‹ Vie et œuvres (volume 2)Chapitre 169 sur 284 · Sœur Louise-Henriette de Soudeilles · texte numérisé non relu

Sœur Louise-Henriette de Soudeilles

LETTRE CXI a la mère de saumaise, a dijon

Vive ■[■ Jésus !

3 novembre 1689 ' ou plus sûrement fin d'octobre.

Comme je n'avais pas manqué, ma chère Mère, de parler selon votre souhait de la messe du Sacré-Cœur à ce saint religieux qui est celui qui a fait le petit livre de Lyon -, j'attendais sa réponse pour vous l'envoyer, pour votre consolation. Vous la recevrez par cette occasion quoiqu'elle ne marque rien à ce sujet. Vous aurez la bonté de nous la renvoyer et de me dire si je lui dois parler avec toute l'ouverture de cœur qu'il souhaite. Vous savez ma peine là-dessus. Je me sens pressée de vous demander votre avis et de le suivre. Il m'en a encore écrit une autre depuis celle que je vous envoie, où il nous marque que ma sœur la supérieure de Marseille lui a écrit une grande lettre au nom de sa communauté, au sujet de la dévotion à ce sacré Cœur. Il faut vous avouer qu'il y a déjà quelque temps que je me sens pressée de faire cette connaissance, par ce que ce divin Cœur m'a fait connaître qu'il le désirait et qu'elle serait

1. Cette date sûre, quant à Tannée, est plus que douteuse pour le mois et le quantième du mois. C'est le Recueil moderne seul qui la précise ainsi. Les Mss. 6 et 8 donnaient d'abord simplement le millésime 1688, puis on y a mis plus tard : 1689. L'année n'est pas douteuse, car nous savons très précisément, par la lettre du 21 août 1689 à la sœur de la Barge, laquelle nous avons reproduite ci-dessus d'après l'autographe conservé à Annecy, que le « petit livre de Lyon », dont il est ici question, parut pour la première fois le 19 juin 1689. Quant au mois et au jour nous exposerons la difficulté dans la note ci-dessous.

2. Le P. Croiset. Elle lui en avait parlé dans la lettre du 15 septembre, la 3e des dix lettres au P. Croiset, qu'on trouvera plus loin.

pour sa gloire, étant utile à cette aimable dévotion. Ditesmoi, s'il vous plaît si vous l'agréez. Je crains toujours de me tromper et les autres. Aussi j'attends votre réponse au plus tôt et que vous me direz votre pensée sur ce sujet.

Je vous remercie de la bonté que vous avez eue de m'envoyer cette seconde approbation ' . Votre zèle pour la gloire

1. L'évêque de Langres, Mgr Louis-Marie-Armand de Simiane de Gordes, étant malade lorsque la Visitation de Dijon sollicita pour la première fois l'examen du livret de la sœur Joly et l'approbation de la messe du Sacré-Cœur qu'il contenait, ce fut son vicaire général, M. Amat, qui donna la première approbation au livret. On a déjà dit que pour la messe on en référa à Rome d'où il fut répondu qu'il fallait d'abord que les dévotions fussent pratiquées quelque temps avec l'approbation des Évêques, avant que Rome s'en occupât.

La Visitation de Dijon s'adressa donc de nouveau à Mgr l'Evêque de Langres qui autorisa la messe du Sacré-Cœur à l'automne de l'année 1688, et l'on put célébrer, pour la première fois, cette messe, à la Visitation de Dijon, dans l'octave de saint François de Sales de l'année 1689 (derniers jours de janvier ou premiers jours de février).

D'autre part le livret de la sœur Joly, augmenté, porte une nouvelle approbation de M. Amat, en date du 5 septembre 1689. La Servante de Dieu [parle de l'une ou l'autre de ces nouvelles approbations.

Ce qui fait la difficulté pour la date de cette lettre, c'est le conseil que la Bienheureuse demande au sujet de sa correspondance avec le P. Croiset. On verra assez par la suite, ne fût-ce que parla longue lettre du 10 août 1689, que Marguerite-Marie, bien avant la date du 3 novembre, avait pris le parti de lui écrire avec une pleine « ouverture de cœur ».

