SUR LA LETTRE DU 10 AOUT 1689, AU P. CROISET
Cette lettre communiquée au R. P. Ramière, directeur du Messager du Cœur de Jésus par le R. P. Albini, général des Barnabites, fut publiée pour la première fois, en France, dans le Messager, livraison d'octobre 1874 (t. XXVI, pp. 236-250).
Le R. P. Albini la donna de son côté dans la deuxième édition du recueil italien intitulé : « Lettere délia Beata Margherita-Maria Alacoque, raccolte e publicate dal monastero délia Visitazione di Paray-le-Monial, versione dal francese per G. M. A. Barnabita ; 2a edizione riveduta dal traduttore, Roma tipogr. poligl. délia S. G. di propaganda, 1875, in-18. » La lettre du P. Groiset y figure sous le n° Cil, pp. 325-348.
En 1876, la susdite lettre fut de nouveau imprimée par les soins du P. Drevon S. J., à Moulins, chez Desrosiers, sous ce titre : Lettre inédite de la Bienheureuse Marguerite-Marie au P. Jean Croiset de la Compagnie de Jésus, in-18 de 20 p. C'était le texte du Messager, coupé seulement par des litres indiquant le sujet traité dans chaque paragraphe.
La même année, elle parut dans la 2e édition de la publication de la Visitation de Paray : Vie et Œuvres de la Bse Margte- Marie Alacoque, 2 vol. in-8, Paris, Poussielgue. Elle y figure sous le n° C, pp. 241-254 du t. IL
En 1888, le R. P. E. Régnault, successeur du R. P. Ramière à la direction du Messager, la donna en appendice à sa notice sur le P. Croiset, in-18 de 95 pages, à Toulouse.
En 1890, à l'occasion du deuxième centenaire de la mort de notre Bienheureuse, la direction du Messager publia : Courte biographie de la B*e Margte-Marie et Lettres inédites de la B.
Margie-Marie. Celle-ci y figura au rang qu'elle a dans le recueil manuscrit d'Avignon, où elle se trouve la deuxième selon sa date.
Enfin, la même année 1890, M. l'abbé Albanès donna au public le texte authentique de la lettre au P. Croiset, relevé par lui sur l'autographe de Bologne : Lettre de la Bienheureuse Marguerite-Marie Alacoque au R. P. Croiset sur la dévotion et le culte du sacré Cœur, publiée pour la première fois conformément au texte original, à l'occasion du second centenaire de la mort de la Bienheureuse, par l'abbé J.-H. Albanès, docteur en théologie et en droit canonique, Marseille, imprimerie Marseillaise, 1890, plaquette in-18 carrée de 36 p.
Dans ses observations préliminaires, M. Albanès parle des
i précédentes éditions de la lettre, données par le Messager, par
j la Visitation de Paray et par la Notice sur le P. Croiset : « Ces trois éditions, dit-il, se valent et se ressemblent; elles ont une même source, une même origine : la communication faite par le P. Albini, général des Barnabites, qui seul avait vu l'original. »
i II fait remarquer ensuite que la lettre, tenue en France pour
i inédite, avait été publiée à Borne, en 1818, par les soins du P. Louis Felici, ancien Jésuite, directeur de l'Association du
1 sacré Cœur des prêtres de Saint-Paul, qui est devenue l'archiconfrérie du sacré Cœur dite délia pace. M. Albanès trouve la preuve de cette publication, en 1818, de la lettre au P. Croiset, dans un recueil imprimé à Chieti, de 184.3 à 1845 : Collezione di alcune opère sul culto dei SS. Cuori di Gesû e di Maria. On
j y lit au tome IX, p. iv : « una lettera inedita fino al 1818... fu stampata per cura del regolatore primario dell' Archiconfraternità del sacro Cuore, il benemerito Luigi Felici; era délia Ven.
• Alacoque diretta, nel 10 agosto 1689, al Padre Croiset. »
De plus, un recueil de quelques écrits de la Bienheureuse,
; publié à Livourne, en 1829, reproduit la lettre au P. Croiset.
i Elle était donc connue en Italie, depuis longtemps, quand on la donnait en France comme inédite.
Nous ne possédons pas le recueil de Livourne dont parle M. Albanès; mais nous avons entre les mains un recueil romain, en 4 volumes in-24 : Sui sacri Cuori di Gesû e di Maria, scelta. collezione di dévote pratiche e considerazioni, Roma, 1839. La
lettre au P. Croiset y est encore appelée « lettera inedita », et les éditeurs y joignent la note suivante : « Questa interessantissima lettera gié riveduta e approvata per la stampa in Roma, l'anno 1818, dal Reverendissimo P. Maestro del S. Palazzo apostolico, c'é stata graziosamente mandata da Roma stessa dal degnissimo Sig. ab. Don Luigi Felici, attuale regolatore délia Congregazione del SS. Cuore di Gesû. »
Il est évident que cette note est purement et simplement reproduite, comme la lettre elle-même, de l'édition de Livourne de 1829. Je trouve en effet à la première page du 2e volume, qui contient les écrits de la Rienheureuse, ces deux lignes : « Quest' awertimento si è degli editori di Livorno ; ediz. del 1829. »
La note nous apprend donc que la lettre avait été approuvée pour l'impression, en 1818, et qu'elle a été communiquée aux éditeurs de Livourne par D. Luigi Felici, — lequel, d'ailleurs, est mort le 29 novembre de cette même année 1818 — mais nous ne croyons pas qu'elle ait été publiée en 1818. Pour une i cause ou pour une autre, on n'utilisa pas immédiatement Yimprimatur donné à cette date et, en 1829, les éditeurs de Livourne pouvaient justement la donner sous le titre : « lettera inedita. »
L'auteur du recueil de Ghieti a, pensons-nous, mal interprété la note des éditeurs de Livourne et tenu pour exécutée une publication permise en 1818, mais qui ne fut réalisée qu'en 1829. Cette observation tend seulement à expliquer pourquoi M. Albanès, malgré toutes ses recherches, n'a pas pu « mettre la main sur un exemplaire de la lettre imprimée à Rome » en 1818. La raison, c'est que très probablement la lettre ne fut pas imprimée à cette date.
