‹ Vie et œuvres (volume 2)Chapitre 170 sur 284 · LETTRE CXIV · texte numérisé non relu

LETTRE CXIV

A SON FRÈRE LE MAIRE

Vive -j- Jésus !

Janvier 1690 •.

J'ai reçu votre lettre si tard, mon très cher frère, que je n'ai du temps que pour vous souhaiter une sainte et heureuse année, et vous témoigner combien je suis sensible à lia maladie de ma chère sœur, qui, en vérité, fait tort à la sincère amitié que j'ai toujours eue pour elle de croire que je 'la puisse oublier, puisque je veux bien qu'elle sache que je 'm'oublierais plutôt moi-même. Elle me tient trop fortement

i. La maladie de Mme Alacoque sert à fixer la date de cette lettre. Cette maladie a duré un peu plus d'une année et Mme Alacoque est jmorte au mois de septembre 1690. Il ne pouvait donc pas être question de sa maladie au mois de janvier 1689, date donnée par A.

au cœur dans celui de Notre-Seigneur Jésus-Christ, auquel je vais commencer une neuvaine à son intention. Et je la prie de mettre toute sa confiance a ce divin Cœur, et de faire dire cinq messes de la Passion le vendredi, à son honneur. Je l'embrasse mille fois, cette chère sœur, et je souffre de la savoir dans de si grandes douleurs. Faitesm'en savoir des nouvelles pour me sortir de peine, car je l'aime tendrement. Je la conjure de faire un saint usage de son mal afin qu'il la sanctifie en l'affligeant.

Pour votre chapelle il faut avoir patience. J'espère, mon 1 cher frère, que tout réussira à la gloire de cet aimable Cœur, I lequel je bénis et remercie de tout le mien, des grâces qu'il | vous fait, le suppliant vous les continuer en vous donnant | toute la fidélité et correspondance qu'il attend de vous. I C'est à quoi je vous invite, et surtout à lui rendre amour j pour amour, et de ne pas agir avec tant de crainte ; car il I semble que vous craignez qu'il converse et agisse trop fami- I lièrement avec vous. Mais sachez qu'il veut de vous plus | d'amour que de crainte. C'est pourquoi abandonnez-vous à i son amour et le laissez faire en vous, de vous et pour vous, I selon tous ses désirs et son bon plaisir, sans plus réfléchir sur vous-même, etc.

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