Ici reprend la dernière page delà feuille autographe
Cœur, de toute l'affection du mien. Prenez pour votre devise :
L'amour m'a vaincue ! lui seul possédera mon cœur ! Dieu soit béni éternellement !
XXXIII i Vive -j- Jésus !
A UNE AUTRE POUR L' ENCOURAGER DANS SES DÉSOLATIONS ET TÉNÈBRES INTÉRIEURES
C'est ma pensée, ma très chère sœur, qu'il vous est plus convenable de vous répondre par écrit pour le présent que par paroles, après vous être abandonnée au pouvoir et au soin du sacré Cœur de Notre-Seigneur, envers lequel vous devriez fondre d'amour et de reconnaissance pour tant de miséricorde et de tendresse qu'il a pour vous, laquelle s'est encore plus reconnue dans tout ce que vous me dites dans votre écrit. Et tout ce que vous regardez comme des rigueurs de sa justice, je le tiens pour des marques de son amoureuse bonté envers vous, qui prétend par ces moyens si peu agréables à la nature, vous détacher de vous-même et de toutes les choses créées, pour vous rendre entièrement dépendante de la grâce, attendant tout de son secours, sans que pour cela vous négligiez rien de tout ce qui sera en votre pouvoir pour vous disposer à la recevoir.
Ah ! ma chère sœur, si vous pouviez comprendre l'ardente charité de Notre-Seigneur à votre égard, vous verriez bien que toutes ces permissions et dispositions à votre égard ne sont qu'amour ! Car ces insensibilités où vous vous trouvez sont pour vous apprendre que, pour être sus-
i. L'Italien contient encore une autre fois cet avis au dernier rangjOu recueil des Défis et instructions.
Marguerite-Marie Alacoqne. — II. 44
ceptible de son amour et de sa grâce, il faut être insensible à toutes les choses créées et surtout au mouvement que vous su°-°-ère votre amour-propre et votre volonté, de laquelle il veut que vous lui fassiez autant de sacrifices qu'il vous en fournira d'occasions, en la rompant et contrariant jusques à ce qu'elle soit entièrement détruite et anéantie, pour faire régner celle de ce divin Cœur en vous. Voilà où consiste toute votre paix, de laquelle vous ne pourrez jouir pleinement que cela ne soit fait, selon tout ce qui dépend de vous.
De plus, ces sécheresses et stérilités ne sont que pour vous apprendre que si vous voulez être une plante fertile dans le divin parterre du sacré Cœur et y porter des fruits de sanctification, il faut premièrement que vous soyez sèche et stérile de toute inclination, vaine complaisance d'affection et amitié envers les créatures et vous-même et à toutes les productions de votre amour-propre. Lorsqu'il vous presse de vous contenter, soit en vous excusant ou autrement, il faut être sourde à tout cela.
En troisième lieu, ces ténèbres où vous vous trouvez ne sont que pour éteindre en vous ces fausses lumières du raisonnement humain", qui empêchent l'accomplissement des desseins de Dieu sur vous, vous retirent en même temps de la voie de votre perfection. Laissez-vous conduire par la main de son bon plaisir dans les pures lumières de son divin amour, auquel il vous faut entièrement abandonner, demeurant ferme et constante, paisible parmi toutes les rigueurs qu'il lui plaira vous faire sentir, vous contentant de vous tenir, soit à l'oraison ou ailleurs, dans une humble soumission à son bon plaisir, vous rendant simplement attentive
a) liai : « qui empêche l'accomplissement des desseins de Diev sur vous, vous retire en même temps de la voie de la perfection: et il vous remplit de ténèbres afin que comme une aveugle vous vous laissiez conduire... » Cette variante de l'aveugle se trouve aussi Ms. D 1.
à son amoureuse présence, en adhérant à toutes ses dispositions, sans vous mettre en peine de rien autre que d'être courageusement fidèle à vous bien mortifier et humilier dans toutes les occasions" où vous en aurez la vue, ne faisant aucune faute volontaire.
En quatrième lieu, ce silence que le Seigneur garde à votre égard en ne vous donnant pas de bonnes pensées, c'est pour vous apprendre que, si vous n'éteignez en vous toutes ces voix qui ne parlent pas de l'amour du divin Bien- Aimé, comme les réflexions d'amour-propre et autres, vous n'entendez pas sa voix, laquelle vous en apprendra plus par un amoureux silence et en ne vous exprimant rien que toutes les créatures par leur éloquence. Tenez donc toujours votre intérieur en silence, parlant peu aux créatures, mais beaucoup à Dieu, par œuvres, en souffrant et agissant pour son amour.
Cinquième. Soyez pauvre de tout et le sacré Cœur de Jésus vous enrichira. Videz-vous de tout: il vous remplira. Oubliez-vous de vous-même et vous abandonnez : il pensera et aura soin de vous. Embrassez amoureusement tout ce qui vous6 humiliera et anéantira le plus, comme les moyens plus propres à faire triompher le doux, aimable Cœur de Jésus et pour faire régner le vôtre à son tour dans le sien. Vivez-y sans souci, comme un enfant qui n'a que celui de c l'aimer et s'abandonner toute à lui, en lui ; tenant votre âme plus en paix, sans aller au trouble ou inquiétude dans la vue de vos défauts et misères. Tout cela nous est bon et utile pour entretenir l'amour de notre abjection, qui ne nous doit jamais quitter un seul moment. Et c'est pour cela que d hors l'offense de Dieu, nous devrions être bien aise de nous voir défaillante involontairement.
a) Ms. D 1 : « qui se présenteront >» — h) Id. : « mortifiera » — c) Ici. : « lui plaire en l'aimant >» — d) Id.: « ôtée l'offense de Dieu ».
Fuyez l'empressement, en tâchant de former votre intérieur et extérieur sur le modèle de l'humble douceur de l'amoureux Cœur de Jésus, en faisant chacune de vos actions avec la même tranquillité que si vous n'aviez'1 à faire que cela, et avec la même pureté d'amour que si c'était la dernière de votre vie, tâchant d'employer chaque moment selon la fin à quoi il est destiné h. Retranchez toutes curiosités à votre esprit, surtout en ce qui regarde autrui.
En voilà assez, ma chère sœur, pour toute votre vie, avec ce que je vous ai déjà dit, vous priant, par tout l'amour que je vous porte et que vous avez au sacré Cœur, de vous y tenir fidèle à le mettre en pratique et d'en faire votre plus ordinaire occupation ; car, si je ne me trompe, c'est là où est renfermée la perfection que Dieu demande de vous, dans tout le cours de votre vie. Et je vous le dis encore: que vous êtes obligée au sacré Cœur de notre bon Maître qui a tant d'amour pour vous ! Aimez-le donc, par retour, de tout l'amour dont vous êtes capable et lui rendez des continuelles actions de grâces, en lui attribuant toujours la gloire de tout bien. Soyez-lui inviolablement fidèle, quoi que il vous en doive coûter, car il est assez riche pour tout récompenser. Je le prierai pour que vous ne soyez jamais séparée de son pur amour. Amen.
Vive -f Jésus !