A UNE RELIGIEUSE DE SAINTE-URSULE
Vive f Jésus !
Je souhaiterais, ma très chère sœur, que Jésus triom- i phant le fût si parfaitement de nos cœurs qu'il fût hors de
1. Cette lettre et les cinq suivantes ne portent aucune date dans nos1 manuscrits. — Nous ne pouvons tenir compte de la date 1675 I attribuée à celle-ci par le Ms. 8. Outre que la destinataire présumée n'était âgée que de neuf ans en 1673, la Bienheureuse n'écrivait point des lettres de ce genre dans les premières années de sa vie religieuse.
Les dépositions du procès de 1715 nous apprennent que la sœur Marie de Saint-Étienne-Chevalier-de-Monrouant produisit les originaux de dix lettres de la Bienheureuse, dont neuf adressées à ellemême et une à sa tante, Mme de Monrouant, pour lors supérieure du | monastère de Sainte-Ursule de Paray.
D'autre part S' Catherine Billet de Saint-Xavier, religieuse ursuline, déposa aussi qu'elle avait reçu plusieurs lettres de la Servante ; de Dieu ; mais elle ne les produisit point.
Il semble d'ailleurs que la façon dont la sœur de Monrouant apprécie ainsi qu'on le verra ci-dessous, les lettres qu'elle a reçues de ! Maro-te Marie, caractérise assez bien la présente lettre et les trois suivantes qui portent simplement cette indication : « à la même. »
Sœur Marie de Saint-Étienne-Chevalier-de-Monrouant, élevée au , monastère de la Visitation de Paray, y avait eu pour maîtresse la j Bienheureuse Marguerite-Marie. Lorsqu'elle se fut consacrée a Dieu, dans le monastère des Ursulines, contiguà la Visitation, elle demeura en rapports affectueux avec son ancienne maîtresse Dans la procédure de 1713 la sœur de Monrouant déposa v que la Vénérable Sœur , Alacoque, à qui elle avait une confiance entière lui a découvert „ des choses qui se passaient intérieurement en elle, et dont e « n'avait point parlé à qui que ce soit. Que depuis qu elle fut sort* ,< de la Visitation, et fait profession dans cette maison de Sain e- . Ursule, elle a consulté plusieurs fois par écrit la Wrable Sœu • « sur ses peines intérieures et autres choses, et quelle se trouvait
notre pouvoir de nous en départir jamais, non plus que de ses samtes lois et du devoir de ses vraies épouses dont nous avons le bonheur de porter la qualité, quoique très | indignement de ma part. Mais il faut vous avouer, chère amie, que je ne saurais plus longtemps vous dissimuler ma peine, puisqu'il vous faut aimer autant que je le fais dans le sacré Cœur de Jésus-Christ, pour entrer si avant dans vos intérêts et pour en être si sensiblement touchée. C'est ce qui me donne la confiance de hasarder une troisième lettre pour vous prier de me dire la vérité de votre disposition car je I nen veux croire ni à ma pensée, ni à tout ce qu'on m'en pourrait dire sur mille petits discours que l'on fait de votre conduite. Je vous avoue que j'en ai le cœur pénétré de douleur. Mais, ma chère sœur, souffrez que je vous parle r franchement et que je m'acquitte de la promesse que vous » m avez engagée de vous faire, qui est de vous dire simplement ma pensée à votre égard. Je crois que le Seigneur n est point content de votre procédé, et je crains bien qu'il I ne se lasse de notre résistance, et qu'après avoir essayé en
« parfaitement bien de ses avis salutaires, lui faisant connaître la « plupart du temps qu elle avait connu des choses dont elle ne l'avait » pas encore informée, qui regardaient son intérieur. Ladite déoo- « santé nous a dit avoir reçu plusieurs lettres de la Vénérable Sœur « Alacoque, par lesquelles elle l'exhortait à continuera travailler à la « perfection et a la sainteté de son état, à souffrir avec patience les
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• qu ailleurs. Enfin que ces lettres sont remplies de saints avis ,
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avait ete transforme par méprise, en une ■< Lettre à une religieuse dé Sainte-Ursule ,, Cf. à la III. partie de ce volume la note de il vis LU
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bmme la ÇXXIX- à M- Ducret. Cette dernière était inédite jusque
a publication qu'en a faite, en 1891, le P. Letierce : Étude suT le
• VwST'h' h P' Mn L'autoeraPhe nous * «té communiquée pa a V,s,Ut.on de Nancy. On y voit que cette religieuse s'occupait de la inversion des protestants. La destinataire de la lettre CXXVIII «adonnait également à cette œuvre de zèle, ce qui donne à croire jissez vraisemblablement qu'il s'agit de la même personne
Marguerite-Marie Alacoque. — II.
vain de gagner notre cœur en frappant sans cesse à la porte sans y pouvoir entrer, il ne se retire en l'abandonnant à ses ennemis ; car vous savez bien qu'il ne veut point d'un cœur partagé. Il veut tout posséder ou tout quitter. Mais je sais bien que vous ne manquez pas de lumière sur tout ce qu'il veut de vous dans l'état où vous êtes engagée. Eh ! quelle peine s'attirera le serviteur qui connaît la volonté de son Maître et ne l'accomplit pas ! J'espère pourtant que votre bon cœur ne prendra point ceci en mauvaise part ; mais que plutôt vous y ferez un peu de réflexion afin de ne pas hasarder la couronne qui vous est destinée et vous priver de tant de grâces dont vous ne laisserez pas de remercier Dieu au jour de votre trépas, qui n'est pas toujours si éloigné que nous le pensons.
Mais commençons donc tout de bon à travailler à notre salut, car nul ne le fera pour nous, puisque celui-là même qui nous a fait sans nous, ne nous sauvera pas sans nous. Et encore une fois, serait-il bien possible que vous eussiez le courage de lui refuser votre cœur? Non, je ne le saurais croire puisqu'il ne faut qu'un bon : Je le veux, pour nous rendre tout à Dieu, lequel, j'espère, en sa miséricorde, ne nous refusera pas les forces nécessaires pour vaincre nos répugnances au bien et surmonter nos petites faiblesses qui nous éloignent si souvent de lui et de nos obligations religieuses. Mais recourez à son amoureuse bonté avec confiance, et il ne vous délaissera pas, car il a désir de vous faire du bien, étant toujours prêt à vous recevoir, pourvu qu'humblement vous retourniez à lui, si par malheur vous vous en étiez tant soit peu écartée. Ne nous laissons point aller au découragement, mais recevons de bon cœur, chère amie, en esprit de soumission les petites mortifications que sa douce Providence permettra nous arriver, et tâchons d'en faire bon usage. Étant aussi méchante que je la suis, j'ai bien envie de mieux faire ; je l'espère si je suis aidée de vos prières. Vous ne serez pas oubliée dans les miennes
faibles et languissantes, par lesquelles je supplie le divin Sauveur de nos âmes de nous rendre à lui pour jamais. Qu'il soit béni et glorifié éternellement!
S1' Mele-Marie Alacoque. D. S. B.