‹ Vie et œuvres (volume 2)Chapitre 66 sur 284 · A LA MÈRE PÉRONNE-ROSALIE GREYFIÉ, A SEMUR · texte numérisé non relu

A LA MÈRE PÉRONNE-ROSALIE GREYFIÉ, A SEMUR

Vive f Jésus !

[Juillet 1684.]

Comment se peut-il faire qu'avec tant de défauts et de 1. La Mère Greyfié élue supérieure du monastère de Paray, au

misères, mon âme soit toujours si affamée, ma très honorée Mère, de souffrances et de mortifications ? Et quand je pense que vous lui faisiez la charité de la soutenir de ce pain délicieux quoique amer à la nature, et que maintenant je m'en vois privée, à cause sans doute du mauvais usage que j'en ai fait, cela me comble de douleur, et rien ne m'a tant liée à Votre Charité que cette conduite à laquelle je ne saurais penser qu'avec une tendre reconnaissance pour vous, qui ne me pouviez donner de plus effectives marques d'une parfaite amitié qu'en m'humiliant et me mortifiant. Quoique vous ne l'ayez que très peu fait à l'égard des sujets que je vous en donnais, néanmoins ce peu me consolait et m'adoucissait les amertumes de la vie, et cette privation me la rend insupportable. Je ne saurais vivre sans souffrir ; et depuis le temps que je souffre et que le Seigneur me gratifie d'un si grand bien, je n'en sais pas faire un bon usage. Il n'y a rien que j'aie plus envie de bien faire et que je fasse plus mal, parce que je manque d'amour pour Dieu par le trop d'amour de moi-même. 0 ma chère Mère, qu'il est dur de vivre sans aimer le souverain Bien, et sans souffrir pour cet amour ! L'amour veut des œuvres : et je n'ai que des paroles pour le bien et des œuvres pour le mal. Il me semblait que je vivais en assurance sous votre conduite, parce qu'elle me faisait toujours marcher à rebours de mes inclinations naturelles ; et c'est ce qui faisait plaisir à cet Esprit duquel je crois être conduite, qui me voudrait toujours

mois de mai 1078, avait achevé son second triennat au mois de mai 1684. Elle fut alors élue supérieure à Semur-en-Auxois. La très honorée Mère Marie-Christine Melin fut appelée à lui succéder. Professe du monastère de Paray et témoin des merveilles opérées à l'occasion de Sœur Marguerite-Marie, la nouvelle supérieure pouvait se dépar- 1 tir de la sage défiance des supérieures précédentes, qui avaient dû j soumettre la Servante de Dieu à des épreuves multipliées. Dans cette première lettre qu'elle adresse à son ancienne supérieure, la Bienheureuse se plaint avec une admirable simplicité de n'avoir plus «supporter les maternelles rigueurs si profitables à son âme.

voir abîmée dans toutes sortes d'humiliations, souffrances et contradictions ; autrement il ne me donne point de repos. La nature n'y trouve pas son compte à tout cela ; mais cet Esprit qui gouverne le mien ne peut souffrir que j aie aucun plaisir que celui de n'en avoir point.

Quelquefois tout sert d'instrument à m'affliger, sans pourtant me troubler. Le désir de mourir me presse plus que jamais ; je ne saurais me résoudre à demander à Dieu les années de vie que vous m'aviez dit, à moins que ce ne fût à cette condition, qu'elles seraient toutes employées a aimer le sacré Cœur de mon Jésus dans le silence et la pénitence, sans plus l'offenser, demeurant jour et nuit devant le saint Sacrement, où ce divin Cœur fait toute ma consolation ici-bas1

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