LETTRE CXXXI
2e LETTRE AU R. P. JEAN CROISET (L'autographe est au monastère de la Visitation de Bologne.)
Vive f Jésus!
Ce 10me août 168[9].
J'ai prié mon divin Maître que, puisqu'il ne me permettait pas de répondre à la vôtre précédente, il eût la bonté de le faire lui-même, par l'abondance de ses grâces et les ardeurs de son pur amour, dont je souhaite nos cœurs toujours brûlants et consommants pour le temps et l'éternité. Je crois, si je ne me trompe, qu'il ne m'a différé la» consolation de cette réponse, que pour me [la] donner plus grande, lorsque vous lui auriez donné le plaisir qu'il attendait, par ce petit ouvrage qui n'est qu'un commencement de ce qu'il attend dans la suite. Et vous avez bien fait de ne pas différer plus longtemps, sous le prétexte de vos autres occupations ; car elles ne vous auraient pas été une excuse légitime devant ce sacré Cœur, après vous avoir donné des preuves si convaincantes de sa volonté sur ce sujet, qu'elles vous doivent ôter les doutes qui vous pourraient arrêter à l'avenir.
Vous me demandez de vous répondre amplement. Je vous assure, mon très cher frère dans le sacré Cœur de Jésus-Christ, qui [veut] que je vous nomme ainsi, que je vous vais dire, en sa sainte présence, tout ce qu'il m'inspirera pour sa gloire, n'étant pas à mon pouvoir de faire autrement, ni de rien prévoir pour écrire, mais dire tout amplement ce qu'il me met en pensée, sans me mettre en Jeine du succès ; cela étant réservé à sa souveraine puissance, qui fait tout ce qui lui plaît par des moyens même
qui, selon le raisonnement humain, paraissent plutôt des obstacles que des acheminements à ses desseins. Ce qui fait que je me regarde dans celui-ci comme la boue qu'il mit sur les yeux de l'aveugle-né, laquelle semblait être un moyen contraire au dessein qu'il avait de lui rendre la vue.
Il faut donc vous dire que la lecture de la vôtre, avec les livres que vous avez eu la bonté de nous envoyer, m'a fait sentir un si grand transport de joie, que je n'en pus contenir mes larmes, en me prosternant devant l'infinie grandeur de notre souverain Maître, pour le remercier de la grâce qu'il vous avait faite, de vous choisir pour un dessein qui lui doit être si glorieux, par le grand nombre d'âmes que cette dévotion à son divin Cœur retirera de la voie de perdition, pour les i'emettre dans celle de salut. C'est ce qui lui donne un si ardent désir d'être connu, aimé et honoré des hommes, dans les cœurs desquels il a tant de désir d'établir par ce moyen l'empire de son pur amour, qu'il promet de grandes récompenses à tous ceux qui s'emploieront à le faire régner.
Oh ! donc, que vous êtes heureux d'être de ce nombre, puisqu'il me semble vouloir que je vous assure de sa part que ce commencement lui a donné tant de plaisir, qu'il a fait dessein de vous donner les grâces qu'il avait destinées à un autre, lequel s'est voulu excuser, sur ses occupations, de faire ce que vous avez fait, et qu'il veut, si je ne me trompe, que vous fassiez à l'avenir, pourvu que vous ayez le courage de poursuivre, malgré tous les obstacles et con tradictions que Satan y pourra susciter dans la suite d( l'exécution des chfoses qu'i]l désire de vous. Il vous sou tiendra, et ne vous laissera manquer d'aucun moyen néces saire pour cela, pourvu qu'avec un parfait oubli et défîanc* de vous-même vous attendiez tout de lui, avec une humbL et amoureuse confiance en sa bonté ; de laquelle il me fai bien connaître la grandeur en ce rencontre, regardan comme une merveille les saintes dispositions de ces cœurs
| d'avoir été si susceptibles de la dévotion et amour de celui de notre adorable Maître.
