‹ Vie et œuvres (volume 2)Chapitre 172 sur 284 · LETTRE CXVI · texte numérisé non relu

LETTRE CXVI

A LA MÈRE M. -F. DURUYSSON, A MOULINS (L'autographe est au monastère de Nevers.)

Viye -j- Jésus !

De notre monastère de Paray, ce 27 janvier 1690.

Ma très honorée Mère,

Je supplie l'adorable Cœur de Jésus d'être à jamais notre amour et notre tout, et qu'il soit votre force dans les visites

crucifiantes qu'il vous a faites au sujet de la mort de madame votre mère et de monsieur votre frère, desquelles j'ai été sensiblement touchée1, par la part que je prends à vos intérêts dont je fais les miens propres dans le sacré Cœur de Jésus-Christ, devant lequel vous devez être persuadée que je ne les oublie pas, non plus que vous, ma chère Mère, à qui je souhaite une année saintement heureuse dans la plénitude des plus précieuses grâces de cet aimable Cœur de Jésus qui mortifie [et] vivifie comment et quand il lui plaît, sans qu'il nous soit loisible de demander pourquoi. Il nous doit suffire que c'est lui qui le fait, parce que tel est son bon plaisir, auquel il nous faut soumettre amoureusement, en baisant la main qui nous frappe en nous séparant des personnes qui nous sont les plus chères, afin de nous rendre plus parfaitement et uniquement siennes. C'est ainsi que je pense qu'il en use avec vous, parce que votre âme lui est singulièrement chère ; et le zèle que vous témoignez avoir pour faire connaître et aimer le sacré Cœur

<| de notre divin Maître lui attirera de plus en plus le comble

Jj de son pur amour.

Je vous avoue, mon unique Mère, qu'il y a consolation pour tous ceux qui l'aiment de voir étendre cette dévotion partout. La très honorée Mère de notre premier monastère de Lyon \ l'a envoyée en Pologne, je veux dire le petit

1. L'abbé Dubuysson, frère de la mère Marie-Félice, mourut martyr de la chanté. D'abord père spirituel de la Visitation de Moulins il était devenu grand vicaire du cardinal de Noailles pour lors eveque de Chàlons. En 1689, on conduisit dans cette ville un si grand nombre de prisonniers de guerre, que les prisons en étaient remplies; une fièvre pestilentielle s'alluma parmi ces infortunés et les décima rapidement. M. Dubuysson exposa généreusement sa vie et eut le bonheur de la sacrifier dans l'exercice de son saint ministère.

2. La mère Marie-Éléonore d'Apchon de Poncin était supérieure lu monastère de Bellecour, où, depuis l'âge de quatorze ans elle pratiquait la vie religieuse. Formée de la main de la mère Marie- \imee de Blonay, elle se montra son émule par sa conduite; aussi

Marguerite-Marie Alacoque. — II. .„

livre de Lyon, lequel on nous mande que l'on va faire traduire en italien. Je prie Dieu de tirer sa gloire de tout et de remplir nos cœurs des ardeurs du sien adorable, afin que nous ne puissions désormais vivre qu'en lui et pour lui.

Je me réjouis que vous ayez reçu une si sainte âme dans votre maison ; cela n'y peut qu'attirer beaucoup de bénédictions, surtout l'ayant reçue par charité. Le Seigneur saura bien vous le récompenser d'ailleurs.

Je n'ai pas manqué de m'acquitter de votre commission envers notre chère sœur Cordier, laquelle nous a dit n'avoir pas reçu celle que vous marquiez dans la nôtre. Elle vous assure de sa sincère et respectueuse amitié, et moi je vous conjure de ne pas oublier en la présence du sacré Cœur celle qui est tout à vous en son saint amour. Votre très humble et indigne fille et servante en Notre-Seigneur.

