La première messe du P. Croiset
grande espérance, suivant la promesse que vous m'avez faite, de laquelle peut-être vous repentez-vous déjà, à cause de mon indignité et pauvreté spirituelle; mais j'espère que le sacré Cœur suppléera à tout, et que si vous redoublez vos prières pour lui demander qu'il me convertisse toute à son pur amour, il m'accordera cette grâce dans ma retraite, où j'entrerai dans trois semaines.
C'est bien dans ce temps que j'aurai un particulier besoin de votre secours proche de mon Souverain, lequel, il me semble, m'a voir tellement faite et destinée pour son Cœur tout aimable, que lui seul fait toute ma joie, ma consola- I tion, mon trésor et ma félicité, et hors de lui, tout le reste ne m'est rien. Et il me semble qu'il n'y a rien que je ne voulusse faire et souffrir, pour lui donner le plaisir qu'il désire avec tant d'ardeur, premièrement pour rallumer la charité, si refroidie et presque éteinte dans les cœurs de la plupart des chrétiens, auxquels il veut donner un nouveau moyen, par cette dévotion, d'aimer Dieu par ce sacré Cœur, I autant qu'il désire et qu'il mérite, et réparer par là leurs j ingratitudes. Ce Cœur divin est le trésor du ciel, dont l'or précieux nous a été donné déjà, en plusieurs manières, pour payer notre dette et acheter le ciel, et pour la der- i nière invention de son amour, de laquelle il ne tiendra qu'à nous d'en profiter. Et malheur à ceux qui ne le feront pas, ou qui ne le voudront pas faire ! parce qu'il désire qu'en nous sanctifiant nous le glorifions ce Cœur tout amour, lequel a plus souffert que tout le reste de la sainte Humanité de Notre-Seigneur Jésus-Christ. Car dès le moment de l'Incarnation, ce Cœur sacré a été changé en une mer d'amertume, souffrant dès ce premier instant jusqu'à son dernier soupir sur la Croix. Tout ce que cette sainte Humanité a souffert intérieurement dans le cruel supplice de la Croix, ce divin Cœur l'a ressenti continuellement, et c'est pour cela que Dieu veut qu'il soit honoré par un hommage particulier, afin que les hommes lui fassent goûter
i : autant de joie et de plaisir par leur amour et hommages, e qu'ils lui ont fait sentir d'amertume et d'angoisses par leurs ie| peines.
Il n'y a rien de plus doux, ni de plus suave, et en même temps rien de plus fort ni de plus efficace, que la suave onction de l'ardente charité de cet aimable Cœur, pour convertir les âmes les plus endurcies et pénétrer les cœurs les plus insensibles par la parole de ses prédicateurs et fidèles amis, qu'il rendra comme un glaive ardent, qui fera fondre en son amour les cœurs les plus glacés. Et ceci est la- particulièrement pour la sainte Compagnie de Jésus, à qui sto se présentent les faveurs pour leur donner des moyens favont râbles pour s'acquitter dignement et parfaitement des fonctions de leur ministère de charité, pour la gloire de Dieu, dans la conversion des âmes, lesquelles ils doivent beaucoup exciter à se prévaloir du grand trésor qui est renfermé dans cette dévotion au sacré Cœur, par le moyen duquel il m ne tiendra qu a nous de satisfaire à la divine justice. Prei mièrement, il faut poursuivre ses désirs et travailler à le faire connaître et aimer avec une grande pureté d'amour, .dépouillés de tout propre intérêt. En second lieu, il veut que nous nous adressions à lui en toutes nos nécessités, avec une humble et respectueuse, mais toute filiale confiance, nous abandonnant totalement à ses soins amoureux, comme des enfants à leur bon père, lequel nous ayant enfantés sur la Croix avec tant de douleurs, ne pourra s'oublier de ses tendresses pour pourvoir à tous nos besoins. En troisième ieu, il veut une grande charité pour le prochain, le priant pour lui comme pour nous : car c'est des particuliers effets de cette dévotion, de réunir les cœurs divisés et de pacifier les âmes.
Et lorsque l'on est tombé en quelque faute, il faut recoujir à ce divin Cœur pour nous remettre en sa grâce avec )ieu le Père, auquel il faut offrir une des vertus opposées
notre faute, comme son humilité pour notre orgueil, et
ainsi du reste, et le faisant avec amour, nous satisferons par ce moyen, suivant ses promesses, à notre dette envers sa divine justice.
Ce divin Cœur est une source intarissable, où il y a trois canaux qui coulent sans cesse : premièrement, de miséricorde pour les pécheurs, sur lesquels découle l'esprit de contrition et de pénitence; le second est de charité, qui s'étend pour le secours de tous les misérables qui sont en quelque nécessité, et particulièrement pour ceux qui tendent à la perfection ; [ils] y trouveront, par l'entremise des saints Anges, de quoi vaincre les obstacles ; du troisième, découlent l'amour et la lumière pour les parfaits amis qu'il veut unir à lui, pour leur communiquer sa science et ses maximes, afin qu'ils se consacrent entière-, ment à lui procurer de la gloire, chacun en sa manière; et la Sainte Vierge sera la spéciale protectrice de ceux-ci, pour les faire arriver à cette vie parfaite. De plus, ce divin Cœur se rendra l'asile et le port assuré, à l'heure de la mort, de tous ceux qui l'auront honoré pendant leur vie, et les défendra et protégera.
