‹ Vie et œuvres (volume 2)Chapitre 239 sur 284 · DÉFI2 POUR NOS CHÈRES SŒURS NOVICES · texte numérisé non relu

DÉFI2 POUR NOS CHÈRES SŒURS NOVICES

(Pour se préparer à la fête du sacré Cœur de Notre-Seigneur, en l'année 1685 3.)

Premièrement, en vous éveillant vous entrerez dans le sacré Cœur et lui consacrerez votre corps, votre âme, votre cœur et tout ce que vous êtes, pour ne vous en plus servir que pour son amour et sa gloire.

Quand vous irez à l'oraison vous l'unirez à celle qu'il fait jour nous au saint Sacrement.

Quand vous direz votre office, vous vous unirez aux ouanges qu'il donne à Dieu son Père en ce divin Sacrement.

Pour entendre la sainte messe, vous vous unirez aux

1. Ainsi que nous l'avons fait pour les avis, nous classerons toutes les pièces qui suivent, selon l'ordre donné par la traduction italienne. Le tableau des références indique la place qu'elles occupaient dans !es éditions précédentes : A et B.

2. Selon l'usage de notre Institut, la bienheureuse Directrice donîait le nom de Défi à différentes pratiques qu'elle proposait de temps m temps. Elle les exposait sous cette forme, afin qu'à l'envi les unes les autres ses novices s'excitassent à croître en vertu, et à se sur- >asser réciproquement en attention et en fidélité.

3. Le titre est donné par A et B, en conformité avec Ital. Le Ms. 7 aet en tête de ce morceau : « Vive Jésus ! Défis de l'année 1685. » — -anguet donne pour titre : « Défi pour se préparer à la Fêle du Saint- <acrcmentet à celle du sacré Cœur de Jésus-Christ. »

intentions de cet aimable Cœur, en le priant de vous en appliquer le mérite selon ses desseins adorables sur vous. En allant au réfectoire, vous vous remettrez dans ce Cœur adorable, si par malheur vous en étiez sorties. En lui vous prendrez votre réfection spirituelle, le priant d'incorporer sa grâce dans votre âme, et son pur amour dans votre cœur. Et autant de morceaux que vous mangerez, qu'ils vous soient autant de communions spirituelles.

Allant à la récréation, vous unirez toutes vos paroles au Verbe divin, qui est la Parole éternelle de son Père, pour ne rien dire que pour sa gloire, prenant garde que la langue qui lui sert si souvent de planche pour le porter dans votre cœur ne se souille d'aucune parole de raillerie a, murmure, manquement de charité. Et pour honorer les anéantissements de Jésus-Christ au saint Sacrement, en donnant la récréation à son sacré Cœur, vous accepterez de bon cœur toutes les mortifications, humiliations et contradictions, soit là ou ailleurs, sans vous plaindre ou excuser, disant : Jésus autem tacehat.

Vous unirez votre silence à celui qu'il garde au saint Sacrement, retranchant toute parole inutile, tout discours à votre avantage ou qui pourrait fâcher le prochain, anéantissant toute réflexion d'amour-propre et de vanité.

Jésus est pauvre au saint Sacrement afin de nous enrichir, pourvu que nous nous dépouillions de l'amour de nousmême et de celui des créatures, et de toute vaine complaisance ou estime de nous-même.

Jésus obéit au prêtre bon ou mauvais, sans faire paraître la répugnance qu'il a de se voir mettre dans des cœurs souillés de péchés. De même, vous obéirez sans en rien témoigner, en aveuglant votre propre jugement et vous porterez les yeux bas, en élevant ceux de votre âme vers Jésus au saint Sacrement.

a) Ms. D 1 : « de désapprouvement et fautes contre la charité. »

Et quand vous aurez fait des fautes vous irez prendre dans ce divin Cœur la vertu contraire à votre défaut, pour l'offrir au Père éternel, en le priant de vous remettre en grâce avec lui ; et vous en ferez de même en voyant faire quelque faute aux autres.

