‹ Vie et œuvres (volume 2)Chapitre 168 sur 284 · A LA SŒUR DE LA BARGE, A MOULINS · texte numérisé non relu

A LA SŒUR DE LA BARGE, A MOULINS

[22 octobre 1689]

Enfin c'est donc cette fois, chère amie, qu'il nous faut | toutes consommer, sans exception ni rémission, dans cette

1. Cette lettre sans date a été expédiée le même jour que la pré- Icédente. On peut le conclure de ce que la Servante de Dieu dit dans l'une et dans l'autre du livre de Lyon qu'on vient de recevoir « au (même temps que je vous écris celle-ci » et qu'elle envoie << en même

ardente fournaise du sacré Cœur de notre adorable Maître, d'où il ne nous faut jamais sortir. Et après y avoir perdu notre cœur de corruption dans ces divines flammes du pur amour, il nous y en faut prendre un tout nouveau qui nous fasse désormais vivre d'une vie toute renouvelée, avec un cœur nouveau qui ait des pensées, des affections toutes nouvelles, et qui produise des opérations toutes nouvelles en pureté et ferveur dans toutes nos actions, c'est-à-dire qu'il ne faut plus de nous-mème, mais qu'il faut que ce divin Cœur de Jésus soit tellement substitué en la place du nôtre que lui seul vive et agisse en nous et pour nous ; que sa volonté tienne tellement la nôtre anéantie qu'elle puisse agir absolument sans résistance de notre part ; et enfin que ses affections, ses pensées et ses désirs soient en la place des nôtres, mais surtout son amour, qui s'aimera lui-même en nous et pour nous. Et ainsi, cet aimable Cœur nous étant tout en toute chose, nous pourrons dire avec saint Paul, que nous ne vivons plus, mais que c'est lui qui vit en nous. C'est ainsi que je vous crois, chère amie, au sortir de cette sainte solitude, après laquelle il me semble que nous ne devons plus respirer que flammes et amour pur, amour crucifiant, et tout sacrifié, par une continuelle immolation de nous-mêmes au bon plaisir divin, afin qu'il s'accomplisse parfaitement en nous, nous contentant d'aimer et de le laisser faire, soit qu'il nous abaisse, ou qu'il nous élève, qu'il nous console, ou qu'il nous afflige, tout nous doit être indifférent. Pourvu qu'il se contente, cela nous doit suffire. Aimons-le donc, cet unique amour de nos âmes, puisqu'il nous a aimées le premier, et qu'il nous aime encore avec

temps que nous venons de le recevoir ». D'ailleurs, dans la lettre précédente à la supérieure de Moulins, elle dit : « je le présente avec votre agrément à notre chère sœur de la Barge. » De plus la Bienheureuse prie sœur de la Barge de faire ses compliments à la sœur Déposée, sans parler de la supérieure, ce qu'elle n'aurait pas omis, s'il n'y avait pas eu une lettre pour celle-ci dans le même envoi.

tant d'ardeur qu'il en brûle continuellement au très saint Sacrement. Et il ne faut que l'aimer, ce Saint des saints, pour devenir saintes. Qui nous empêchera donc de l'être, puisque nous avons des cœurs pour aimer et des corps pour souffrir! Mais, hélas! peut-on souffrir quand on aime? Non, chère amie, il n'y a plus de souffrance à ceux qui aiment ardemment le sacré Cœur de notre aimable Jésus, parce que les douleurs, les humiliations, mépris et contradictions, et tout ce qu'il y a de plus amer en la nature, est changé en amour dans cet adorable Cœur, lequel veut être aimé sans mélange. Il veut tout posséder sans réserve, et il veut tout faire en nous, sans résistance de notre part. Livrons-nous donc à son pouvoir, confions-nous en lui, laissons-le faire, et nous verrons qu'il y emploiera immanquablement tous les ouvriers nécessaires à notre perfection ; en telle sorte que la besogne sera bientôt faite, pourvu que nous n'y apportions point d'obstacles. Car souvent, pour vouloir trop faire nous gâtons tout, et nous le contraignons de nous laisser faire, et de se retirer fâché contre nous. Ah ! que celui qui l'aime parfaitement n'a garde de lui résister! Mais enfin, chère amie, que direz-vous de moi qui vous parle comme cela sans raison, mais non pas sans désir que nous aimions cet unique amour de nos âmes. Car je vous avoue que malgré tous les sentiments de la -plus sincère et véritable affection qu'il m'a donnés pour vous, si vous me témoigniez de la froideur à aimer ce tout aimable Cœur de mon Jésus, ou que notre amitié fît quelque obstacle à son pur amour, ou qu'elle ne fût pas toute en lui et pour lui, je vous dis que je me retirerais si entièrement de vous qu'il n'y aurait plus aucun commerce ; ce qui ne vous pourrait être que très avantageux, étant une aussi méchante et indigne pécheresse que je la suis. Mais nonobstant cela, je ne vous aime que parce que ce divin Cœur vous aime, et qu'il me semble vouloir que je vous aime; car il n'y a que son pur amour qui nous fasse faire tout ce qui lui plaît, il n'y a que

ce parfait amour qui nous le fasse faire de la manière qui lui plaît ; et il n'y peut avoir que cet amour parfait qui nous fasse faire toute chose quand il lui plaît.

Mais, mon Dieu, ma chère sœur, je crois que ma langue s'est toute trouvée au bout de notre plume, lorsqu'il a fallu vous écrire, car ayant perdu la parole en retraite, il y a environ trois semaines que je ne parle pas; mais avec un grand contentement de mon âme, qui chérit la vôtre infiniment dans l'aimable Cœur de mon Sauveur, duquel je vous prie d'agréer un des livres de Lyon que nous vous présentons en même temps que nous venons de le recevoir. Et je ne m'étais proposé que de vous faire seulement un mot pour vous l'adresser, et cependant vous voyez comme mon cœur se répand dans le vôtre, lequel je souhaite être toujours ardent des flammes du pur amour. Je fais le même souhait à ma très honorée et tout aimable sœur la Déposée 1, que je chéris et estime toujours singulièrement dans le sacré Cœur de notre divin Maître, en la présence duquel je ne l'oublie pas. Embrassez-la pour moi, je vous en conjure ; et mon plaisir serait été entier si j'avais eu un livre pour lui offrir. Assurez aussi, s'il vous plaît, de ma sincère affection et parfaite amitié dans le sacré Creur de notre adorable Sauveur, notre chère sœur Morant, que je souhaite aussi être toujours ardente des flammes du divin amour, dans lequel je suis toute à vous.

En voilà bien, chère amie, mais c'est pour le reste de l'année.

La suscription porte : « A ma très chère srpur de la Barge, à Moulins. »

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