Et il faut vous dire une pensée qui me vient en vous écrivant, qui est que ce divin Cœur est comme un bel arbre, qui a jeté bien profond ses racines dans l'Ordre de la Visitation, à cause de sa petitesse. Il y fera mieux paraître l'éclat de sa puissance et de sa grandeur, cet arbre chargé de toute sorte de bons fruits salutaires et propres à purifier le venin du péché et à redonner la vie à l'âme. Et comme il ne veut pas qu'un fruit si précieux demeure caché et inutile, il a choisi les RR. Pères Jésuites pour le distribuer et en faire goûter la douceur et suavité à un chacun, en leur découvrant combien il sera utile et profitable aux âmes qui s'en nourriront avec les dispositions requises.
Enfin, ce divin Cœur est un abîme de bien, où les pauvres doivent abîmer leurs nécessités ; un abîme de joie, où il faul ! abîmer toutes nos tristesses ; un abîme d'humiliation poui |
notre orgueil, un abîme de miséricorde pour les misérables, et un abîme d'amour, où il nous faut abîmer toutes nos misères.
Mais, mon Dieu, si ce divin Cœur voulait manifester sa puissance en ce temps de calamité et de désolation, tant il pour le soutien de la foi que pour le rétablissement de la paix, en faisant triompher notre Roi de ses ennemis, que de bonheur si cela était ! Mais il faudrait pour cela qu'il fût f connu en ces lieux-là ; et comme cela se pourrait-il faire ? m Mais je ne sais pourquoi, en vous disant tout ceci, je me -sens abîmée dans une étrange confusion. Hélas ! c'est ;t*jpeut-être [que] tout ce que je vous ai dit n'est qu'inutilité : a mais je puis vous assurer que ce n'était pas mon intention de vous dire tout ceci, quand j'ai commencé cette ;i ettre, laquelle j'espère que vous brûlerez, après avoir pot examiné de quel esprit vous voyez que je suis conduite, livj Dour me dire et me détromper, si cela se peut. Car si mi: s'est l'esprit du démon, je serais bien damnée, par le tk ^rand empire qu'il a sur tout mon être corporel et spiriuel ; en telle sorte, qu'il me semble qu'il m'a' tellement y . aite pour lui, que mon cœur semble insensible à tout autre i v gouvernent que ceux qu'il excite comme il lui plaît dans re( emême cœur, soit de joie ou de tristesse, de consolation ne. u de douleur, etc.
art Enfin, voilà deux brouillons de lettre comme vous me les
op; emandez, mais je pense que peut-être n'y trouverez-vous
si ien de ce que vous souhaitez. Mais c'est que le Seigneur,
net lomme je pense, vous veut tout donner par lui-même et
r eut tout faire en vous, car il vous aime. Mais je vous dis
articulièrement, selon qu'il me le fait comprendre, que les
tésors de son sacré Cœur vous sont ouverts ; et je vois
j. l'il vous y fera puiser abondamment, et même vous les
; ^partira avec profusion, pour l'accomplissement de cette
fande œuvre à laquelle il me semble ne pouvoir plus dou-
r qu'il ne vous ait destiné. Mais, si je ne me trompe, il
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demande que vous y travailliez dans un parfait oubli et défiance de vous-même, tout appuyé sur cette parfaite confiance en lui, laquelle [il] vous a déjà si abondamment départie. De plus, il n'y faut d'autre vue que celle de son pur amour.
Je ne manquerai pas de lui offrir ces deux saints religieux 1 sur qui, si je ne me trompe, il a de grands desseins pour la gloire de son divin Cœur, qui aime les âmes humbles et pures ; et vous me recommanderez à leur charité envers les pauvres pécheurs, et qu'ils ne m'oublient pas dans leurs saints sacrifices. Dieu soit béni éternellement, et nous veuille consommer dans les flammes de son pur amour !
Vous voulez bien que je vous dise encore que, tant dans les méditations que tout le reste, soyez ardent en l'amour, le plus que vous pourrez, et qu'il soit court et succinct ; je crois que vous comprendrez bien ce que je veux dire. Je m'oubliais de vous dire que comme plusieurs personnes désirent ardemment de voir la messe du sacré Cœur approuvée, du moins par Messeigneurs les évêques, s'il ne se peut encore du Pape, c'est pourquoi l'on me presse fort de m'adresser à celui qui a composé ce petit livre de Lyon, pour le prier de voir s'il la pourrait faire approuver de Mgr l'archevêque de Lyon, comme vous voyez que Mgr de Langres l'a approuvée dans son diocèse ; vous avez vu si me semble cette approbation. Je tâche de faire connaître vos livres autant que je le puis. Voyez ce que vous pourrez faire sur ce que je vous dis..., etc.