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Ri gueursde la

14i VIE ET ŒUVRES DE MARGUERITE-MARIE ALACOQUE

<( gloire infinie par l'offrande que tu lui feras de moi-même « dans ces sacrifices, y unissant celui de ton être pour « honorer le mien. »

J'avoue que, depuis ce temps, je sentais dans mon cœur un feu si ardent et si violent, que j'aurais voulu le communiquer à toutes les créatures, afin que mon Dieu fût aimé. Et, demeurant dans cet état, mon occupation était de faire ce que mon divin Maître m avait ordunné. Pour cela, je me prosternais la face contre terre, afin que, 1 offrant à son Père éternel, m abîmant dans mon néant, pour rendre hommage à sa grandeur.

Une autre fois, ce Souverain de mon âme me dit : « Je indice6 de <( *"e veux être toute chose — ta joie et ta consolation — « mais je serai aussi ton supplice. » (Je connus l'effet de ces paroles. Entre ses perfections divines, celle qui devait effectuer ses promesses, qui était sa sainteté d'amour et de justice, je confesse qu'il est difficile à une créature d'en exprimer les effets, n'ayant jamais rien senti de si douloureux que cette sainteté de justice, qui s'imprime dansl'àme d'une manière si terrible, qu'elle voudrait se précipiter danstoutes les peines imaginables et s'immoler à souffrir celle des damnés plutôt que de paraître devant la sainteté de Dieu avec un seul péché. L'âme ressemble à une huile bouillante qui pénètre jusque à la moelle des os et rend le corps si insensible à toutes autres douleurs qu'elles lui semblent plutôt un rafraîchissement qu'une souffrance. Ce que je trouve de plus rigoureux, c'est la présence de mon Souverain, lorsqu'il m'en favorise en cet état. Il donne des impressions de sa pureté qu'il est impossible à l'âme de se supporter, se voyant dans un état si abominable. Elle voudrait pouvoir fuir et se cacher, mais c'est en vain : ce Dieu plein d'amour prend plaisir de la voir en cet état, lui fait trouver ce qu'elle fuit. Ce n'est pas qu'elle voulût, pour quoi que ce soit, perdre la vue de son Bien-Aimé, en faisant aucune action qui lui put déplaire. Elle souffrirait mille morts à

la vue de son indignité. Elle dit souvent avec saint Pierre: <( Retirez-vous de moi, car je suis une pécheresse! » Bien loin de désirer d'être délivrée de cet état souffrant, j'aurais voulu, à chaque moment, voir augmenter mes peines.)

(La sainteté d'amour ne cause guère moins de souffrance, 26. La

. sainteté d'a-

à la réserve que toutes ces peines donnent à 1 àme des mou- mour. vements de joie et de contentement si grands qu'il n'est pas moins difficile de les exprimer. Elle donne à l'âme un désir [si] ardent d'être unie à Dieu qu'elle n'a de repos ni jour ni nuit, car le lit et la table lui semblent un gibet où elle ne va que pour se crucifier ; les conversations font son supplice. Dieu se faisant voir incessamment à l'âme et lui découvrant les trésors dont il 1 enrichit et l'ardent amour qu'il a pour elle et le peu de correspondance qu'elle a, son amour la presse si vivement de l'aimer qu'il n'y a que le divin auteur de ces opérations qui puisse exprimer ce que c'est. Alors, l'âme n'a plus d'intérêts, ni de désirs, et d'empressements que pour son unique amour. Le reste lui semble superflu ou inutile.)

Mon Seigneur se présentant à moi me découvrit son Cœur 27. La disir • • i ■»«• a. • i i ,, cipie bien-