SlM.-M., D. L. V. S.-M.

fut-elle une des fermes colonnes de notre saint Institut. Voici ce que nous lisons dans la vie de cette vertueuse mère :

« Sa dévotion au Cœur de Jésus était incomparable; elle a eu pour « ce sujet de grandes relations avec la sœur Alacoque, de qui nous « avons trouvé une lettre dans laquelle elle lui marquait que Dieu « voulait se servir de sa personne pour procurer l'établissement « de la dévotion à ce sacré Cœur; ce qui a été vérifié par l'événe- « ment, puisque aussitôt qu'elle eut écrit dans nos maisons pour « cela, toutes nos sœurs se portèrent avec ardeur à lui rendre la « vénération qu'on y voit à présent. Et depuis cet heureux succès « elle a continué un commerce de lettres avec cette servante de « Dieu. »

La lettre delà Bienheureuse nous apprend que c'est par son entremise que la dévotion au sacré Cœur pénétra en Pologne. Cela ne surprendra pas quand on saura que la Mère de Poncin fit partie de l'essaim lyonnais qui alla fonder à Varsovie le premier monastère polonais. Au bout de quelques années, elle revint à son monastère de Bellecour, où l'appelait, comme on vient de le voir, une mission providentielle. Ses relations avec la Pologne durèrent autant que sa vie, et la dévotion au sacré Cœur dont elle y avait jeté le germe, devint vite florissante. On sait quel rôle important les princes et les Evêques de Pologne ont joué dans l'établissement du culte du sacré Cœur.

Il faut vous avouer confîdemment, ma très aimée Mère, que je suis enfin contrainte de céder au mouvement pressant que je sens depuis si longtemps, de rompre tout commerce avec les créatures, soit de lettres ou autrement, pour bon et utile qu'il pourrait paraître, et sous quelque prétexte que ce puisse être, pour vivre anéantie et cachée dans l'adorable Cœur de Jésus, où je n'oublierai pas mes amies, me flattant que vous êtes du nombre et ma chère sœur de La Barge, à laquelle je vous conjure de le faire trouver [bon] afin que ses lettres ne lui donnent pas le déplaisir, et à moi aussi, de demeurer sans réponse, aussi bien que plusieurs autres, l'assurant au reste que je lui serai toujours la même devant Dieu, avec lequel il est temps de commencer à négocier sérieusement les affaires de mon salut éternel.

Et c'est de tout mon cœur que j'embrasse d'une sincère i affection cette très aimée sœur1.

La suscription porte : « Pour la très honorée Mère de , notre monastère de Moulins. »

LETTRE GXVII

A SON FRÈRE LE MAIRE

Vive -j- Jésus !

[Février 1690.]

Je voudrais, mon très cher frère, vous pouvoir témoigner la part que je prends à toutes les visites crucifiantes dont

1. Au bas de cette lettre la Mère Dubuysson a écrit ce qui suit : « J'ai prié aujourd'hui ma chère sœur Marguerite-Marie de me joindre à toutes ses prières et bonnes œuvres, pour m'obtenir de Notre-Seigneur la grâce de faire toujours ce qu'il lui plaît en tous les moments de ma vie, et qu'il fasse de moi tout ce qu'il lui plaira; et e lui ai promis le réciproque autant que je le puis.

Sœur Marie-Félice. Le 19 février 1690. »

le Seigneur vous gratifie, surtout dans la maladie de ma chère sœur, qui m'est plus sensible que je ne vous le peux exprimer. Mais je crois que le divin Cœur de Jésus-Christ la veut sanctifier par là. C'est pourquoi, exhortez-la d'en faire un bon usage ; car je suis bien mal en état de lui donner la consolation que vous désirez, étant si mal moimême, qu'à peine vous puis-je écrire ce mot. Assurez-la cependant que je ne manque pas de faire tout mon possible auprès de Notre-Seigneur pour elle ; mais mes péchés me rendent indigne d'être exaucée. Voilà tout ce que je vous peux dire, pour cette fois, sinon que vous continuiez seul la chapelle du sacré Cœur, etc.

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