‹ Vie et œuvres (volume 2)Chapitre 182 sur 284 · LETTRE CXXIV · texte numérisé non relu

LETTRE CXXIV

A LA MÊME

Vive f Jésus !

J'ai été consolée, ma très chère et bien-aimée sœur de •voir par la vôtre la soumission et résignation au bon pla'isir ; divin dans votre rude affliction, dont je vois une grande bonté et amour de Dieu à votre égard, en vous ôtant tout ce |que vous aviez de plus cher en cette vie, afin que vous ne jvous attachiez plus à rien de terrestre, mais à lui seul qui jveut posséder votre cœur sans partage, et que vous l'aiimiez dun cœur pur et d'un même amour sans mélange de icelui des créatures. Car, hélas ! ma chère sœur, puisque [notre vocation nous y engage, et nous rend les épouses d'un Dieu crucifié, il nous faut aimer les croix et les recevoir comme des gages précieux de l'amour du divin Époux qui |veut, par ces moyens crucifiants, nous rendre semblables à llui en éprouvant notre amour, duquel il lui faut donner des parques en embrassant amoureusement la Croix. j Je sais qu'il n'y a rien qui tienne plus en peine les trépasses que de ne pas accomplir ce qu'ils promettent • la lefunte me dit la dernière fois que je la vis qu'elle avait ait vœu de faire une bonne œuvre, N. ; c'est pourquoi ie 'ous ai avertie afin que la chose s'accomplisse. Elle vous «ra plus utile dans le ciel que sur la terre, mais il faut lui uder à y entrer et l'assister de prières et bonnes ouvres

Pour cet effet il ne faut plus aimer ni vouloir que Dieu seul. C'est dans son saint amour que je suis toute à vous.

Sr Marguerite-Marie Alacoque.

LETTRE GXXV

A LA MÊME

Ma très chère sœur,

Après vous avoir souhaité la plénitude des grâces que Notre-Seigneur verse abondamment dans les cœurs bien disposés, en ce saint temps, à recevoir les impressions de son amour souffrant, pour un jour participer à celles de son amour jouissant, — dont je désire bien que nous soyons du nombre, — je voudrais pouvoir vous témoigner la sincère affection que j'ai pour vous. Et d'autant que vous me faites paraître un grand désir d'aimer Dieu, et de vous rendre toute à lui en remplissant partout les devoirs de votre sainte vocation, faisant exactement tout ce que le Seigneur vous fait connaître qu'il demande de vous, car c'est là le moyen de gagner son sacré Cœur et d'en obtenir toutes les faveurs nécessaires à votre perfection. Confiez-vous en la bonté de Notre-Seigneur dans les croix qu'il vous envoie, et il ne vous délaissera pas ; car il sait tirer les biens de nos maux, et sa gloire de nos afflictions. Je le prie qu'il nous rende telles qu'il nous désire dans notre sainte vocation, qui nous doit rendre soumises dans l'affliction comme dans la consolation, à sa très adorable volonté, qui est toujours également aimable en elle-même. Embrassons de bon cœur tout ce qu'elle ordonne, en disant en toute occasion : « Mon Dieu, votre volonté soit faite ! »

Je ne pense pas que Dieu demande autre chose de vous, sinon de lui rendre fidèlement ce que vous lui avez promis par vos saints vœux qui vous obligent à vivre conformément à l'esprit de votre règle : car, hélas ! quelle confusion aurions-nous à l'heure de la mort si on nous disait : « quitte cet habit, qui n'a couvert qu'un fantôme de religion. » Pensons-y sérieusement, ma chère amie, et travaillons tout de bon à nous mettre dans le parfait dénûment où doit être une bonne religieuse, non-seulement pour les biens et commodités, mais encore elle doit être dénuée de tous plaisirs et consolations tant intérieurs qu'extérieurs. Enfin une bonne religieuse doit être toute à Dieu et à sa supérieure, de quelle manière qu'elle en dispose et l'emploie indifféremment ; vivant ainsi tout abandonnée à la céleste Providence et à la sainte obéissance, sans rien désirer ni rien refuser, mais se tenir toujours disposée à tout faire et souffrir sans nous plaindre. Voilà le vrai paradis de l'âme religieuse.

Je suis toute à vous dans le cœur de notre divin Maître.

Sr M. -M. Alacoqle.

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