‹ Vie et œuvres (volume 2)Chapitre 187 sur 284 · Cf. t. I · texte numérisé non relu

Cf. t. I

LETTRES DE LA BIENHEUREUSE o09

n'est pour rien dans le récit de cet incident où il est question de « sa haute vertu. » Voilà qui ferait croire qu'il faut plutôt chercher la vérité dans sa déposition que dans un récit fait par une autre qui n'a peut-être pas entendu elle-même les vraies paroles de la Bienheureuse.

Quoi qu'il en soit, les deux citations des Contemporaines ci-dessus rappelées, ajoutées à ce fait que les relations de la Servante de Dieu avec le P. Croiset n'étaient pas bien connues et qu'on pouvait inférer de plusieurs de ses lettres à la Mère de Saumaise qu'elle lui avait écrit rarement, avaient porté les éditeurs précédents — et nous étions d'abord de leur avis — à iregarder les fragments de lettres tirés de l'abrégé de Croiset .comme adressés au P. Rolin. Ces fragments se retrouvant dans ;les inédites d'Avignon, il y avait dès lors lieu de douter que le JP. Croiset fût le destinataire de ces lettres.

Mais la découverte que nous avons faite d'une lettre inédite du P. Croiset à une religieuse de la Visitation de Paray ' nous a apporté la preuve indéniable d'une correspondance volumineuse ;entre la Bienheureuse et lui. Il y dit, en effet : « Les documents que j'ai déjà, par les longues lettres que m'a écrite cette sainte religieuse, et ceux que je recevrai, me donneront le moyen de lia faire connaître au public. » Il avait le projet (qui n'a pas été iréalisé et que nous ne connaissons que par cette lettre) de « donner prochainement sa vie en un volume entier ».

De plus, le témoignage du P. de Galliffet, contemporain et ami du P. Croiset, est formel :

« Le P. de La Colombière étant mort Notre-Seigneur

suscita bientôt après, pour la même fin, un autre Père de la même Compagnie, célèbre depuis par tant d'excellents ouvrages de piété à qui il inspira le même zèle. Il le conduisit à Paray où jil connut la Sœur Marguerite; et il eut tant de part à sa confiance que cette sainte Fille entretint depuis, jusques à sa mort, un commerce de lettres avec lui pour la direction de sa conscience, lui découvrant avec une entière ouverture de cœur les secrets de son âme et les grâces qu'elle recevait. Ce fut ce nouveau

i. Cf. t. I, p. 613: Lettre à la sœurChalon, datée de Lyon, 29 août

directeur que Jésus-Christ avait choisi pour écrire de la dévotion à son sacré Cœur ' ».

Enfin une étude attentive des lettres elles-mêmes prouve très clairement qu'elles sont bien adressées au P. Croiset. Il s'y agit, en effet, d'un jeune religieux qui doit être ordonné prêtre prochainement, qui a publié, à Lyon, une édition augmentée du Livret de Dijon et qui doit composer un ouvrage plus important sur la dévotion au sacré Cœur. Ces traits ne conviennent pas au P. Rolin qui était prêtre depuis sept ans, à la date de la première lettre inédite, et qui n'a rien écrit sur le sacré Cœur. Tout au contraire ils désignent, à ne point s'y méprendre, le P. Croiset.

Nous avions cru aussi que plusieurs de ces lettres, tout au moins, étaient faites de morceaux rapportés, parmi lesquels il s'en pourrait trouver qui fussent tirés de lettres au P. Rolin. Mais tout bien considéré et minutieusement étudié, nous sommes resté convaincu que les dix lettres ont été adressées telles quelles au P. Croiset.

