‹ Vie et œuvres (volume 2)Chapitre 40 sur 284 · LETTRE IV · texte numérisé non relu

LETTRE IV

A SŒUR LOUISE-HENRIETTE DE SOLDE1LLES, A MOULINS * (L'autographe est au monastère de la Visitation de Nevers.)

[1679 ou 1680] 2.

Ma très, honorée sœur,

Je prie le sacré Cœur de Jésus vouloir consumer les nôtres dans les ardeurs de son saint amour, lequel, je crois, vous a incitée à procurer l'honneur de votre connaissance à une personne dont les grandes misères la pressent incessamment de vivre inconnue et oubliée de toutes les créatures. Mais si la volonté de notre souverain Maître en dispose autrement, je tiens à grande faveur d'avoir une petite part dans votre souvenir devant Notre-Seigneur, qui me donne un retour d'affection bien particulière à celle que Votre Charité me témoigne, dont je suis bien indigne. Mais Dieu peut, quand il veut, tirer sa gloire de nos moindres actions, comme j'espère qu'il fera du désir que sa bonté vous donne que nous entrions en particulière société de biens. Je vous peux dire que je n'en fais point ; mais Dieu est si bon qu'il me laisse approprier le trésor des vrais pauvres qui est le sacré Cœur de Jésus, dont la céleste abondance peut contenter sans défaut notre nécessiteuse indigence. C'est de ce bien précieux duquel il faut faire

1. La Mère de Saumaise fît bientôt partager ses sentiments à sa nouvelle famille sur le compte de Marguerite-Marie. Plusieurs des religieuses de Moulins recherchèrent comme une faveur l'amitié de la disciple du Cœur de Jésus. Un échange de lettres ne tarda pas à s'établir. Sœur Louise-Henriette de Soudeilles était alors directrice du noviciat.

2. La marge de l'autographe ayant été coupée, la date a disparu.

notre association, mettant dans ce sacré Cœur tout le bien que nous pourrons faire avec sa grâce, pour l'échanger avec les siens que nous offrirons au Père éternel en place des nôtres.

Voilà, mon intime sœur, notre vraie société et notre délicieuse retraite que ce Cœur adorable, où nous vivrons à l'abri de tous les orages, et où nous nous verrons et apprendrons à nous connaître. Je vous avoue que je vous y ai déjà rendu quelques visites, car il me semble que l'amour vous y a placée bien avant. Pour moi, il est vrai que j'y aspire ; mais je n'ai pas fait ce qu'il faut pour y entrer, qui est un cœur pur, vide de tout désir et affection, humble et abandonné à tout le bon plaisir du pur amour qui en veut être le seul possesseur pour en disposer à son gré. Je le supplie qu'il ne permette pas que jamais nous lui fassions de résistance, et que notre amitié soit tout en lui et pour lui.

J'espère, ma très honorée sœur, que vous aurez la bonté de m'excuser si je vous parle ainsi. Je ne saurais faire autrement que de dire simplement mes pensées, qui sont toutes pleines d'estime et d'affection pour Votre Charité, à laquelle je suis sans réserve en l'amour sacré, très honorée sœur, votre très humble et obéissante et indigne sœur et servante en Notre-Seigneur.

S1' Marg-uerite-Marie Alacoque de la V. Ste-M.

Pour ce que Votre Charité me dit de recommander à Notre-Seigneur, j'espère qu'il en sera autant glorifié que vous y aurez de soumission et d'abandon, pour cette occasion, à son bon plaisir, qui nous doit dépouiller de tout propre intérêt ; et il nous doit suffire que Dieu soit content. Je suis sûre que vous ne voulez rien que cela, ni moi non plus. Aimons donc le Seigneur, et lui donnons tout sans réserve. Et c'est par ce même amour que je vous conjure.

ma très aimée sœur, de vous détromper envers moi, et de ne me plus croire ce que je ne suis pas *.

La suscription porte : « Pour ma très honorée sœur Louise-Henriette de Soudeilles, à Moulins. »

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