amoureux: « Voici le Maître que je te donne, lequel tap- aimée du

« prendra tout ce que tu dois faire pour mon amour. C'est sus. « pourquoi tu en seras la disciple bien-aimée. » J'en ressentis une grande joie et ne savais quelle action de grâces €ji rendre à mon libérateur. Je me trouve si abandonnée à ce divin Maître d'amour que je n'ai pas le pouvoir de recou- ' rir ailleurs dans mes nécessités ou difficultés, pour grandes ou petites qu'elles soient. Je me tenais prosternée à ses I pieds, en esprit, lorsque je ne le pouvais de corps dans tous : mes exercices, lui faisant amende honorable pour tous les cu'urs qui lui étaient consacrés, pour les injures qu'il en recevait, me tenant devant lui en qualité de la disciple bien-aimée de son Cœur qui était mon repos, ma retraité et ma force dans mes faiblesses, lorsque, me trouvant accablée de peine et douleur, causées par sa sainteté de justice Marguerile-Marie Alacoque. — II. 10

qui me réduisait à deux doigts de la mort. Mais, lorsqu'il me voyait à cette extrémité, il me disait : « Viens prendre « du repos, pour souffrir plus courageusement. » Je me sentais abîmée dans cette fournaise d'amour où je ne pensais plus qu'à l'aimer, m'en sentant des mouvements si forts et violents, qu'il me semblait que mon âme s'allait séparer de mon corps, qui se trouvait si lassé, que je ne pouvais mettre un pied devant l'autre. Il me fallait faire une violence continuelle, crainte qu'on ne s'en aperçût. Il me semblait que la tranquillité de la nuit n'était que pour me faire jouir des embrassements et amoureux entretiens de mon divin Epoux, avec lequel les heures ne m'étaient que des moments. Quand je sens mes forces épuisées, je l'appelle à mon secours, lui disant : « Vous êtes ma force et mon soutien ! » Ce qu'il m'a fait sentir sensiblement. 28 a< si- Comme toute ma consolation est au saint Sacrement, j'y

Suite de la . , . . .

Bienheureu- passais tout le temps qui m était libre. Notre-Seijmeur me

se devant le r , ...

saint Sacre- pressait si fort de l'y aller trouver, que, quand je résistais, il me mettait dans un état qu'il me serait difficile d'exprimer, tant je me sentais de peines, qui n'étaient pas moindres lorsque j'y demeurais quand l'obéissance m'appelait ailleurs. Je sentais une douleur comme si l'on m'eût arraché le cœur. En sortant de l'oraison, je disais : « 0 mon Jésus, « ne pouvant demeurer en votre présence, (« j'aimerais « mieux mourir que de me séparer de vous par le péché), « Venez avec moi pour sanctifier ce que je ferai, puisque « tout est pour vous ! » (Je le serrais sur mon cœur selon « qu'il m'avait appris de faire pour me tenir partout conte tente.) Comme l'on me disait que c'était se vouloir montrer singulière a que de demeurer au chœur plus que les autres, je résolus de rester à notre cellule; mais il ne fut pas à mon pouvoir. Après avoir résisté quelque temps, je fus contrainte de quitter ce que je faisais pour aller à Celui

a) Ms. 3 : « et plus dévote que les autres. »

qui m'appelait. Et, en allant, il me dit d'une voix irritée : (( Apprends que, si tu te retires de ma présence, je te le « ferai bien sentir et à toutes celles qui en seront cause. « Je leur cacherai ma présence et elles ne me trouveront « point lorsqu'elles me chercheront. » (Je résolus de ne me plus mettre en peine de ce que l'on dirait.)

Une fois, me préparant pour la sainte communion, j'en- 29. Elle

t • • i- t~> i fui doit faire

tendis une voix qui me dit : « rîegarde, ma fille, le mau- amende ho-

. norablepour

« vais traitement que je reçois de cette ame qui me vient une person- « de recevoir. Elle a renouvelé toutes les douleurs de ma porte de

t-» • i ii/r • ■ ■ ^ • i • • j -x .î mauvaises

<( Passion ! » Me jetant a ses pieds, saisie de crainte et de dispositions

, , , . , . à la commu-

douleur pour les arroser de mes larmes que je ne pouvais nion. retenir, lui disant : « Mon Seigneur et mon Dieu, si ma « vie est utile pour réparer ces injures, quoique celles « que vous recevez dans la mienne soient mille fois plus « grandes, néanmoins me voilà votre esclave : faites de « moi tout ce qu'il vous plaira. — Je veux que toutes « les fois que je te ferai connaître le mauvais traitement « que je reçois de cette âme, lorsque tu m'auras reçu, tu « te prosternes à mes pieds, pour faire amende honorable « à mon amour, offrant à mon Père éternel le sacrifice « sanglant de la Croix pour cet effet, et offrant ton être « pour rendre hommage au mien et pour réparer les indi- « gnités que je reçois dans ce cœur. » Je demeurai toute surprise d'entendre ces paroles d'une âme qui se venait de laver dans le précieux Sang de Jésus-Christ.