Oh ! que de grâces il leur a faites à ces chères âmes, de ! leur faire goûter si promptement une dévotion si propre à leur sanctification, que je les regarde toutes dans ce divin Cœur comme autant d'âmes qu'il s'est choisies et prédestinées à son amour éternel ; mais surtout ce bon libraire, qui s'y est porté d'une si bonne volonté, que par cette dépense I il s'est acquis une place dans ce Cœur adorable, qui se ren- | dra son asile assuré à l'heure de la mort. Et il n'a jamais l rien fait qui lui soit mieux récompensé. Et vous m'avez fait i un grand plaisir de m'avoir marqué toutes ces choses par . le menu ; car vous ne sauriez croire combien cet aimable i Cœur m'en a fait sentir de consolation, bien que je me ! sente toujours dans un abîme de confusion dans la vue • continuelle de mon néant, dans lequel cette souveraine ■ puissance me tient tellement anéantie, qu'il me semble mètre impossible d'fenj sortir un seul moment.
C'est là où je me voudrais fondre d'actions de grâces et de reconnaissance envers ce divin Cœur, pour les grandes I grâces qu'il nous fait, en voulant bien se servir de nous jpour aider à le faire connaître, aimer et honorer, à quoi il j[a] attaché des biens infinis pour tous ceux qui s'y emploieront de tout leur pouvoir, suivant son inspiration. Suivez donc courageusement celle qu'il vous donne du dessein que ivous me marquez, qui est tout ce que j'avais prétendu vous (demander par ces méditations marquées dans la mienne *, où peut-être ne m'étais-je pas su exprimer que c'était cette retraite spirituelle que ce divin Cœur demande avec ardeur, pour attirer les âmes à vivre selon ses saintes maximes, en ;se conformant avec lui par amour. Faites donc sans différer ce qu'il désire de vous ; car je ne peux m 'empêcher de vous jdire qu'il me presse ardemment pour cela, par le véhément
i 1. Lettre précédente du 14 avril.
désir, qu'il découvre de plus en plus à son indig-ne esclave, qu'il a d'être connu, aimé et honoré des hommes, pour réparer les grandes amertumes et humili[a]tions qu'ils lui ont fait souffrir, dont il veut par ce moyen leur en appliquer les mérites.
Mais il fait connaître ce désir être si excessif, qu'il promet que tous ceux qui se consacreront et dévoueront à lui, pour lui donner ce plaisir que de lui rendre et procurer tout l'amour, l'honneur et la gloire qui sera à leur pouvoir, suivant les moyens qu'il leur en donnera, qu'il ne les laissera jamais périr, et qu'il leur serait un asile assuré contre toutes les embûches de leurs ennemis, mais surtout à l'heure de la mort que ce divin Cœur - les recevrait amoureusement, mettant leur salut en assurance, prenant soin de les sanctifier et de les [rendre] grands devant son Père éternel, autant que l'on prendrait de peine d'agrandir le règne de son amour dans les cœurs. Et que comme il est la source de toutes bénédictions, il les répandrait abondamment dans tous les lieux où serait honorée l'image de ce sacré Cœur, parce que son amour le presse de départir le trésor inépuisable de ses grâces sanctifiantes et salutaires dans les âmes de bonne volonté, cherchant des cœurs vides pour les remplir de la suave onction de son ardente charité, pour les consommer et les transformer tout en lui. Il veut des esprits humbles et soumis, sans curiosité que d'accomplir son bon plaisir. De plus, qu'il réunirait les familles divisées, par ce moyen, et protégerait celles qui seraient en quelque nécessité ; et qu'il répandrait cette suave onction de sa charité dans toutes les communautés religieuses où il serait honoré, et lesquelles se mettraient sous sa particulière protection ; qu'il en tiendrait tous les cœurs unis,
1. Le texte porte : « qu'il les que ce divin Cœur les recevrait... >' Nous avons retranché les mots : « qu'il les » qui sont annulés par les suivants. Nous avons laissé tel quel tout ce passage qui commence par des verbes au futur et se poursuit par des verbes au conditionnel.
pour n'en faire qu'un même avec lui, et qu'il en détournerait les traits de la divine justice, en les remettant en grâce i lorsqu'ils en seraient déchus.
