LETTRE XXI
A LA MÈRE LOUISE-HENRIETTE DE SOUDEILLES, A MOULINS '
De Paray, ce 28 mars [1683].
En vérité, ma très honorée Mère, vous me rendez extrêmement confuse de tant faire d'honneur à une chétive et misérable' pécheresse comme moi, qui ne suis sortie du monde que pour m'ensevelir dans un éternel oubli, afin de
1. Cette lettre était jusqu'à ce jour inédite. Elle avait échappé aux éditeurs précédents, bien qu'elle se trouvât dans deux des Mss. de Paray, 7 et 8, parmi les lettres à la Mère de Soudeilles, après celles qui sont datées. La trad. ital. de la S. Cong. la donne aussi (8e de la 2e série) en mettant en tête le post-scriptum de la lettre IV. Le Recueil de Nevers que les éditeurs précédents n'avaient pas eu entre les mains, lui donne, comme le Ms. 8, une date fort incomplète. Mais le ton de cette lettre montre assez qu'elle se rapporte aux débuts de la correspondance entre la Bienheureuse et la Mère de Soudeilles. La première lettre de cette correspondance date du 6 juin 1680. La Mère de Soudeilles n'était pas encore supérieure, elle ne le devint qu'en 1682. C'est donc après l'Ascension de l'année 1682, époque de l'élection, qu'il faut placer cette lettre. Comme d'autre part, elle porte l'indication du mois de mars, nous la classons, sauf meilleur renseignement, comme si elle était datée du 28 mars
faire pénitence pour tant de péchés que j'ai commis dans une vie si criminelle comme est celle que j'ai menée, qui pour vous être inconnue n'est pas pour cela justifiée ni exempte de châtiment, dont le plus rigoureux que la justice divine me fasse ressentir maintenant, c'est de voir que tant de saintes âmes, animées d'une sainte charité, s'imaginent que je suis ce qu'en effet je devrais être; mais rien moins que tout cela, je ne suis qu'un composé de toutes misères, défauts et imperfections, digne de tout mépris. Et comme je vous honore et estime infiniment, il me fâche qu'une personne de votre mérite soit trompée et du nombre de celles qui me connaissent si mal. Aidez-moi, ma chère Mère, par vos saintes prières, à faire une véritable conversion et Votre Charité ne sera pas la dernière ni dans mon souvenir, ni dans mes prières. Je vous en assure, car vous m'êtes très chère dans le sacré Cœur de Jésus-Christ. Votre, etc.
S1' M. -Marie Alacoque.