De plus, parmi les lettres récemment découvertes du Ms. d'Avignon, il y en a précisément une du 3 novembre 1689. Il est impossible que la Servante de Dieu ait écrit au P. Croiset le jour même où elle exposait son inquiétude à la Mère de Saumaise. La date de la lettre au P. Croiset paraît certaine, car elle est mentionnée par le P. de Galliffet dans sa première édition latine « De cultu sacrosancti cordis, etc. ; ex litteris datis... 3 novembris 1689 ». C'est donc la date de la présente lettre à la Mère de Saumaise qui est fautive. Elle est certainement d'octobre ou de novembre, puisqu'il y est question de solitude. Nous venons de montrer qu'elle ne peut être de novembre. Il reste donc qu'elle doit être de la fin d'octobre. On peut croire que la Servante de Dieu, bien qu'elle ait déjà écrit plusieurs fois avec confiance au P. Croiset, avant cette époque, avait pourtant encore des inquiétudes à ce sujet. Elle aurait donc consulté la Mère de Saumaise à la fin d'octobre, et la réponse favorable reçue, elle aurait écrit le 3 novembre au P. Croiset.

du sacré Cœur me donne plus de consolation que je ne vous puis dire. Continuez, ma chère Mère ; vos peines ne seront pas perdues. Jamais vous ne vîtes tant d'ardeur que cette sainte dévotion en répand dans les cœurs. Dieu soit béni éternellement !

Je ne vous ai pas oubliée en solitude, où notre souverain Maître m'a départi ses grâces avec plus d'abondance et de profusion que jamais, ne se lassant point de faire du bien à cette ingrate. Je vous dirai que je suis sortie de cette retraite a sans pouvoir parler ; de quoi je n'étais nullement affligée, ayant par ce moyen plus de temps pour m 'entretenir avec cet unique amour de mon âme, qui se sent toujours affamée de son pur amour, et par conséquent plus dég-oûtée des créatures. 0 ma chère Mère, il faut l'aimer de toutes nos

! forces, quoi qu'il nous en doive coûter. Il faut travailler avec plus de ferveur à nous sanctifier. Puisqu'il est saint, il faut être saintes. Et s'il ne faut qu'aimer pour cela, que ne brûlons-nous sans cesse dans l'ardente fournaise de son pur amour, lequel nous purifiera et sanctifiera tout ensemble pour que nous puissions correspondre à ses désirs.

Il faut vous dire que je me suis plainte quelquefois à lui

[ de ce qu'il n'emploie pas des personnes d'autorité et de science, qui auraient beaucoup avancé h [les choses] par leur crédit. Il me semble qu'il m'a fait connaître qu'il n'a que faire pour cela des puissances humaines, parce que la

I dévotion et le règne de ce sacré Cœur ne s'établiraient que par des sujets pauvres et méprisés, et parmi les contradictions, afin que l'on n'en attribuât rien à la puissance humaine ; et que malgré les oppositions et contradictions que l'on y pourrait former, il règ-nerait et se ferait connaître

a) Ms. 8 : « je suis sortie de cette retraite si languissante, que j'ai demeuré près de trois semaines sans pouvoir parler » — h) trad. ita.1. : « fatto andare avanti di molto la cosa » — Ms. 8 : « beaucoup avancé la dévotion de son divin Cœur. »

et aimer, même de ceux qui s'y opposeraient. Je vous découvre simplement mes pensées. Je vous demande le secret et de me croire toute vôtre en l'amour de cet adorable Cœur, etc. D. S. B.

LETTRE CXII a la mère de salmaise, a dijon

Vive 7 Jésus !

[22 décembre] 1689.

" Pour ce que vous me dites de vous parler franchement, il me semble que l'aimable Cœur de Jésus ne me permettrait pas d'en user autrement avec vous, quoique pour le présent il ait tout anéanti et mis en silence chez moi, en telle sorte qu'il ne me laisse de vue et de connaissance que pour l'aimer et adorer, toute anéantie et perdue dans lui-

' a) Dans le recueil moderne A et B cette lettre débutait ainsi : « Il est vrai, ma très chère Mère, que j'ai reçu la réponse conformément à ce que je vous demandais. J'ai écrit à ce bon Père suivant son désir, autant qu'il m'a été permis, et j'attendais sa réponse, pour répondre à la vôtre, mais je ne l'ai point reçue. Pour ce que vous me dites... » — b) A et B : « Et pour les quinze messes que vous avez fait dire ', je vous en remercie pour cette pauvre âme, que je crois à présent très riche de gloire dans le ciel, où elle vous rendra bien toutes vos charités.

Et pour ce que vous vous proposiez d'écrire au sujet de la dévotion du sacré Cœur, notre très honorée Mère [Marie-Christine Melin] a dit qu'il fallait attendre au commencement de l'année prochaine, que l'on pensera comme l'on pourra faire. Mais cependant je crois que ce divin Cœur ne laissera pas de vous savoir bon gré des soins et des peines que vous prenez à le faire connaître. Continuez, ma chère Mère et ne vous lassez point... » Ce passage ne se trouve également qu'au Recueil moderne.