0 mon cher frère dans ce divin Cœur, s'il m'était permis de manifester les richesses infinies qui sont cachées dans 1 ce précieux trésor, et desquelles il enrichit et met en jouisj sance ses fidèles amis ! Si nous les pouvions comprendre, l nous ne nous épargnerions en rien pour lui procurer le plaii sir qu'il désire avec [tant] d'ardeur ; et pour moi, je voul drais avoir des millions de vies, pour les sacrifier par tous I les tourments les plus effroyables qui se peuvent imaginer, j même par tous [ceux] de l'enfer, sinon de haïr ce tout aimant et tout aimable Cœur, puisque tous les autres supplices me seraient un plaisir pour le faire régner. Il n'y a j point de réserve, si me semble, que cette privation de son 1 amour, qui est un mal auquel je ne me peux rendre, ayant fde l'horreur seulement de l'entendre. Mais si pourtant cela était nécessaire à l'accomplissement de ses desseins, je ! sacrifierais tout sans réserve, mon cœur ne se sentant plus 'susceptible, si me semble, que des intérêts de ce divin ICœur; en sorte que, depuis qu'il m'a fait la miséricorde de ;ine consacrer lui-même à son amour et à sa gloire, je ne jme soucie plus de quelle manière il me traite. Pourvu qu'il se contente, cela me suffit; soit qu'il m'élève ou qu'il :m'abaisse, qu'il me console ou qu'il m'afflige, tout cela me rend également contente dans son contentement, hors jduquel je ne peux rien trouver dans la vie qui puisse conjtenter mon cœur qui, après s'être entièrement abandonné (à celui de mon souverain Maître, lui laisse encore le soin de le perfectionner à sa mode, n'en désirant pas plus qu'il ne m'en veut donner. Pourvu qu'enfin je le puisse aimer ■la seul me suffit.
Mais si vous saviez que je crains que cette insensibilité, lont je vous viens de dire un mot en passant, ne soit cet état déplorable d'endurcissement dont parle l'Apôtre ! vous
Marguerite-Marie Alacoque. — II. 34
avouant de bonne foi qu'au reste je ne vois rien en moi, ni en mes actions, qui ne soit digne d'un châtiment. Et à vous parler franchement, comme vous me témoignez le désirer, je me sens, parmi tout ce que je vous viens de dire, une continuelle peine d'avoir trompé les créatures, qui me croient meilleure que je ne suis ; car en vérité, si l'on me connaissait, non seulement telle que je suis, car on ne me pourrait souffrir, mais seulement telle que je me connais et que je me vois continuellement, on aurait autant d'horreur pour moi que je m'en sens moi-même, laquelle est si grande que j'ai peine à me supporter. C'est ce qui me rend si confuse lorsque ce divin Cœur permet que l'on donne quelque créance aux paroles d'une si méchante créature, laquelle cet adorable Cœur tient toujours comme toute noyée dans une mer d'amertume, et un abîme d'humiliation et de confusion, pour rendre hommage, par conformité, à celle où la divine justice l'a toujours tenu pour les intérêts de son divin Père ; si bien que les mouvements de joie que l'établissement du règne de ce sacré Cœur donne quelquefois au ; mien, passent comme un éclair, retombant d'abord dans ces amères amertumes où je trouve une paix inaltérable, laquelle me rend indifférente au blâme ou à la louange des créatures, pensant que tout cela ne me peut rendre autre que ce qu'en effet je suis devant Dieu, auquel [je] vous conjure, par tout l'amour que vous portez à son divin Cœur, de lui demander de vous faire connaître tout ce qu'il y a de mauvais dans cette disposition, et ce qui lui déplaît en moi, et de me faire la miséricorde de me le dire sans façon. Car je suis une pauvre aveugle en tout ce qui me regarde; et la crainte que j'ai d'être un obstacle aux desseins que ce sacré Cœur a de se faire connaître et aimer, me fait souvent souhaiter qu'il me retirât de cette misérable [vie], où je ne trouve d'autre plaisir que celui de souffrir continuellement par conformité à ce Bien-Aimé de nos âmes, qui en imprime en la mienne une si ardente faim, qu'un pauvre
famélique ne pourrait recevoir la nourriture avec plus d'avidité qu'est celle que mon cœur sent à se nourrir du pain délicieux des douleurs, mépris et humiliations, oubli des créatures et confusion ; étant là l'eau salutaire a mon mal, et laquelle seule est capable de donner quelque rafraîchissement à l'ardente soif qui me consomme.
