‹ Vie et œuvres (volume 2)Chapitre 17 sur 284 · Par conséquent, en janvier · texte numérisé non relu

Par conséquent, en janvier

lorsque nous ne regardons que les créatures en nos actions, ne cherchant que leur approbation, sans nous soucier quenous nous rendons de très mauvaise odeur devant Dieu, qui détourne sa face de peur de voir ces actions. Et, à l'égard du prochain, les amitiés particulières détruisent la charité commune et le silence. Quant à l'humilité, c'était faute de se tenir en soi-même sur la vue de ses propres défauts que l'on jugeait mal des intentions du prochain au moindre signe de l'action que l'on voyait. « C'est ce qui « me fait beaucoup de peine f, voyant qu'[ellesj résistent à « la grâce et aux moyens que Dieu leur donne pour un « parfait amendement. » Et comme c'était la trop grande douceur qui, s'étant glissée à la complaisance des créatures, c'était la cause de ces manquements et de beaucoup d'autres et qu'il fallait que ce fût par l'esprit d'une aimable rigueur et vigilance continuelle que tous ces défauts fussent réparés, puisque Dieu donnait les grâces nécessaires à chacune en particulier, si l'on s'en voulait servir. « Mais, je viendrai « au jour de ma fête pour choisir toutes mes vraies filles <( qui posséderont mon vrai esprit et les écrirai dans mon « cœur pour les offrir sans cesse à la divine Majesté, en « odeur de suavité, pour suppléer aux imparfaites. » (Et cela me revenait souvent dans la mémoire.) 22. Labî- XJne fois a. pendant l'Assemblée, il me sembla que l'on

tue du sacré ' * > 1 »

Cœur, me disait sans cesse que j'étais sur le bord d un abîme ; et,

comme je n'en savais pas l'explication, cela me tenait en peine. Je m'adressai à mon Dieu avec confiance. Je lui dis : « Unique amour de mon âme, faites-moi connaître ce qui « m'inquiète ! » Et aussitôt que je fus à l'oraison, il se présenta à mon âme, couvert de plaies, et me disant de regar-

a) Ms. 3 : « après Vêpres. »

1. C'est saint François de Sales qui parle; la suite le prouve encore plus positivement.

ÉCRITS PAR ORDRE DE EA MÈRE DE SA\ MAISE I il

der l'ouverture de son sacré Côté, qui était un abîme sans fond qui avait été fait d'une flèche sans mesure, qui est celle de l'amour, et que, si je voulais éviter cet abîme dont j'étais dans l'ignorance, il me fallait perdre dans celui-ci, par lequel on évitait tous les autres, et que c'était la demeure de tous ses amants, où ils rencontrent deux vies : l'une pour l'âme, l'autre pour le cœur. L'âme y rencontre la source des eaux vives pour se purifier et y recevoir la vie de la grâce que le péché lui avait ôtée ; et le coeur y trouve une fournaise d'amour, ardente, qui ne le laisse plus vivre que a d'amour. L'une s'y sanctifie et l'autre s'y consomme. Et, comme l'entrée en est petite, il faut être petit ipour y entrer et être dénué de toute chose.

Lorsque l'on eut fait l'ouverture du jubilé J, mon Jésus .23. ingra

T- J ' tltllclr du

a) Ms. 3: « que d'une vie d'amour. >>

1. Jusqu'à présent, on avait cru, mais sans preuve suffisante, qu'il

s'agissait du Jubilé publié par Innocent XI en 1681 et célébré dans

le diocèse d'Autun du 10 au 24 mai 1682. Peut-être cette supposition

reposait-elle simplement sur cette phrase du textedela Bienheureuse :

U ce n'était pas tant à cause des infidèles que sa justice était irritée ».

etc., ce jubilé ayant surtout été accordé en vue de lutter, par les

armes de la prière et de la pénitence, contre les audaces des Turcs.

Mais: 1° Depuis longtemps déjà, les Musulmans affligeaient l'Eglise,

|et la Bulle de Clément X Ad apostolicœ vocis oraculum, en date du

|16 avril 1674, annonçant le Jubilé de l'Année sainte 1675, fait men-

Ition des « Barbares qui menacent par terre et par mer l'illustre

[royaume de Pologne et d'autres provinces chrétiennes. — Vertite

mrma in im/nanes Barbaros inclyto Poloniae regno, aliisque Christia-

iis provinciis, terra marique imminentes... •< i° En compulsant très

exactement un des plus anciens manuscrits de Paray, on est amène

h conclure que les grâces dont parle Sœur Marguerite-Marie et qu'elle

•reçut au temps du Jubilé sont bien comprises dans ses Ecrits faits

,bar ordre de la Mère de Saumaise, puisque, terminant le récit du

passage qui nousoccupe, elle ajoute ces lignes : Quoîqu'avec une

(< répugnance mortelle, je ne laisse d'écrire par obéissance les gi

i que mon Dieu m'a faites la troisième et quatrième année de reli-

< gion. » Cela nous reporte justement aux années 1675-1676. Or,

selon l'usage, le Jubilé de l'Année sainte, qu'on célébra à Home en

eK67o, fut étendu au monde chrétien l'année suivante. 3° Il es1

« peuple me faisant voir dans une sévérité déjuge que ce n'était pas Saintes pra- tant à cause des infidèles que sa justice était irritée .que par

tiques en ....7. ..

