faitesmoi connaître les ruses du démon afin que je les évite. » Mais mon Bien- Aimé m'a fait entendre que le démon ne pouvait connaître l'intérieur que lorsque l'on en donnait d quelque signe extérieur et qu'il ne pouvait donner la paix i un cœur.

Et, comme il n'y avait point de temps qui me fût plus io. Entreigréable que celui de la nuit, comme étant plus propre à mes avec n'entretenir avec mon Bien-Aimé, je priais quelquefois Maître, non bon ange qu'il m'éveillât. Je sentais mon cœur tout ^empli de Dieu, dont l'entretien m'était si doux que, souvent, j'y passais des trois heures, sans autres mouvements

a Ms. 3 : « à l'infini » — h) Id. : « si une fois tu t'en retires » [— c) Id. : « et depuis il me semblait que mon cœur était comme i fortement lié que je suis quelquefois à l'oraison comme si » cl) ld. : « connaissance par quelque signe extérieur. »

Marguerile-Marie Alacoque. — II.

130 vis ET ŒUVRES DE MARGUER.TE-MARIE ALACOQUE

ni sentiments que d'amour, sans qu'il fût à mon pouvoir de me rendormir. Une fois, me voulant tourner pour me soulager une épaule qui me faisait mal, il me dit ces paroles que lorsqu/portait. sa Croix, il ne la changea,! pas de côté pour se soulager. Cela me fit bien vmr qu .1 me fallait e trancher toutes sortes de commodités. Je ne me pouvais plus tenir sur le côté gauche, n'y pouvant respirer, (à cause dCn impuissance secrète qui m'ôtait souvent usage des soupirs à l'oraison, où mon esprit n'avait plus d objet que mon Jésus) qui me demandait souvent si je 1 aimais. A ces Zlt je - sentais une si vive douleur, que je ne pouv s "pondre autre chose sinon : .. Vous savez bien o mon .divin amour, qu'il m'est impossible de vous dire le desi "ue j'ai de vous aimer ! » Et comme il me disait souvent qu'il fallait que je lui fisse une solitude dans mon cœur ou i voulait que je lui tinsse fidèle compagnie «*£*>•£ m'apprendrait à 1 aimer, il est vrai qu il n y avait plus de 1, sir pour moi que (dans ce petit cabinet de mon cœur), Te trouvais toujours mon Époux. Et les occupations extérieures n'interrompaient pas ces doux entretiens, ou .1 me "sait qu'il fallait" .'énoncer à tous plaisirs, puisque lui Tul m'éJt suffisant. Je ne voyais, en toutes mes actions qu infidélités, qu'ingratitudes et abus de ses gra.es et per de temps. C'est ce qui me faisait tenir comme des gages précieux de son amour les petites souffrances, humiliations et abections qui m'étaient plus chères qu'un trésor (n en nouvant perdre les occasions qu'avec un sensible regret). „ o„ ■- ' Lelicme mois après ma P-fession l'on me commanda commande . • nassait dans mon intérieur et j y senuub

d'écrire ce d écrire ce qui se passait u<*i rPf„ses-tu

qui se passe difficulté Mon Dieu me dit : « Pourquoi letuses tu

dans son in- de la OiniCUlie. iH"« . . , • . fl

,&ieur « d'obéir à ma voix et d'écrire ce qui vient de mo,

T^sT: « dire adieu à tous les autres plaisirs puisque lui seul

itf su âsant pour me donner tous ceux que je pouvais souha,

er • aussi je ne trouvais plus de repos qu en lui.

« de toi qui n'y as aucune part qu'une simple adhérence"? « Considère ce que tu es et ce [que] tu mérites et tu pour- « ras connaître d'où vient le bien que tu possèdes Pour- « quoi crains-tu, puisque je t'ai donné pour asile le lieu où «tout est rendu facile? » Je me sentis un grand désir a obéir sans délai.