Mais, hélas ! je ne sais pourquoi mon souverain permet que je vous aie dit tout cela, sinon afin que vous lui demandiez qu'il m'ensevelisse dans un éternel mépris et oubli des créatures ; lesquelles je souhaite n'avoir plus de souvenir de cette chétive misérable que pour la mépriser et faire souffrir. Et afin que ce divin Cœur établisse son empire sur mon entière destruction et anéantissement, je me ferais | un doux plaisir de me voir abaissée et ruinée d'estime, à I mesure qu'il est honoré et élevé dans l'esprit des créatures, desquelles je voudrais être inconnue, à mesure qu'il en est reconnu; car lui seul mérite tout l'amour, l'honneur, la ' gloire et la louange, dans le temps et l'éternité. Et puisque ' vous voulez que je vous die simplement mes [pensées], ' faites-moi donc la grâce que le tout demeure dans le secret du ! sacré Cœur de Notre-Seigneur Jésus-Christ ; lequel m'ôtant le moyen de réfléchir sur ce que je vous dis, je vous parle sans y penser, suivant les mouvements qu'il me donne. ! Mais faites-moi connaître tout ce qu'il y a de mal ; vous assurant que je ne veux rien, en tout et partout, que l'ac- 1 complissement du bon plaisir divin, laissant à ce divin Creur de vouloir et désirer en moi et pour moi selon qu'il ! lui plaira. Je me contente de l'aimer seul, et puis il aimera pour moi tout ce qu'il veut que j'aime.
Mais, quoique ce trésor d'amour soit un bien propre à tout le monde, et en qui chacun a droit, il a néanmoins toujours été caché jusqu'à présent, qu'il s'est particulièrement donné aux [Filles] de la Visitation, parce qu'elles sont destinées à honorer sa vie cachée; afin que, leur étant découvert, elles le manifestassent et distribuassent aux
autres. Mais il est réservé aux Révérends Pères de la Compagnie de Jésus de faire connaître la valeur et l'utilité de ce précieux trésor, où plus l'on prend, plus il y a à prendre. 11 ne tiendra donc qu'à eux de s'en enrichir avec abondance de toute sorte de biens et de grâces ; car c'est par cet efficace moyen qu'il leur présente, qu'ils pourront s'acquitter parfaitement, selon son désir, du saint ministère de charité auquel ils sont destinés. Car ce divin Cœur répandra tellement la suave onction de sa charité sur leurs paroles, qu'elles pénétreront comme un glaive à deux tranchants les cœurs les plus endurcis, pour les rendre susceptibles à l'amour de ce divin Cœur ; et les âmes les plus criminelles seront conduites par ce moyen à une salutaire
pénitence .
Enfin, c'est par ce moyen qu'il veut répandre sur l'Ordre de la Visitation, et sur celui de la Compagnie de Jésus, l'abondance de ces divins trésors de grâce et de salut; pourvu qu'ils lui rendent ce qu'il en attend, qui est un hommage d'amour, d'honneur et de louange, et de travailler de tout leur pouvoir à l'établissement de son règne dans les cœurs. Il attend beaucoup de votre sainte Compagnie pour ce sujet, et y a de grands desseins. C'est pourquoi il s'est servi du bon Père La Colombière pour donner commencement à la dévotion de cet adorable Cœur ; comme j'espère que vous serez l'un de ceux dont il se servira pour l'introduire dans votre Ordre. Oh ! quelle grâce pour vous, si cela est, et si vous secondez ses desseins! Mais le tout, doucement et suavement, suivant les moyens qu'il vous en fournira ; en lui laissant le succès de tout, sans plus désirer ni vouloir, faire que ce qu'il vous fera connaître, dans chaque occasion, qu'il veut que vous fassiez. Voilà le moyen, si me semble, destiné à votre sanctification ; car, à mesure que vous y travaillerez, ce divin Cœur vous sanctifiera de sa sainteté même. Ne nous étonnons pas des contradictions et oppositions que le démon y suscitera ; car j'espère que ce
Souverain de nos âmes soutiendra lui-même son œuvre, qu'il sera plus puissant pour la défendre, que i'enjnejml pour l'attaquer. Enfin, je crois qu'il vérifiera cette parole qu'il faisait continuellement entendre à l'oreille du cœur de son indigne esclave, parmi les difficultés et oppositions, qui ont été grandes dans les commencements de cette dévotion : « Je régnerai, malgré mes ennemis et tous ceux qui « s'y opposeront » ; parole qui imprimait tant de consolation, et d'espérance que la chose serait, que plus on m'ôtait les moyens sur lesquels je m'appuyais, en me défendant d en plus parler, plus je me confiais [et] espérais que Dieu étant fidèle en ses promesses, il accomplirait plutôt la chose par lui-même, que de laisser son œuvre imparfaite. Car il a toujours promis à son indigne esclave qu'il aurait soin de lui fournir tous les moyens nécessaires pour l'accomplissement de ses desseins, et qu'il n'y laisserait manquer de rien ; ce qu'il a toujours accompli, même au delà de ses promesses.