Mais j'entendis la même voix qui me dit : « Ce n'est pas « qu'elle soit dans l'acte du péché, mais dans la volonté « qui n'est point sortie de son cœur, ce que j'ai plus en « horreur que l'acte du péché même, car, c'est appliquer « mon Sang sur (une charogne) corrompue, par mépris ; « d'autant que la volonté au mal est la racine de toute « corruption, incapable d'en recevoir aucun effet. » Je souffris, à ces mots, de grandes peines, demandant sans cesse miséricorde à Notre-Seigneur, qui me dit, un jour de

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Pâques, après l'avoir reçu : « J'ai ouï ton gémissement :

« j'ai incliné ma miséricorde sur cette âme. » Ce qui me

consola fort.

porterie Sortant de l'oraison, pour aller couper le pain1 des

sainteté6 dl épouses de mon Bien-Aimé qui me suivait avec un pesant

«neâmeque fardeau qu'il voulait mettre sur mes épaules, qui auraient

prêt à frap- succombé sous le faix si lui-même n'avait été ma force, il

pei ■ me dit : « Si tu veux supporter le poids de ma sainteté de

« justice, je suis prêt de l'appesantir sur cette a personne »,

— me la faisant voir — aussitôt je me jetai à ses pieds,

disant : « Consommez-moi plutôt jusque à la moelle des

« os que de perdre cette âme qui vous a coûté h si cher

« N'épargnez point ma vie! je la sacrifie à vos intérêts. » Et, me relevant de terre, chargée d'un poids qui m'accablait si fort que je ne pouvais me traîner, je me sentais brûlée d'un feu si ardent qu'il me pénétrait jusqu'à la moelle des os. Et, me voyant réduite dans le lit, Dieu seul sait ce que je souffris ! Mes maux étaient grands et ne recevaient que de l'accroissement par les remèdes que l'on me faisait et le trop de soin qu'on avait de moi, qui aurais désiré de me voir délaissée de toutes les créatures, pour être conforme à mon amour crucifié.

3i. Grande Je nie sentais une si grande faim de le recevoir, que ie

faim de la . . ,

Sainte Eu- ne savais que faire, sinon de m'en prendre à mes veux par

charistie et * m l . .

crainte d'è- leurs larmes, ([ce qui] ne faisait qu'augmenter ma peine qui

de la rece- m'était représentée souvent par Celui-là même qui en était voir. . .

l'objet,) semblable à celle des pauvres âmes du purgatoire

[qui] souffrent de la privation du souverain Bien ; car,

nonobstant cet ardent désir qui me consommait, mon divin

Maître me faisait voir mon indignité à le loger dans mon

cœur, ce qui ne m'était pas une moindre peine que la pre-

a Ms. 3 : « religieuse » — b) Id. : « tant de sang-. » 1. Etant réfectorière.

mière qui me pressait de m'en approcher ; (et l'autre me faisait oublier mes intérêts pour n'en avoir que ceux de la gloire de mon Seigneur, qui me faisaient désirer que plutôt mille fois je fusse abîmée aux pieds de Lucifer que de lui servir de temple où il serait déshonoré. C'étaient les deux peines qui me tourmentaient continuellement, ce qui me faisait demander souvent de me retirer de la sainte communion, malgré l'ardente faim qui me dévorait. Avant que d'aller trouver notre Mère en cette perplexité d'esprit, je m adressais à mon divin Maître ; je le priais de faire connaître à celle qui me conduisait sa volonté, afin qu'elle m'ordonnât ce que je devais faire. Et puis, lui demandant de m'éloigner de la sainte table, bien loin que ma supérieure me l'accordât, elle me faisait tant de rebuts et de confusion de mon peu d'amour pour Dieu, que je m'en retournais toute confuse et soumise à ce que l'on voulait. )

Quelquefois, ce divin Maître, voilant le tableau de mes 32. n.-s.