Votre présence de Dieu sera de vous occuper à considérer ce que Jésus fait au saint Sacrement, pour vous conformer à lui, en vous tenant dans son sacré Cœur en la manière que le demande la différence de chacun de vos exercices. Vous offrirez à Dieu ses saintes dispositions pour suppléer à celles qui vous manquent pour vous en bien acquitter et pour réparer encore toutes les fautes que vous aurez commises en les faisant.

Et lorsque vous souffrirez quelque chose réjouissez- vousen, et l'unissez à ce que ce sacré Cœur a souffert et souffre encore au saint Sacrement. Que vos sécheresses et délaissements intérieurs soient pour honorer ceux qu'il reçoit de ses créatures"; la faim et la soif, pour honorer celles qu'il a de notre salut, et d'être aimé dans cet adorable Sacre

I ] ment.

Ne conservez jamais aucune froideur contre le prochain, il parce que le sacré Cœur de Jésus-Christ en aura autant pour vous. Et lorsque vous rappelez dans votre mémoire

II avec ressentiment les petits déplaisirs que vous croyez avoir • I reçus autrefois, vous faites que le Seigneur se ressouvient

de tous vos péchés passés que sa miséricorde lui avait fait oublier.

Lorsque vous vous sentirez attaquées de quelque mouvement contraire au pur amouri, portez-le dans ce divin Cœur afin qu'il y soit consommé, et qu'il vous donne en échange l'humilité ; et de même de toutes les autres passions ou défauts.

coiti

a) Ital. : « la chaleur pour honorer Tardent amour dont il s'y consomme. » Ms. D 1, id. — h) M. : « par exemple d'orgueil. » Ms. D 1, id.

Lorsque vous vous sentirez impuissantes à former aucune i bonne pensée à l'oraison, par sécheresse ou dissipationr offrez au Père éternel tout ce que le sacré Cœur fait au saint i Sacrement, pour suppléer à ce que vous voudriez et devriez, j faire. De même pour la confession et communion, vous- I offrirez les dispositions de ce sacré Cœur pour suppléer à I celles dont vous manquez.

Et lorsque vous ferez la génuflexion devant le saint Sacrement, vous direz : « Que tout fléchisse devant vousy I ô grandeur infinie ! Que tous les cœurs vous aiment, que tout esprit vous adore, et que toutes les volontés vous soient soumises à jamais ! »

En baisant terre, vous direz : « C'est pour rendre hommage à votre grandeur, confessant que vous êtes tout et que je ne suis rien. » Et vous la baiserez six fois. Par l'entremise de votre bon ange, vous enverrez votre cœur pour adorer celui de Jésus-Christ dans les cœurs qui l'ont reçu. I

Vive -f Jésus !

MANIÈRE POUR SE TENIR EN LA PRÉSENCE DE DIEU QUI PEUT SERVIR AUX PERSONNES TOURMENTÉES DE DISTRACTIONS'

Le lundi, l'on peut prendre la plaie de la main droite de Notre-Seigneur Jésus-Christ pour servir de miroir à notre

a) Ital. : « ô mon Dieu ! à votre grandeur abaissée dans le très saint Sacrement et pour confesser que... »

1. Ce titre est donné parle Ms. 7, par l'Italien et par le Ms. D i. Languet développe ainsi le titre : « Manière pour se tenir en la présence de Dieu, qui peut servir aux personnes aisément distraites, et qui consiste à méditer chaque jour de la semaine quelqu'une des playes de Notre-Seigneur et à s'en occuper pendant le cours de la journée. »

àme et à notre eœur ; et la, nous regarder de temps en temps, pour découvrir nos mouvements déréglés et tout ee qui s oppose à notre union avee lui. Et, prenant la qualité d une criminelle devant son juge, nous lui demanderons d être Im-meme notre justification, lui disant souvent • < O Juge plem de clémence et de miséricorde, par le mérite « de ce jugement injuste, et de cette rigoureu.se sentence « qui lut prononcée contre vous, détournez de moi celle « que mes péchés ont méritée. » Et d'autres fois ■ « 0 Sei ■ « gneur ! sauvez par votre bonté celle que vous pouvez ) « damner par justice! » F

On peut s'entretenir ainsi pendant le jour avec ce Juge | souverain, pour négocier l'affaire de notre salut éternel M j témoignant la douleur que nous avons de l'avoir offensé. ,par de fréquents actes de contrition; et ensuite souffrir e faire toutes nos actions en esprit de pénitence j Le mardi, faire sa demeure dans la sacrée plrie de la ;ma>„ gauche de Notre.Seignellri preuant ]a <ual.t.