Lorsque je m'éveille, il me semble trouver mon Dieu «2. compresen , auquel mon cœur s'unit comme à son principe et ë^e t sa seule «plénitude. C'est ce qui me donne une soif sïS^ ardente daller* (devant le saint Sacrement), que les moments que je demeure à m'habiller me durent des heures (ht je me sens une douleur si vive et si pressantes que ie me sens liée et serrée si fortement qu'il m'est impossible d y résister.) Je m'en vais, comme une malade languissante me présenter à mon médecin tout puissant, hors duquel je ne peux trouver de repos ni de soulagement (à ma douleur qui est au côté gauche et à la poitrine). Je me tiens à ses pieds comme une hostie vivante qui n'a d'autre désir que de lui être immolée et sacrifiée, pour me consommer comme un holocauste dans les pures flammes de son amour où je sens mon cœur se perdre comme dans une fournaise ardente 11 me semble que mon esprit s'éloigne de moi pour s'aller perdre dans l'immense grandeur de Dieu, sans qu'il soit à mon pouvoir de l'appliquer à mon point d'oraison- mais seulement, il se contente de cet unique objet-. Mon entendement demeure dans un aveuglement si grand, qu'il n'a aucune lumière ni connaissance que celle que ce divin boleil de justice lui communique de temps en temps, dont je n ai d autre impression ni mouvement que celui de l'ai-

a) Ms. 3 : « et à sa seule béatitude. » — h) Jd • « d'aller promptement )( - c) fd. : « qui s'empare de mon côté gauche basl my\°;tnne 'l .ce ^ dans "otre texte se retrouve plus res e 7/ i.1" ■ " rlr l?UY " *M P,énitude si 8»nde que tout le demeure.. , mdlfferent et 1,lutile' mais mon entendemenl

mer, dont je me sens quelquefois si pressée, que je voudrais donner ma vie mille fois pour lui témoigner le désir que j'ai de l'aimer. Et c'est en ce temps que j'emploie toutes mes forces pour l'embrasser, ce Bien-Aimé de mon âme ; mais ce n'est pas des bras du corps, mais des intérieurs, qui sont les puissances de mon âme, (qui reçoit un contentement si grand, que, la mort me serait plus douce que cette séparation qui me laisse comme toute enivrée , sans savoir ce que je fais à) l'oraison, qui m'est si courte, que j'adresse souvent mes plaintes à mon Dieu, disant : « Cher amour de mon âme, quand sera-ce que ces momentsT « qui me sont si rigoureux par leur légère course, n'auront « plus le pouvoir de limiter mon bonheur? » (Le plus souvent, je") m'en vais sans autre préparation que celle que mon Dieu fait en moi), par des attraits si puissants qu'il me semble que ma poitrine est toute traversée de rasoirs, ce qui m'ôte souvent le pouvoir de soupirer, n'ayant de mouvement que pour respirer avec bien de la peine, demeurant comme cela quelquefois tout au long de l'oraison, mon corps souffrant avec mon Jésus* et mon esprit se réjouit en l'aimant. Mais, c'est là où la partie inférieure n'a pas grand plaisir, parce qu'elle ne voit et ne connaît ce qui se passe en la partie supérieure de mon âme qui, s'oubliant soi-même, n'a d'autres désirs que de s'unir et se perdre dans son Dieuc, qui, me faisant sensiblement sentir sa divine présence, découvrant ses bontés à mon âme et son amour liant en même temps toutes mes puissances, je demeure sans lui pouvoir rien dire pour lui témoigner mon amour, ce qui m'est un si rude tourment que quoique la douceur en soit bien grande, je ne laisse de faire tous mes

a) Ms. 3 : « Je m'y en vais » — b) Id. : « et mon cœur et mon esprit s'éjouissent en l'aimant. » — c) Id. : « (D'autres fois à l'oraison mon Dieu me faisant sentir sensiblement sa présence, découvrant à mon âme ses beautés et son amour.) »