1. Pour feu M. de la Michaudière, neveu de la mère de Saumaise.

même. Voilà tout ce que je puis dire dans la disposition présente où il me met. Ne vous lassez point, ma chère Mère, dans votre travail. J'espère qu'il le fera réussir à sa gloire quand il en sera temps. Car, pour les affaires qui regardent immédiatement la gloire de Dieu, elles sont bien différentes de celles du monde, dans lesquelles il faut beaucoup agir ; mais dans celles de Dieu, il se faut contenter de suivre son inspiration et puis laisser agir la grâce et suivre ses mouvements de tout notre pouvoir, comme je vois que vous faites a. La dévotion de ce sacré Cœur ne doit point être forcée, mais il veut lui-même s'insinuer doucement et suavement par sa charité dans les cœurs, à la façon d une huile ou plutôt d'un baume précieux dont l'odeur et la liqueur se répand doucement. Ne nous affligeons pas, si nous ne voyons pas sitôt nos désirs accomplis pour la gloire de ce divin Cœur, lequel n'en permet le retardement que par le plaisir qu'il prend à voir augmenter notre ardeur et empressement pour cela, et aussi afin que la ferveur de cette sainte dévotion dure plus longtemps, en nous accordant peu à peu les choses que nous souhaitons, quoique pourtant il me presse continuellement pour le faire connaître et aimer ; je m'offre à lui pour ce sujet, afin qu'il m'immole et me sacrifie comme sa victime, selon tous ses desseins et le bon plaisir de son amour.

Ah ! ma chère Mère, pourquoi ne brûlons-nous pas du feu divin qu'il est venu apporter en terre? Oui, il faut se consommer. J'en veux faire mon exercice d'aimer et de brûler dans ces saintes ardeurs. Aimons donc ce sacré Cœur qui sera l'autel de nos sacrifices. Oh ! qu'il est puissant ce divin Cœur pour apaiser la colère de Dieu, que la multitude de nos péchés a irritée, et a attiré sur nous toutes

a) A et B : « grâce à sa bonté. Je vous en sais bon gvé, comme aussi du petit chapelet fait à l'honneur de ce sacré Cœur dont la dévotion ne veut pas être forcée... »

ces calamités dont nous nous trouvons affligés ! Mais il faut prier afin qu'il ne nous arrive pire. Les prières communes ont grand pouvoir auprès de ce sacré Cœur, lequel détournera les rigueurs de la divine justice, se mettant entre elle et tous les pécheurs pour obtenir miséricorde.

LETTRE GXIII

A LA MÈRE GREYFIÉ, A SEMUR

Vive -f Jésus !

[1689 ou 1690 *.]

11 faut vous dire une nouvelle qu'on m'a donnée touchant la dévotion du sacré Cœur de Jésus-Christ : c'est qu'elle se répand partout, par le moyen de la Retraite du R. Père de La Colombière, et que l'on a érigé une congrégation sous le titre du sacré Cœur de Notre-Seigneur Jésus-Christ. Je ne sais pas bien si c'est à Paris, mais je sais qu'il s'en fait encore une autre toute dédiée à l'honorer.

Voici une chose que cet adorable Cœur demande de ses amis : c'est la pureté dans l'intention, l'humilité dans l'opération, et l'unité dans la prétention. Je ne doute pas que vous ne le compreniez mieux que moi.

Ce ne m'est pas une petite consolation de voir prendre accroissement à cette dévotion, qui visiblement se soutient et fait ses progrès d'elle-même. Je ne m'en peux taire. Je ne saurais écrire une lettre, tant je suis stupide, si je ne parle de ce sacré Cœur. Je ne puis aimer personne qu'à cette

1. Nous croyons cette date peu sûre, et nous rapporterions plutôt ce morceau à l'année 1686; mais faute de preuves précises, nous le laissons à la place qui lui a été assignée par A et B.

condition quelle aimera le sacré Cœur de mon Jésus, ni aimer ni affectionner que ce qu'il aime. Aimons-le, et ne nous mettons en peine de rien autre. Il y a consolation de voir combien nos chères Sœurs de céans s'affectionnent à l'honorer, et l'ardeur qu'elles ont pour cela ; même celles qui semblaient y avoir eu quelque opposition y sont les plus ardentes. Il m'a été montré un trésor de grâces de salut et de sanctification pour votre communauté, à cause du grand plaisir que Notre-Seigneur Jésus-Christ prend à l'honneur que l'on rend chez vous à son sacré Cœur. Mais je ne crois pas, à vous parler simplement, que les grâces qu'il vous promet, consistent à l'abondance des choses temporelles ; car il dit que c'est souvent ce qui nous appauvrit de sa grâce et de son amour C'est de quoi il veut enrichir vos âmes et vos cœurs.

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