,, 1 • j ., . la guérit

misères pour me découvrir celui de son amour, j aurais pour quelle souhaité qu'il m'eût été permis de le recevoir à la sainte communier, communion, quand il m'aurait fallu marcher pieds nus sur fait rester à

, . , n ,-, . ... l'infirmerie.

un chemin de tlammes. Cette peine ne m aurait rien ete en comparaison de la privation. Un jour de a ma maladie, je me sentais fort pressée d'aller au chœur pour y communier. Il me semblait que la nuit ne serait jamais passée. Mais, comme je ne pouvais me soutenir, je voyais bien que ma prétention était vaine, si Celui qui m'attirait ne me donnait la force. Il ne différa pas de me secourir. Il me sembla que me touchant de sa main, il me dit : « Que crains-tu, fille « de peu de foi ! Lève-toi et me viens trouver. » Ce que je sentis si efficacement que je crus n'avoir plus de mal. M'étant donc levée, à l'insu de l'infirmière, qui me fit recoucher, quelle assurance que je lui pusse donner de ma santé, notre Mère me reprit de l'attache que j'avais à ma

a) Ms. 3 : « un jour de la grande maladie que j'eus. »

volonté. Je ne lui en dis pas le sujet, crainte que ce ne fût une imagination et qu'elle le crut une vérité. 33. n -s. Un jour de l'Annonciation, à mon oraison, une des grâces

veut qu elle t J D

honore le que je reçus de Notre-Seigneur, c'est qu'il me fit connaître l'incarna- que je devais honorer ses abaissements par vingt-quatre Verhum Caro, pour honorer les heures qu'il a demeuré dans les flancs virginals de sa sainte Mère, me promettant que ceux qui s'y rendraient fidèles ne mourraient point sans recevoir le fruit de son Incarnation par les saints Sacrements.

reurpour'iâ Une fois, après la sainte communion, il me dit : « Ma

communi o n r> 1 1 1 1 ■ ■ , • 1 ■ .

indigne. « mie, lequel aimerais-tu mieux : me recevoir indignement « et, qu'après, je te donnerais mon paradis; ou bien, te « priver de la communion pour me voir plus glorifié, et « après cette privation que l'enfer fût prêt à t'engloutir ? » Mais l'amour eut à l'instant fait le choix et la réponse, disant de la plus forte ardeur de mon cœur : « 0 mon Sei- « gneur, ouvrez ces abîmes et vous verrez que le désir de « vous glorifier m'y aura bientôt précipitée ! » tant je sentais de peine que ce pain de vie ne fût mangé indignement ; depuis surtout qu'il me fît voir le mauvais traitement qu'il recevait dans une âme où je le vis comme lié et foulé aux pieds et méprisé, me disant d'une voix triste : « Regarde « comme les pécheurs me traitent ! » Une autre fois, il me fit voir la posture qu'il tenait dans un cœur qui résistait à son amour. Il avait les mains sur ses oreilles sacrées et les yeux fermés, disant : « Je n'écouterai point ce qu'il me dit « ni ne regarderai point sa misère, afin que mon Cœur *< n'en soit touché et qu'il soit insensible pour lui comme le « sien l'est pour moi. »

35. Le Li- Faisant ma lecture pour contribuer à l'entretien d'après

vre de vie. l L

vêpres, mon Bien-Aimé se présenta devant moi : « Je tel « veux faire lire dans le livre de Vie où est contenue la « science d'amour. » Et, me découvrant son sacré Cœur, il m'y fit lire ces paroles : « Mon amour règne dans la souf-

ÉCRITS PAR ORDRE DE LA MÈRE DE SADMAISE loi

« france, il triomphe dans l'humilité et il jouit dans l'unité ! » Ce qui s'imprima si fort dans mon esprit que je n'en ai jamais perdu la mémoire.

Une autre fois, se présentant à moi, couvert de plaies et son 36. Mena-

ces contre

corps tout sanglant, son Cœur tout déchiré de douleurs et le « peuple

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