Au reste, M. Albanès peut justement se féliciter d'avoir, le premier, donné de la célèbre lettre une édition « conforme à son original » .
« Nous la donnons, dit-il, réellement pour la première fois telle qu'elle a été écrite. C'est à tort, en effet, que les trois éditions antérieures ont prétendu n'avoir fait, à part l'orthographe, aucune modification dans le texte qu'elles contiennent, et n'avoir rien voulu changer aux locutions employées par la Rienheureuse et généralement usitées de son temps. Il est certain, au contraire, que beaucoup de changements y ont été faits : le texte a
été lu avec une grande négligence, bien des mots n'ont pas été compris, plusieurs remplacés par des équivalents, plusieurs introduits ou retranchés à tort clans le contexte, d'autres marqués comme manquants, tandis qu'ils sont écrits à leur place. Un certain nombre des changements opérés ne manque pas de gravité; mais le plus grave de tout, c'est que grandes ou petites, nous avons environ 150 variantes à introduire dans un texte censé original. »
Hélas! peut-on jamais se flatter d'avoir atteint la perfection de l'exactitude? La photographie seule y réussit; on va le voir. L'original de la lettre au P. Croiset existant encore, nous avons dû tenir à collationner sur cet original la leçon que nous allons donner. Les Visitandinesde Bologne ont poussé la complaisance jusqu'à envoyer le précieux autographe à la Visitation de Paray. Une lecture scrupuleusement attentive nous a fait encore relever une vingtaine de variantes ou d'omissions dans le texte donné oar M. Albanès. Nous espérons que ces corrections achèveront Je rendre à ce texte toute son intégrité.
La lettre est sans adresse ni signature ; mais on ne peut se uéprendre sur l'écriture de la Bienheureuse, et le destinataire l'est pas douteux. C'est une grande feuille pliée en deux et formant quatre pages de "23 centimètres de hauteur sur 16 de largeur. L'écriture va d'un bord à l'autre sans laisser aucune narge. La première et la deuxième pages sont écrites dans le ens de la largeur, sur le recto de chaque feuillet ; la troisième •t la quatrième dans le sens de la hauteur, sur le vergo. La date [ui a été lue, par les premiers éditeurs italiens, est le 10 août 689. Il se pourrait qu'il y eût 20 août au lieu de 10 août, ce qui st sans importance. Quant au millésime quelques-uns ont conesté le dernier chiffre et prétendu qu'il fallait lire, dans le deràer chiffre, un 7 au lieu d'un 9. La question qui reste douteuse our l'œil, même armé d'une loupe, est tranchée, sans aucune 'ontestation possible, par le texte même de la lettre. La Bieneureuse y remercie le P. Croiset des petits livres sur le sacré ilœur qu'il lui avait envovés; or il est sûr que le livret du Père Iroiset n'a paru qu'au mois de juin 1689. De plus, elle y parle je la messe du sacré Cœur qui fut chantée pour la première )is, par permission de l'évêque de Langres, dans l'église de la
Visitation de Dijon. La date de cette fête est très connue : ce fut dans l'octave de la saint François de Sales de Tannée 1689.
Reste à savoir comment cette lettre est venue en la possession de la Visitation de Bologne. Le seul renseignement que nous ayons est contenu dans cette attestation qui lui est jointe : « Nous, soussignés, avons confronté la présente lettre et l'avons reconnue pour originale de la Vén. M. Marguerite-Marie Alacoque, de la Visitation. En foi de quoi nous avons apposé notre sceau.
j Etienne Landot,
Place du sceau docteur en théologie et secrétaire
en cire rouge intime de son A. R. le cardinal
duc d'YoRK.
Le Ch' Baltasar-Matthieu cTInguimbert Montange. »
t sceau en cire rouge,
M. Albanès suppose avec vraisemblance qu'elle fut donnée parle P. Croiset lui-même à la reine d'Angleterre Marie-Béatrix, femme de Jacques II, dont on connaît les relations avec le V. Père de La Colombière et même avec le P. Croiset, aussi bien que le zèle pour le culte du sacré Cœur. Quoi qu'il en soit, la lettre vint à la possession du petit-fils de la reine Marie-Béatrix, le cardinal duc d'York. Henri-Benoît-Marie-Clément, cardinal duc d'York, naquit à Rome le 6 mars 1725. Fils de Jacques III, il fut le dernier des Stuarts. Il mourut doyen du sacré Collège, le 13 juillet 1807.
La Visitation de Bologne n'a été fondée que vers 18*20. On ignore par quelles mains la lettre a passé avant d'arriver à ce monastère.