LETTRE I
Vive -j- Jésus !
[Fin de juin] 1678.
Ma très honorée et chère Mère, Ce n'était pas sans mortification, ni par défaut d'amitié que je me voulais priver de la douce consolation de vous écrire et vous dire que je serai toujours la même en estime pour votre Charité, puisque vous savez bien que notre bon Maître ayant uni mon cœur si étroitement avec le vôtre, je ne crains point qu'il en soit séparé sinon par lui-même. Et, comme je n'ai point de termes pour vous exprimer la reconnaissance que j'ai à vos bontés maternelles, il me suffira de
1. Texte du Ms. 6. Copié sur les originaux, collationné avec la traduction italienne authentique. Variantes des Mss. 8 et 9.
2. La Mère de Saumaise termina sa supériorité à Para y, au mois de mai 1678, et retourna à son monastère de Dijon. L'année suivante, à l'Ascension, elle fut élue supérieure du monastère de Moulins qu'elle gouverna trois ans.
Marguerite-Marie Alacoque. — II. !"">
vous dire que j'en conserverai unn souvenir très particulier devant Notre-Seigneur, lequel je supplie vous faire part de ses plus précieuses grâces et amoureuses caresses dans cette aimable solitude, dont je partage les délices avec vous. Mais pour vous dire un mot de celles dont sa bonté me gratifie pour le présent, je ne le peux exprimer qu'en vous disant qu'il me semble n'être qu'une croix au corps et à l'esprit, sans que je b me puisse plaindre ni désirer c d'autre consolation que celle de n'en point avoir en ce monde et de vivre d cachée dans Jésus-Christ crucifié, inconnue dans ma souffrance, afin qu'aucune créature n'ait compassion ni souvenir de moi, que pour augmenter mon tourment. Jee me flatte, ma chère Mère, que vous prenez trop de part à mes intérêts pour ne vous en pas réjouir et en remercier /"Notre-Seigneur, qui n'a rien de plus précieux après lui que son amour et sa Croix. C'est par sa miséricorde qu'il m'en fait part; car je suis très indigne d'un don si précieux aussi bien que de celui qu'il nous a fait en la personne de notre très honorée Mère, pour laquelle je ne vous peux exprimer mon estime et mon affection, avec une? parfaite confiance 7| pour sa charité que j'ai déjà expérimentée bien des fois'. Je vous puis assurer que je crois que notre bon Dieu y accomplira sa promesse '. Je l'en supplie de tout mon cœur, qu'il en puisse recevoir toute la
a) Mss. 8 et 9 : « éternel souvenir » — h) Ms. 8 : « m'en » — c) Mss. 8 et 9 : « de consolation autre que » d) — Ms. 8 : « toute cachée » — e) Mss. 8 et 9: « Et je me flatte encore dans la pensée que » — f) Id. : « notre bon Dieu » — g) Id. : « une entière confiance » — h) Id. et ital. : « en sa charité » — i) Ms. 9: " Et je vous puis bien assurer ».
1. La Mère Péronne-Rosalie Greyfié était arrivée au monastère de Paray depuis le 17 juin. — Notre-Seig-neur avait promis à la Bienheureuse d'inspirer lui-même à ses supérieures ce qui serait conforme à sa plus grande gloire et à ses desseins sur elle. Cest à cette divine promesse que Marguerite-Marie fait allusion.
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gloire qu'il « désire. C'est cette chère Mère qui nous a dit de vous écrire par cette occasion ; je me réservais pour une autre à cause d une légère incommodité, et que vous serez accablée de lettres cette fois. Mais ne vous pressez pas de m'écrire, car je ne douterai pas de votre affection, de quelle manière que vous en usiez avec moi qui serai pour le temps et l'éternité, en l'amour sacré de Jésus.
Sr Marguerite-Marie.
Dieu soit béni ! b