‹ Vie et œuvres (volume 2)Chapitre 59 sur 284 · LETTRE XX · texte numérisé non relu

LETTRE XX

A LA MÈRE LOUISE-HENRIETTE DE SOUDEILLES , A MOULINS L'autographe est au monastère de Nevers.)

Vive j Jésus !

De notre monastère de Paray, ce 6 janvier 1683.

Ma très chère et honorée Mère,

Le devoir, joint à l'amitié pleine d'estime et de respect que Notre-Seigneur me donne pour Votre Charité, m'en-

1. Ce billet fut écrit à la fin des retraites, comme l'indiquent les lignes suivantes que la Mère Greyfié traça sur la même feuille. On peut donc en fixer la date du 15 au 20 novembre :

« Je souhaite mille bonjours à Votre Charité, mon intime et très « honorée Sœur, espérant que nos dernières lettres vous auront « accusé la réception de la vôtre. Voici la saison que les occasions « sont rares pour vos côtés, mais cela ne vous rend pas moins chère « et présente en notre souvenir devant Notre-Seigneur, qui nous a « visitée doublement pendant nos solitudes par ses saintes grâces et

gage à ne pas entrer plus avant dans cette nouvelle année, sans vous la venir souhaiter remplie des grâces et bénédictions, qui vous sont nécessaires pour accomplir parfaitement la très sainte volonté [de] Dieu dans tout ce qu'il désire de Votre Charité ; puisque, en vérité, il me semble que tout le bonheur dune âme consiste à se rendre conforme à cette très adorable volonté, car c'est là où notre cœur trouve sa paix, notre esprit sa joie et son repos, puisque celui qui adhère à Dieu est fait un même esprit avec lui. Et je crois que c'est là le vrai moyen de faire notre volonté ; car son amoureuse bonté se plaît de contenter celle où il ne trouve point de résistance, où, au contraire de ceux qui lui résistent, il leur rend toutes choses contraires ; il ferme l'oreille à leurs demandes, il les regarde sans compassion, et son sacré Cœur se rend insensible à leurs nécessités. Mais je ne sais pourquoi je vous dis tout cela, sinon parce que le Seigneur veut que nous prenions tout notre plaisir en lui seul, aiin qu'il nous donne tout ce que] notre cœur désire.

Mon Dieu, ma chère Mère, que j'ai de confusion de parler ainsi à Votre Charité ! Mais c'est d'un cœur qui \ous honore et qui voudrait pouvoir vous le témoigner, et correspondre à tant de cordiales bontés qui me rendent extrêmement confuse ; surtout de ce que votre Charité nous dit trouver de la consolation dans nos lettres. C'est donc le Seigneur qui vous la donne, car je puis assurer votre Charité que bien souvent je n'oserais pas écrire, si je n'espé-

« lumières dans nos chères Sœurs, et par les maladies qui ont arrêté « toutes nos Sœurs domestiques presque à la fois. Mais grâce à << Notre-Seigneur, nous voilà en disposition d'aller toutes faire nos « saints renouvellements au chœur, sans aide de personne ni même « de bâtons. Après cela tout se portera, Dieu aidant, de bien en « mieux; et je suis et serai toujours invariablement toute à Votre « Charité, mon intime et chère Sœur, de tout le chétif cœur de « votre indigne,

« Sœur Péronne-Rosàlie.

rais que par là on apprendra à me connaître pour se dégoûter dune chétive et méchante pécheresse ; mais le Seigneur fasse sa volonté et non la mienne ! C'est en son saint amour que je suis avec respect, ma très honorée Mère, votre très humble et obéissante fille et servante en Notre- Seigneur,

Sœur Marguerite-Marie de la Visitation Ste-Marie.

La suscription porte : « Pour la très honorée Mère de Moulins. »

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