efforts pour sortir de cet état; mais c'est en vain. Mon Dieu voit avec plaisir mes peines inutiles, sans me donner aucun secours (ce qui fut cause qu'une fois, me sentant pressée de l'aimer et ne pouvant exprimer mes pensées), je lui ■dis simplement : « Mon Seigneur, il semble que vous « vous moquez de la peine que mon cœur a à vous témoi- « gner son amour. — Oui, parce que tu n'en as plus la « jouissance et j'en connais tous les mouvements. » Et je demeurai en repos. Voilà les plus ordinaires occupations de mon oraison, non pas que je fais, mais que mon Dieu fait" en moi, sa chétive créature, puisque j'en sors, le plus souvent, sans savoir ce que je y ai fait ni sans faire aucune résolution, demande ni offrande que celle de mon Jésus à son Père éternel, en cette sorte : « Mon Dieu, je vous offre « votre Fils bien-aimé pour mon action de grâces pour « tous les biens que vous me faites ; pour ma demande, « mon offrande, pour mon adoration et pour toutes mes ■« résolutions, et enfin, je vous l'offre pour mon amour et « mon tout. Recevez-le, Père éternel, pour tout ce que « vous désirez * que je vous rende, puisque je n'ai rien à « vous offrir qui ne soit indigne de vous, sinon Celui dont « vous me donnez la jouissance avec tant d'amour. »

Mais, la nature et l'amour-propre me livrent de furieux 13 kh,. assauts en me faisant entendre que je perds mon temps et que paix d'ans je suis dans la voie de perdition, ce qui me met quelque- Tandon à fois hors de moi et me trouble si fort que je ne sais à qui recourir, sinon à mon Dieu, que je trouve toujours prêt à me secourir, car, pour chasser l'inquiétude de mon àme, il me fait jouir de la paix et douceur de sa divine présence qui me remet aussitôt dans une grande confiance par ces paroles qu'il me répète souvent : que l'enfant ne périra pas entre les bras d'un père tout-puissant. C'est ce qui me fait

a) Ms. 3: « avec moi » — b) Id. : « que je vous oiïre et que 'vous souhaitez que je vous rende. »

abandonner sans cesse à sa divine volonté, afin qu'il agisse en moi selon l'étendue de son bon plaisir, sans avoir aucun égard a à mes satisfactions, soit que je me perde ou que je me sauve, pourvu que j'accomplisse cette aimable volonté, qui m'est si chère que j'aimerais mieux que mon corps fût abîmé dans l'enfer et exposé à toutes les furies infernales, que de faire aucune chose contraire au bon plaisir de Dieu, auquel je me veux soumettre aveuglement, même es choses qui me sont b plus difficiles à concevoir, comme celle de voir un Dieu si grand et si puissant faire tant de grâces à une si misérable créature qui en fait un continuel abus.

14. Son je sens mon cœur embrasé d'une flamme secrète et inté-

c œ u r est

embrasé, rieure qui abîme en soi toutes mes douleurs. Il ne m'en

surtout par t

la sainte resfe plus qu'une plaie que ie sens un peu au-dessous du

communion . r t r ~i j r

cœur, qui m'est mille fois plus délicieuse. Le feu qui me consomme me rend comme si je n'avais plus de pouvoir sur mon cœur, et, s'étendant quelquefois par toute ma poitrine jusque sur mon visage, m'enivrant d'une telle douceur que je ne sais où je suis, ni ce que je fais et cela est plus particulièrement lorsque je communie fréquemment. (C'est ce qui me cause une soif si ardente qu'il me semble que rien n'est capable de me désaltérer, sinon mon Dieu, qui me donne) un si grand désir de la sainte communion, que rien n'est capable de me donner une joie si sensible que ce pain d'amour, après la réception duquel je demeure comme anéantie devant Dieu, qui me dure environ un demi-quart d'heure, pendant lequel tout mon intérieur estj en un profond silence pour écouter la voix de Celui qui fait' tout le contentement de mon âme.

