LETTRE XII
A SŒUR MARIE-HERNARDE PAYELLE, A CHAROLLES (L'autographe est au monastère de la Visitation d'Aurillac.)
Vive f Jésus !
De notre monastère de Paray, ce 22 juillet 1681.
Ma très honorée et bien-aimée sœur,
Comme il n'y a que l'amour qui produit en nous le désir de conformité avec notre souverain Maître, aussi n'y pouvons-nous parvenir qu'en l'aimant souverainement par le mépris de tout le reste, comme a fait sa véritable et parfaite amante Madeleine, laquelle je supplie vouloir enflammer nos cœurs du même feu qui consommait le sien aux pieds de son Sauveur, afin qu'il ne trouve plus en nous de résistance à sa très adorable volonté en toutes les dispositions où il lui plaira nous mettre. Car c'est tout un à un cœur qui aime que l'affliction ou la consolation, la santé ou la maladie. Pourvu que notre bon Dieu se contente, cela doit nous suffire, puisque nous ne voulons que lui plaire ; et vous savez bien mieux que moi, ma très aimée, que comme il ne peut rien trouver de grand hors de lui-même, il prend plaisir d'abaisser sa grandeur à notre petitesse, pour se glorifier dans nos infirmités. Et, je vous avoue que quand je prie Dieu pour Votre Charité, ce que je fais ordinairement à la sainte messe, je ne saurais demander que vous soyez délivrée de la croix, car il me semble que ce serait vous vouloir frustrer du plus grand bien que nous puissions avoir en cette vie, qui est la conformité à Jésus- Christ souffrant. Je ne saurais non plus lui demander qu'il
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vous ôte cette répugnance que vous sentez a la maladie, puisqueje crois que c'est ce qui fait notre mérite, d' autant que où il y a moins de nous-même il y a plus de Dieu. Mais il faut que je dise simplement, comme à mon intime, la pensée qui me vient quand je vous offre à son Cœur adorable : soumission aveugle à toutes les dispositions où il vous mettra et à tout ce qu'il lui plaira faire de vous ; et si je ne me trompe, en cela est compris tout ce qu'il veut de vous.
Je suis extrêmement confuse de parler ainsi à Votre Charité, et je ne le pourrais faire qu'à une àme que sa bonté m'aurait rendu aussi chère que la vôtre, pour laquelle je m intéresse plus que vous ne pensez. Faites-en de même pour moi en la présence de notre bon Maître, qui sait que j'ai un extrême besoin du secours de vos saintes prières, comme étant nue et vide de tout bien.
Au reste je suis bien éloignée de me fâcher de ce que notre chère sœur Marie-Thérèse vous fait voir nos lettres ; elle me fait plaisir, comme aussi de conserver pour Votre Charité, un particulier respect et reconnaissance à tant de bontés que vous avez toujours eues pour elle. Je vous supplie les lui vouloir continuer et je vous en serai redevable.
Quant au désir que vous me témoignez avoir d'obtenir de Xotre-Seigneur une véritable soumission et abandon aux ordres de sa divine Providence, je vous promets avec l'agrément de notre très aimée Mère, de dire à votre intention pendant un mois, les litanies du très amoureux Sacrement de l'autel et je commencerai le premier jour d'août par la sainte communion. Je vous prie donc de vous joindre avecmoi, car nous n'obtiendrons rien que par votre confiance ; et croyez, mon aimable, qu'en ce rencontre et tout autre, je me ferai un plaisir de vous pouvoir prouver combien véritablement je vous aime dans le sacré Cœur de l'adorable Jésus qui, par son saint amour, nous unisse à lui pour le temps et l'éternité.
Votre très humble et indigne Sœur et Servante en Notre- Seigneur,
Sœur Marguerite-Marie, de la Visitation Sainte-Marie Dieu soit béni !
Ma très aimée sœur,
Je vous suis doublement obligée de l'estime et affection que vous me témoignez avoir pour notre très uniquement aimée Mère, et même plus que si c'était à moi-même. Je ne m'oserais exprimer là-dessus que par mon silence, qui, je crois, vous en fera plus connaître que mes paroles ne pourraient faire. Elle vous salue d'une sincère dilection, et moije vous prie avoir la bonté de présenter à la vôtre très honorée mes plus affectionnés et respectueux saluts, et que je l'aime d'une véritable et sincère dilection.
La suscription porte : « Pour notre très chère sœur Marie- Bernarde Payelle, religieuse de la Visitation Slc-Marie, à C haro lies. »