La Mère Marie-Christine Melin
2. Son frère, Chrysostome Alacoque, maire du Bois-Sainte-Marie.
3. Le petit livret de Moulins qui contenait les « litanies du Cœur de Marie », en latin, après celles du Cœur de Jésus. Il avait été
LETTRES DE LA BIENHEUREUSE 53o
pour ajouter au vôtre. Et comme je remarque que les dévo-
; tions courtes et enflammées donnent plus de goût et ont
plus d'effet que les autres, c'est de cette manière que je
; souhaiterais tout le projet de ce livre que vous voulez faire
il réimprimer ; mais surtout les méditations, oraisons et pra-
i tiques, afin que le pauvre esprit humain y puisse plus trou-
!| ver de goût et de plaisir que d'ennui; c'est-à-dire qu'il faut
continuer comme vous avez commencé, car l'on agrée et
; goûte fort ceux que vous nous avez envoyés. Pour le secret,
ilvous ne devez pas craindre que de ma part j'y manque.
'Mais hélas! que j'appréhende qu'il n'en soit pas ainsi de
tout le reste ! ce qui m'affligerait sensiblement.
Si l'on pouvait faire une association de cette dévotion, où jces associés participeraient au bien spirituel les uns des I autres, je pense que cela ferait un grand plaisir à ce divin tjCœur; lequel, il me semble, désirerait encore que l'on eût «une particulière union et dévotion aux saints Anges, qui sont particulièrement destinés à l'aimer et honorer et louer dans ce divin Sacrement d'amour, afin qu'étant unis et associés avec eux, ils suppléassent pour nous en sa divine présence, tant pour lui rendre nos hommages, que pour l'aimer pour nous et pour tous ceux qui ne l'aiment pas, et mour réparer les irrévérences que nous commettons à sa sainte présence.
Je vous dis bien des choses, tant parce que vous m'en avez donné la confiance, que parce que plutôt je ne peux faire autrement, me sentant pressée de le faire par ce Souverain de mon âme, qui en veut peut-être être glorifié. Mais comme je n'ai pas l'intelligence de me savoir exprimer, je ne sais si vous pourrez comprendre ce que je vous idis, ni même lire cette lettre, qui n'est qu'un vrai brouillon 'pour sa trop grande longueur, qui, comme je le pense, vous
'imprime pour la première fois en 1687, par les soins de la Mère de iSoudeilles.
ôtera le courage d'en demander des longues. Mais pardonnez à l'abondance de cette source intarissable, qui prend plaisir de s'écouler avec affluence en faveur de ses amis, ce que j'entends de ce divin Cœur à votre égard; car il attend beaucoup de vous, qui dites que vous ne croirez point que je le prie pour vous, que lorsque vous aurez obtenu l'amour et l'humilité. Pour le premier, je ne suis pas en peine ; il suffit qu'il connaisse ce qu'il fait sur ce sujet. Et pour le second, je crois, selon qu'il me le fait connaître, qu'il ne veut pas vous ôter les mouvements contraires à cette vertu d'humilité, pour vous laisser en cela une matière de combattre, afin d'avoir lieu de récompenser vos victoires, et de plus, afin que vous soyez continuellement sur vos gardes, avec une grande défiance de vous-même.
Ne doutez donc plus que je prie pour vous, puisque vous savez qu'outre que vous avez part dans l'adorable Cœur de notre Souverain en tout ce que je peux faire de bien et souffrir avec sa grâce, puisqu'il nous a unis par égalité de bien spirituel, comme frère et sœur, suppléant de sa part ce qui manque de la mienne, c'est ce qui me fait vous nommer mon frère dans ce sacré Cœur, et de plus, je fais une communion tous les mois selon votre intention, avec tout ce que je vous ai déjà dit que je fais pour vous. Mais hélas ! qu'est-ce que tout cela, vu le sujet qui le pratique, à l'égard de tout ce que vous faites pour moi, et dont je me sens impuissante à vous témoigner les sentiments de reconnaissance que ce Souverain en fait sentir à mon chétif cœur, lequel se sent continuellement pressé de faire connaître et aimer celui de notre divin Maître ; ce qui me fait souffrir un martyre continuel.
Nous avons accru nos biens spirituels, car un saint ecclésiastique s'est encore offert de lui-même à nous dire une messe, tous les premiers vendredis des mois, et je lui ferai une communion. Et vous ne savez peut-être pas ce qui me donne tant de consolation dans l'union de prières des saintes
âmes, outre que j'y fais un grand fond pour obtenir par ce moyen ma sanctification et mon salut éternel : c'est que, de plus, comme mon Souverain, s'étant consacré lui-même tout l'être de sa chétive esclave, et tout ce qui en dépend, avec tout le bien qu'on lui fera, c'est pourquoi il lui a promis, si je ne me trompe, de récompenser avec les trésors de son divin Cœur, tout le bien que l'on lui fera. C'est de cette manière que je crois qu'il n'y a rien à perdre pour ceux qui me feront ou livreront quelque bien spirituel, puisque ce n'est plus à moi, mais à cet aimable Cœur qui s'est tout attribué.
J'ai pensé succomber à la tentation que j'ai eue de vous envoyer un petit manuscrit d'une version de l'office du sacré Cœur en vers; mais [j'ai] cru que cela vous coûterait peut-être trop de port, pour vous être une chose inutile. Je me réjouis bien de voir l'image de ce saint Cœur dans les autres livres que vous nous faites espérer qui s'imprimeront. Vous n'en devez pas douter, que je ne fasse tout mon possible pour les faire connaître. Je vous envoie un des petits livrets que l'on fit imprimer dans le commencement de cette dévotion. Et comme vous marquez qu'il faut prier le Bienheureux Louis de Gonsague pour l'obtenir, je voudrais bien que vous eussiez la bonté de nous en envoyer une image en taille douce, qui fût de la même grandeur de ceux du R. P. L[a] Colombière. C'est pour notre chapelle du sacré Cœur.
Vous voyez comme je [me] rends votre importune. Votre lettre m'a été d'une grande consolation ; mais je vous avoue que je me sens une extrême peine à vous [en] envoyer, pour les raisons que, ne m'étant pas permis de lire mes lettres, je demeure dans l'ignorance de ce que j'y mets, car je l'oublie à mesure que je l'écris; et ne sachant pas si je redis toujours la même chose, cela me fait sentir de grandes confusions, et de grands désirs de ne jamais écrire. Mais i j'espère que votre bonté excusera tout pour [l'amour] du sacré Cœur, lequel je supplie vouloir conduire celle-ci entre
vos [mains], car je ne sais pas mettre l'adresse. Dieu soit béni éternellement.