‹ Vie et œuvres (volume 2)Chapitre 16 sur 284 · CT31I11 Q · texte numérisé non relu

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buser des des grâces de Dieu. Celui que j'en fais est si grand (que Dieu. je n'y peux penser sans trembler), parce que je n'ai rien

en moi qui ne mérite des châtiments éternels. Et c'est dans cette vue que je demande à Dieu qu'il m'efface du souvenir des créatures. (Il est vrai que ce Seigneur plein de bonté, me jugeant indigne de participer aux amertumes de sa passion, ne me donne que des douceurs. Trois semaines avant Pâques, toutes les douleurs intérieures que je sentais

a) Ms. 3 : « qui consomme toutes mes forces de ce côté-là et souvent le rend comme insensible. » — b) Ici. : « toutes les douceurs de la vie. » — c) Id. : « intérieurs de mon peu de soumission à ses volontés et de ce que j'oppose et préfère mes opérations » — d) Id. : « de beaucoup » — e) Id. : « que quelquefois à la fin du jour, il me fait paraître devant sa bonté, dénuée de toutes bonnes œuvres. C'est ce qui me donne une appréhension si grande que je voudrais ne respirer que pour lui seul. »

s'abîmèrent dans un feu intérieur dont je ne peux exprimer les effets, sinon que, lorsque je sortais du Chœur, mon cœur sentait une sensible séparation.)

Après avoir demeuré longtemps sans pouvoir chanter à '9- Loifi

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1 Office, ce qui ne m était pas une petite peine, tant à cause nés i de la

...... veille de la

de la joie que j avais à chanter les louanges de mon Dieu Visitation. que par[ce] que je regardais cette impuissance comme un juste châtiment à ma négligence, ce qui me cause beaucoup

d'humiliation Et la veille de la Visitation, à Matines,

ayant fait plusieurs efforts inutiles pour chanter à Ylnvitaioire, ayant même peine à suivre le chœur en psalmodie ; au premier verset du Te Deum, je me sentis toute pénétrée d'une puissance à laquelle toutes les miennes s'appliquèrent d'abord en esprit d'hommage et d'adoration. Et, ayant mes bras croisés dans nos manches, une divine lumière s'y vint poser en la figure d'un petit enfant, ou plutôt d'un soleil éclatant qui me fit dire, dans un profond silence : « Mon Seigneur et mon Dieu, [par] quel excès d'amour < abaissez-vous ainsi votre grandeur infinie ? — Je viens, « ma fille, te demander pourquoi tu me dis si souvent de « ne me point approcher de toi? — Vous le savez, ô mon « Souverain, que c est que je suis indigne de m'approcher k< de vous, et, bien moins de vous toucher ! — Apprends <( que, plus tu te retires dans ton néant ; plus ma gran- « deur s'abaisse pour te trouver. » Mais, craignant que ce ne fût un ange de Satan, je lui fis cette demande : « Si « c'est vous, ô mon Dieu, faites donc que je chante vos <t louanges à cette heure ! » Et, me mettant à poursuivre le Te Deum avec le chœur, je sentis ma voix libre et plus forte qu'elle n'avait jamais été. Le reste de Matines se passa uinsi, sans que toutes les caresses dont sa bonté m'honora me rendissent moins attentive à l'office ; mais seulement tout mon intérieur était puissamment lié à cette divine présence et occupé à l'honorer. Et à la fin, il me dit : « J'ai l< voulu éprouver le motif dont tu récites mes louanges :

« car si tu te fusses tenue un peu moins attentive à les. « dire, je me serais retiré. » Tout cela demeura si fort imprimé, qu'éloignant le sommeil de mes yeux, me fît trouver la nuit bien courte. Il est vrai que je lui demandais une grâce pour quelque personne, laquelle il ne me voulut pas accorder ni me rien répondre. Je vis bien que c'était mon indignité qui en était cause. Et, ayant gardé ma voix assez longtemps, je la perdis une seconde fois. Et l'ayant demandée à Notre-Seigneur, il me fut répondu qu'elle n'était pas à moi et qu'il me l'avait prêtée pour m'obliger à croire et que je devais demeurer contente en la perdant comme en la possédant. Et j'en suis demeurée depuis dans l'indifférence.

se2dunéDieu ^t pour toutes ces peines dont j'ai parlé, je ne trouve crucifié. r-en jg sj profitable à une âme, assurant qu'elle avance plus en un mois ou même dans une semaine de peines et d'afflictions, si elle les prend comme Dieu veut, qu'elle ne ferait dans une année entière pendant les douceurs et consolations, même les plus sensibles, car les peines intérieures, reçues avec amour, ressemblent à un feu purifiant qui va consommant insensiblement en l'âme tout ce qui déplaît au divin Epoux. Et ainsi, je suis assurée que ceux qui en font l'épreuve avoueront qu'il s'y fait beaucoup de chemin sans y prendre garde ; tellement, que, si nous en avions le choix, une âme fidèle ne réfléchirait pas, mais embrasserait bien vite cette bien-aimée Croix, quand même elle ne nous donnerait autre avantage que celui de nous rendre semblable à Notre-Seigneur crucifié, pouvant assurer que l'on souffre plus parmi les douceurs — pour peu d'amour que l'on lui porte — se regardant proche de Celui qui, pour notre amour, ne s'est chargé que d'opprobres et de souffrances, que si l'on se voyait conforme à lui. Ou bien, si cela n'est pas, disons que nous ne l'aimons pas et que c'est plutôt nous-mêmes que nous aimons, car l'amour pur ne peut rien souffrir de dissemblable aux amants et ne donne point

de repos qu'il n'ait rendu l'amante conforme à son Bien- Aimé. Autrement, jamais elle n'en viendrait à l'union qui ne se fait que par la conformité. Mon Dieu m'avant donc fait connaître que je me devais étudier à devenir une vivante image de son amour crucifié et que, pour cela, il fallait travailler à la destruction de tout mon être et effacer (en moi la figure du vieil Adam, afin qu'il pût imprimer la sienne en moi, qui me ferait vivre d'une vie toute crucifiée, ennemie de toute satisfaction terrestre et humaine et que, orsque cette image serait conforme à la sienne, il l'attache- •ait à la Croix. Ce fut là toute mon occupation ; car, dès que mon divin Maître m'avait donné une leçon, j'y demeurais jusqu'à ce qu'il m'en donnait une autre, n'étant pas à mon pouvoir de faire autre chose pour aucun de mes exerices, soit de la sainte communion, de la messe et autres, me présentant à Notre-Seigneur en qualité de son image oufl'rante, afin qu'il lui plût achever ce qu'il avait comnencé, lui faisant un continuel sacrifice de tout mon être bour être détruite et anéantie et mise en tel état qu'il lui 9lairait, sans exception que celle de son bon plaisir. Depuis e jour que j'ai eu le bonheur d'être l'épouse d'un Dieu crucifié, je ne me souviens pas d'avoir été sans cette aimable ivrée de la Croix, commençant par le jour de ma profession que j'en eus une très sensible à la nature. Mais j'avoue !me je ne me peux lasser d'admirer la bonté de mon Dieu. Au troisième mois après ma profession, un peu avant la 21. Saint

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ête de notre saint Fondateur ', il me fit voir, pendant mon Sales la fait

1 , méditer sur

iraison, que les vertus qu'il avait toujours souhaitées à ses l'humilité ei 'îlles c'étaient celles qui l'avaient toujours tenu uni avec 3ieua, qui est la charité et l'humilité; et que l'on était léchu de l'une et de l'autre : de la charité envers Dieu,

a) Ms. 3 : « et le prochain. »

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