Oh sus ! vous voyez que mon Souverain veut que je vous parle simplement sur toutes ces choses, qui sont comme un abîme pour moi, d'où je ne peux sortir, lorsqu'il me donne la liberté d'en parler, ce qui n'est pas toujours, mais rarement, comme il lui plaît ; car hors de là, je vous puis assurer que je suis si impuissante d'en parler ou écrire, qu'il me semble m'être impossible de le faire. Mais encore une fois, que tout ceci demeure dans le secret de ce divin Cœur ; c'est-à-dire, que vous ayez la bonté de ne me nommer ni faire connaître à personne. Car il faut vous avouer la faute que le désir d'être inconnue m'a fait faire sur ce sujet : c'est que ce Révérend Père auquel vous aviez adressé la précédente à la dernière de vos lettres i, m'ayant fait l'honneur de m 'écrire, je ne lui fis point de réponse, pour le
deux?!™!1 S*1' ? qUG ^ Père (:''°iS(,t aV8it déJà écrit au moins deux lois a la Bienheureuse.
seul motif que je vous viens de dire. Mais que je vous serais obligée, si vous aviez la bonté de brûler cette lettre, où il faut que je vous die encore que, me sentant un grand désir de reconnaissance des livres que vous avez eu la bonté de nous envoyer, et me trouvant sans moyen d'aucun retour, car je suis entièrement pauvre, Dieu merci, mon souverain Maître me donna à entendre qu'il lui fallait laisser le soin de cette reconnaissance, laquelle il ferait par des biens infinis. Ainsi, j'espère que vous ne perdrez rien, et qu'il sera lui-même votre récompense. J'avais un grand désir d'en garder un ; mais sa bonté ne me l'a pas voulu permettre, me faisant voir que sa gloire demandait que je les donnasse à ceux à qui il me ferait connaître le désirer, dont l'un a été à notre très chère Mère supérieure 1 , l'autre à une personne qui n'épargne ni bien ni peine pour l'établissement de son règne, et le troisième à une autre qui lui a fait édifier une chapelle, comme nous l'avons fait céans, avec un fort beau et grand tableau. Mais cette personne séculière2 lui a, de plus que nous, fondé à perpétuité, dans cette chapelle, une messe tous les premiers vendredis de chaque mois, ce qui nous doit être dune grande consolation. Monseigneur de Langres a permis, dans tout son diocèse, de célébrer la fête de ce divin Cœur, et d'en dire la messe ; et les messieurs de la Sainte-Chapelle la vinrent chanter en musique dans l'église de nos sœurs de Dijon. Je vous dis cela pour vous [faire] voir les heureux progrès que sa bonté infinie donne à cette dévotion, afin que. vous lui en rendiez grâce. Vous ne serez peut-être pas fâché que je vous envoie un des premiers livres qui ont été imprimés à l'honneur de ce divin Cœur, afin que, si vous jugez à propos, vous y prendrez les litanies du sacré cœur de la très Sainte Vierge3,