:enfant prodigue devant son père, lui demandant pardon devoir s, longtemps abusé de ses grâces par nos "égare!

fian e Vï" r,Stant- ' M S8inte VOl0n'é' Et> »" «-confiance filiale, nous jeter entre ses bras, que son amour lui

fait étendre sur la Croix pour nous recevoir. Disons-lu, iront : „ Mo„ Dleu> vous ^ mon ^

moi selon la grandeur de vos miséricordes. Je m'aban- ■ donne a vous ; ne me rejetez pas, car je sais que l'enfant < ne peut périr entre les bras d'un Père tout-puissant. . Hd autres fois, regardant sa bonté et son amour, dites-lui ■

O mon bon Père, rendez-moi digne d'accomplir en tout j votre sainte volonté, car je suis toute à vous »

Exercez en ce jour la vertu de douceur et de patience.

| Le mercredi, ,1 nous faut retirer avec une profonde humi-

(te dans la plaie du pied droit de notre bon Pasteur El

.comme une pauvre brebis qui revient de ses égarements,

;ous tenir a 1 abri, crainte du loup infernal, qui est notre

Marguerite-Marie Alacoque. — II.

iti

orgueilleux amour-propre, qui nous fait si souvent marcher dans la voie de l'iniquité. Et, pensant combien ce souverain Pasteur a fait de pas pour vous chercher, vous l'en remercierez et unirez tous vos pas aux siens, lui demandant la grâce de ne plus marcher que dans la voie de son amour, lui disant souvent : « Hélas ! mon aimable Pasteur, « détachez-moi de toutes les choses terrestres et de moi- « même, afin que je m'unisse à vous. Faites-vous entendre « à l'oreille de mon cœur, et attirez-le si fortement à vous « aimer qu'il ne puisse plus résister. » Et d'autres fois, lui découvrant les blessures que le péché a faites à votre âme, vous lui direz : « 0 mon Seigneur, guérissez-moi par « l'application de vos sacrées plaies ; vous le pouvez si vous « le voulez. »

Ne perdez point en ce jour d'occasion de vous humilier.

Le jeudi, il nous faut retirer dans la plaie du pied gauche. Et là, comme un soldat qui est destiné à un continuel combat, se préparer à résister courageusement aux attaques de nos ennemis, en la présence de notre Souverain, qui sera { lui-même notre bouclier et notre force, avant le pouvoir de les détruire quand il lui plaira. Mais c'est sa gloire de nous exposer au combat, afin qu'en nous faisant triompher, sa force paraisse dans notre faiblesse, et nous rende victorieuses pour avoir lieu de nous récompenser. Et puisqu'il fait tout son plaisir a en notre combat, faisons le nôtre de lui être fidèles, ne nous arrêtant jamais volontairement à aucune mauvaise pensée. « 0 Seigneur, mon cœur est à « vous ! Ne permettez pas qu'il s'occupe d'autre chose que « de vous, qui êtes le prix de toutes mes victoires et le « soutien inébranlable de mon infirmité. » Et d'autres fois : « Mon Dieu, je souffre violence, hâtez-vous de me secou- « rir. »

Pratique de ce jour : la pureté d'intention.

a) Ms. D 1 : « de nous voir combattre ».

^ Le vendredi, il nous faut retirer dans la plaie du sacré Côté, comme un pauvre voyageur qui cherche un port assuré pour se mettre à l'abri des écueils et tempêtes de la mer orageuse de ce monde, où nous sommes exposés à un continuel naufrage, sans le secours de notre sage Pilote, au soin duquel il nous faut laisser absolument, sans nous vouloir plus mêler que de l'aimer et lui plaire, cherchant l'occasion de le contenter par l'exercice de la sainte charité, en pensant et parlant toujours bien de notre prochain, assistant les pauvres selon notre pouvoir, spirituellement et corporellement, regardant Jésus-Christ dans leur personne ; et ne leur faire rien que ce que nous voudrions nous être fait à nous-mêmes, disant souvent à Xotre-Seigneur : « Mon « Dieu, vous êtes mon tout, ma vie et mon amour ! Sauce vez-moi et ne me laissez pas périr dans le déluge de mes « iniquités. »