Mais alors qu'est devenue la correspondance avec le P. Rolin ? Il reste sans doute plus d'un problème à résoudre sur les relations de ce Père et même du P. Croiset avec la Servante de Dieu. Actuellement nous n'avons aucune preuve que la Rienheureuse ait écrit au P. Rolin après son départ de Paray. Nous ne possédons aucune lettre qui lui ait été certainement destinée. Il semble même que les relations du P. Rolin avec la Visitation de Paray aient été interrompues, quand il a quitté cette ville ; car il avait ordonné à Sœur Marguerite d'écrire un Mémoire de sa vie qu'il devait examiner ; et, de fait, ce Mémoire, qui ne s'étend pas jusqu'aux dernières années de la vie de la Bienheureuse, n'a pas été envoyé au P. Rolin et il était encore « dans une armoire » à la Visitation de Paray, quand la Servante de Dieu mourut.

Cependant nous devons dire que, 23 ans après la mort de Marguerite-Marie, le P. Rolin était en correspondance avec une visitandine de Paray, témoin la lettre que nous avons publiée au 1er volume 2, dans laquelle il écrivait : « Je vous suis très obli-

1. L'Excellence de la dévotion au Cœur adorable de Jésus-Christ, in-4, 1733, p. 19.

2. Lettre à la sœur de Bisefrand, datée de Grenoble, 12 août 1713.

gé de tout le détail que vous m'avez fait dans vos deux dernières

! lettres, touchant la très Vénérable Sœur Alacoque Elle m'a

i honoré de son amitié et de sa confiance, pendant qu'elle a été sur jla terre; je ne doute pas qu'elle ne me donne dans le ciel le secours de ses prières. »

Pour ce qui est de l'authenticité de ces dix lettres, elle est cer- Itaine. Outre que l'autographe de la deuxième existe encore; quand on s'est familiarisé avec les écrits de la Bienheureuse, on (reconnaît à ne pas s'y méprendre sa manière de penser, de s'exjprimer, son style, sa phrase, ses locutions particulières. Ces dix ilettres d'Avignon sont incontestablement authentiques. Il n'est pas étonnant qu'elles se soient trouvées là puisque le P. Croiset jpassa les dernières années de sa vie à Avignon et y mourut en

Le P. Vieille, justement fier de sa découverte, en fit part au |P. Régnault, directeur du Messager du Cœur de Jésus, à Touilouse, lequel s'empressa de publier la précieuse correspondance. «La première des inédites d'Avignon parut dans le Messager de novembre 1889 et la dernière dans la livraison de novembre |1890. A l'occasion du second centenaire de la mort de la Bienheureuse, elles furent réunies en une brochure, sous ce titre : Courte biographie et lettres inédites de la B. Marguerite- Marie H.

; Ayant entrepris de préparer une nouvelle édition de Vie et pEuvres de la Bienheureuse, nous nous sommes préoccupé de 'enrichir des neuf nouvelles lettres au P. Croiset. Nous nous sommes adressé au R. P. Supérieur de la maison d'Avignon. 4élas! le manuscrit d'Avignon semble n'avoir revu le jour, après an long oubli, que pour disparaître à nouveau. Il est perdu ou lu moins égaré. Par bonheur, le R. P. Vieille avait eu soin d'en ^rendre une copie qui reproduit le manuscrit, page pour page, ft mot pour mot. Il a bien voulu nous la confier avec l'attestajion : « Copie certifiée conforme au Manuscrit d'Avignon. Avignon le 30 novembre 1888, F.-V. Vieille. S. J. » Il avait même, omme s'il eût eu un pressentiment du malheur qui est survenu,

1. Toulouse, 1890, in-18 de 216 p., aux Bureaux du Messager du ■œur de Jésus.

fait photographier la première page du recueil. Elle est de format iu-18, d'une écriture relativement fine pour l'époque — vraisemblablement le commencement du xvme siècle — mais très ferme et très nette. Est-ce l'écriture du P. Croiset lui même? Nous l'ignorons.

Le texte des morceaux cités dans l'abrégé de Croiset ayant été très souvent reproduit, nous avons voulu le conserver et alors, quand il y a lieu, nous mettons deux colonnes. Dans la première on trouvera le texte de la Bienheureuse d'après le Manuscrit d'Avignon, et dans la seconde ce même texte modifié et publié par le P. Croiset, dans l'abrégé qu'il a donné de la vie de la Servante de Dieu.

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