15. Un ta- Une fois, il me disait que mon cœur était un tableau bleau ani- ., , im i •• • i • •/

mé. anime, sur lequel il voulait peindre une image animée, qui

ne me laisserait plus de repos, me causerait des douleurs

a) M s. 3 : « à mes souhaits » — b) Id. : « les plus difficiles à pratiquer. »

plus aimables que rigoureuses. Il est vrai que je n'ai aucune, soit humiliation ou mortification, qu'il n'y ait plus de douceur que d'amertume.

(Mon plus grand contentement est d'être devant le 16. Elle

\ r O s'oflre tout

saint Sacrement, où mon cœur est comme dans son centre, entière à jé-

sus dans le

Je lui dis a : « 0 mon Jésus et mon amour, prenez tout ce saint Sacre-

i ment.

« que j'ai et tout ce que je suis et me possédez selon « l'étendue de votre bon plaisir, puisque tout ce que j'ai « est à vous sans réserve. Transformez-moi tout en vous, « afin que je n'aie plus de pouvoir de m'en séparer un seul « moment et que je n'agisse plus que par les mouvements « de votre pur amour. »)

Et, quoique la lecture ait été un de mes plus grands 17. Eiiene

[ ,. „ . • v , Peut app'i-

délices, elle est maintenant un petit supplice, ny pouvant quersonesappliquer mon esprit non plus que sur un autre sujet, sinon contempiade mon Dieu seul partout ; le voyant seul dans tous ses mour de mystères ; et, si j'y considère quelque autre objet, ce n'est pas pour m'y arrêter longtemps, car lui seul suffit à mon cœur et à mon esprit qui ne voudrait rien autre que de demeurer tout simplement à sa sainte présence sans point faire d'actes, sinon d'amour. Et c'est comme cela que je passe souvent les jours, qui ne sont jamais assez longs pour aimer mon Dieu qui est la vie de mon âme. Et tout mon désir serait de demeurer toujours en silence ou de ne parler que de Dieu, (où mon cœur trouve une si grande délectation qu'il ne s'en pourrait jamais lasser). Il est vrai que tous autres discours me sont un petit martyre, parce que, de grande parleuse que j'étais, je suis (tellement devenue bête), que je ne sais rien et me plais tellement dans mon ignorance, que je ne désire rien savoir sinon Jésus crucifié. (Pour mes prières vocales, je les fais comme par force ; j'en dis beaucoup sans savoir si je les ai dites, parce que mon cœur ne s'y applique pas. Il demeure comme insensible

a) Ms. 3 : « du profond de mon cœur. »

à la joie comme à la tristesse, qui ne le pénètre pas depuis qu'il a été navré d'une certaine blessure qui se renouvelle souvent, sentant mon cœur traversé comme d'un fer brûlant a. Celle-ci m'étant ordinaire m'est plus aimable que2* la vie. Mais, toutes ces choses me seraient beaucoup plus chères, si je connaissais qu'elles sont de Dieu, qui me fait souvent des reproches c de [ce] que j'oppose mes opérations aux siennes, ce qui me met quelquefois dans une si grande confusion, que je n'oserais paraître en sa sainte présence, si lui-même ne me redonnait une entière confiance en me disant que sa miséricorde surpasse d mes ingratitudes. Mais, ce qui me tourmente le plus, est e de paraître devant sa bonté dénuée de bonnes œuvres, ce qui me donne une grande appréhension d'aller à l'oraison, où je ne laisse de trouver mon Dieu avec autant de douceur que de coutume; mais je demeure à ses pieds dans un grand anéantissement à la vue de ma misère. (Je ne sais que faire que de lui demander pardon, me confessant indigne de ses miséricordes.) 18. Elle Rien ne me touche plus que lorsque l'on me parle de l'abus

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