Le samedi, il faut honorer la plaie sacrée de l'épaule, regardant Notre-Seigneur comme un vrai et parfait ami' qui s'est chargé de nos péchés en se rendant notre caution envers son Père éternel, qui, le regardant sous cette forme de pécheur, la immolé à toutes les rigueurs de sa justice [divine, quoiqu'il fût innocent. 11 a voulu mourir, pour |nous mériter par l'excès de son amour une vie immortelle jet bienheureuse, en nous retirant d'une mort immortellement malheureuse. Bénissons-le et le remercions d'une il ardente charité, par laquelle nous devrions nous conj sommer de reconnaissance, en lui faisant un continuel jsacrificedetout notre être, par hommage d'amour et d'adoration à sa souveraine grandeur, qui se plaît dans notre petitesse.

Et d'autres fois, l'envisageant dans cette qualité d'ami, nous pouvons lui dire tous les secrets de notre cœur, lui découvrant toutes nos misères et nécessités comme à Celui qui seul y peut remédier, lui disant : « 0 l'Ami de mon

cœur, celle que vous aimez est malade! Visitez-moi et

72 ï VIE ET ŒUVRES DE MARGE ER1TE-MAR1E ALACOQUE

• me guérissez, car je sais que vous ne pouvez pas m'ai- <c mer tout ensemble et me délaisser en mes misères. »

Pratiquez en ce jour la mortification de vos sens, vous privant de quelques plaisirs pour honorer les privations du sacré Cœur de Jésus-Christ.

Le dimanche vous rendrez hommage à la très sainte Trinité par l'entremise du sacré Cœur de Jésus-Christ, que nous devons regarder comme notre Libérateur qui nousdélivrera delà captivité de Satan, et comme notre bon Maître qui nous apprendra à le connaître et aimer de toute notre àme de toutes nos forces et puissances, puisque c est en cet amour que consiste tout notre bonheur et félicité. Adoronset aimons Dieu par ce Cœur adorable; faisons toutes nos actions dans lui ; prions-le de tout faire en nous et pour nous, et de nous remettre en grâce en nous réunissant avec Dieu, lorsque le péché nous en a séparé. Qu'il répare tous nosdéfauts, et supplée à tout ce qui nous manque pour lui être a-réable Unissons-nous souvent à ce qu'il fait en nous et pour nous, lui disant : « Sacré Cœur de mon Jésus, rendez I mes ennemis confus. » Adressons-nous-y en toutes nos nécessités; demandons-lui de fortifier notre faiblesse, d'enrichir notre pauvreté, d'amollir la dureté de nos cœurs, pour les rendre susceptibles de son pur amour, qui ne veut point d'un cœur partagé. C'est pourquoi, lorsque nous voulons avoir son amour pour notre hôte, il faut vider et détacher notre cœur de l'affection de toutes les créatures et de nous-mêmes; car tout ce qui attache nous le ravit, et nous ôte à Dieu et à son pur amour, qui règne dans la souffrance et triomphe dans l'humilité, pour jouir dans l'unité a.

i L'Italien donne une autre fin, à partir de là On y retrouve des devises et des maximes familières à nolre. ?fiwn^""!^ e a sans doute donné à plusieurs reprises ses défis et ^ trucUons et il n'est pas étonnant qu'elle y ait nus des variantes selon le* circonstances. La pièce suivante : Demeures dans le sacre Cœur,

DÉFIS ET INSTRUCTIONS 7l2")

Voilà de quoi occuper les âmes qui ont peine de se tenir ■en la présence de Dieu, que nous devons toujours regarder •en nous-même, en quelle qualité que nous le considérions pour nous habituer plus facilement à sa divine présence ; •parce que, en le regardant en nous, il faut que toutes nos puissances et facultés, et même nos sens, se recueillent au dedans de nous-même. En le regardant hors de nous les •objets nous distraient facilement.

Vive y Jésus !

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