temps de ce que son peuple choisi s était révolté contre lui et qu'il Jubilé. •,!• ,-, •

se servait de la privauté qu il avait proche de lui pour le

persécuter ; et que pendant qu'il lui avait été fidèle il avait

toujours lié les mains de sa justice pour laisser agir I celles]

de sa miséricorde. « Mais, s'il ne s'amende, je leur ferai

« sentir le poids de ma a justice vengeresse, puisque, unei

« âme juste peut obtenir le pardon pour mille criminelles h. »

Pendant Matines, il me disait continuellement : « Pleure

« et soupire sans cesse mon Sang répandu inutilement sur

« tant d'âmes qui en font un si grand abus dans ces indul-

« gences ; qui se contentent de couper les mauvaises herbes

« qui sont crues dans leurs cœurs, sans jamais en vouloir

« ôter la racine. Mais, malheur à ces âmes qui demeurent

« souillées et altérées au milieu de la source des eaux vives,:

« puisqu'elles] ne seront jamais purgées ni désaltérées ! »

Et m'adressant c à son sacré Cœur, je lui dis : « Mon

« Seigneur et mon Dieu, il faut que votre miséricorde loge

a ici toutes ces âmes infidèles, afin qu'elles s'y justifient

« pour vous glorifier éternellement. » Et il me dit inté-*

rieurement : « Oui, je le ferai, si tu m'en veux promettre

« un parfait amendement. — Mais, vous savez bien,

« mon Dieu, que cela n'est pas à mon pouvoir, si vous-

« même ne le faites, en rendant efficaces les mérites dt

a) Ms. 3: « main » — b) Id. : « et le soir, pendant Matines » — c) Id. : « à la sacrée plaie du Côté. »

remarquer que la Bienheureuse écrit : « Lorsque l'on eut fait l'ou « verture du Jubilé » et non d'un Jubilé. Elle semble bien ainsi fair< plutôt allusion au Jubilé ordinaire de l'Année sainte.

Ces diverses raisons nous décident à placer au cours des année 1675-1676 les enseignements reçus durant le Jubilé, jusqu'à preuv positive qu'il puisse être ici question d'une autre époque.

(Note de « Vie de. la Bienheureuse Marguerite-Marie Alacoque publiée par le Monastère de Paray-le-Monial », 1909, p. 119.)

ÉCRITS PAR ORDRE DE LA MIRE ni; SALMAISE 1 '{'■)

« votre sainte Passion. » Il me lit connaître que la plus agréable prière que je pouvais faire pendant ce saint temps de jubilé c'était de demander trois choses en son nom. La première : d'offrir au Père éternel les amples satisfactions qu'il a faites à sa justice pour les pécheurs sur l'arbre de la Croix, en le priant de rendre efficace le mérite de son Sang- précieux à toutes les âmes criminelles à qui le péché a donné la mort afin que, ressuscitant à la grâce, elles le glorifient éternellement. La deuxième: lui offrir les ardeurs de son divin Cœur pour satisfaire à la tiédeur a de tant d'âmes lâches de son peuple choisi, en lui demandant que, par l'ardent amour qui lui a fait souffrir la mort, il lui plaise échauffer leur cœur tiède à son service et les embraser de son amour, afin qu'il en soit aimé éternellement. La troisième : d'offrir la soumission de sa volonté à son Père éternel pour lui demander, par les mérites d'icelle, la consommation de ses grâces et l'accomplissement de toutes ses volontés.

(Quoique avec une répugnance mortelle, je ne laissa d'écrire, par obéissance, les grâces que mon Dieu m'a faites la troisième et quatrième année de religion.)

Xotre-Seigneur m'honora d'une de ses visites ; [il] me 24. Le

° L cœur de

dit: « Ma fille, me veux-tu bien donner ton cœur pour Marguerite;

Marie choisi

« faire reposer mon amour souffrant que tout le monde pourêtreun

r . . l . autel.

« méprise ? — Mon Seigneur, vous savez que je suis

« toute à vous ; faites selon votre désir. » Il me dil :

« Sais-tu bien à quelle fin je te donne mes grâces si abon-

« damment? C'est pour te rendre comme un sanctuaire où

« le feu de mon amour brûle continuellement et ton cœur

« est comme un autel sacré où rien de souillé ne touche,

<• l'avant choisi pour offrir à mon Père éternel des sacri-

c< fices ardents, pour apaiser sa justice et lui rendre une

a Ms. A: « et lâcheté de son peuple choisi — h Id. : tous les cœurs tièdes. »

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