LETTRE XXVII
Vive 7 Jésus !
10 août 1684.
Ma chère Mère a, Dieu me presse plus que jamais de l'aimer et souffrir en .«'abandonnant toute à lui; mais hélas! mon cœur semble insensible à tous les mouvements de sa grâce. Celle que
1. La fin de cette lettre ne nous a pas été conservée par la Mère
G7 A et B contenaient divers morceaux que nous recuisons J en indiquant, par le renvoi, la place qu'Us y occupait. Il 5 »«*
en toutes manières, par mes grandes infidélités envers Uieu, q me presse... »
j'estime le plus après lui-même, c'est le don de sa précieuse Croix. Ah ! ma chère Mère ! si on en connaissait le prix, elle ne serait pas tant fuie et rejetée d'un chacun ; mais au contraire, elle serait tellement chérie et aimée, que l'on ne pourrait trouver de plaisir qu'en la Croix, de repos que sur la Croix, et l'on n'aurait d'autre désir que de mourir entre ses bras, méprisé et abandonné de tout le monde. Mais il faut, pour cela, que le pur amour soit le sacrificateur et le consommateur de nos cœurs, comme il l'a été de celui de notre bon Maître". Je vous dirai que la vie m'est un continuel martyre. Je désire de mourir et je n'ai pas encore vécu un seul moment pour Dieu. Mais il faut commencer tout de bon à ne vivre que pour lui et dans lui b.
Si vous saviez combien il y a de mérite et de gloire à honorer cet aimable Cœur de l'adorable Jésus, quelle sera la récompense de ceux qui, après s'y être consacrés, ne cherchent qu à l'honorer ! Oui, il me semble que cette seule intention donnera plus de mérite et d'agrément à leurs
a) « Demandons cette grâce l'une pour l'autre, ma' toute chère Mère, car je me sens toujours fort intéressée en tout ce qui vous regarde ; et il me semble qu'il n'y a rien que je ne voulusse faire et souffrir pour vous prouver la sincérité de mon affection, et que c'est de l'intime de mon cœur que je vous aime, et que je suis toute à vous dans celui de notre adorable Maître. Devant lui, je vous demande un petit souvenir pour une affaire qui, selon toute apparence, est pour sa gloire.
Mais pour me consoler un peu auprès de ma bonne Mère <U' la longueur de cet exil, je vous dirai »
b) Le morceau suivant se retrouve à peu près dans la lettre 36e :
« C'est pour cela, ma très aimée Mère, qu'il me semble que vous ..... | feriez chose fort agréable au sacré Cœur de Notre-Seigncur de lui l'aire un entier sacrifice du vôtre, un vendredi après la sainte communion, pour ne vouloir plus vous en servir à d'autre usa^e qu'à celui de son pur amour, en lui procurant tout l'honneur et la gloire qui seront en votre pouvoir. Je ne vous en dis pas davantage, parce qu'il me semble que vous avez déjà fait tout cela ; mais je crois qu'il prendra un singulier plaisir que vous le renouveliez souvent cl le pratiquiez fidèlement pour parfaire votre couronne. »
actions devant Dieu, que tout ce qu'ils pourraient faire d'ailleurs, sans cette application", etc.
LETTRE XXVIII i
a la mère de soudeilles, a moulins
Vive ~ Jésus !
De notre monastère de Parav, ce 3 novembre 1684.
Béni et aimé soit éternellement le Seigneur, ma très
honorée et toute chère Mère, qui n'a pas permis que nous
a) « Je me ferais un plaisir de vous dire mes pensées là-dessus, mais le papier ne m'est pas fidèle, il m'a déjà trompée plusieurs fois. Il faudrait parler cœur à cœur, et vous verriez que le mien est toujours dans le môme sentiment d'amilié, d'estime et de reconnaissance, que lorsque j'avais le bonheur d'être sous votre direction, de laquelle j'ai toujours regret d'avoir si mal profité ; mais j*ose bien me flatter qu'en qualité de votre fille aînée, vous m'aimerez toujours,
1. C'est à tort que les édit. A et B attribuaient l'Autographe de cette lettre au monastère de la Visitation de Nevers. Il y a plus d'un siècle qu'on ne l'a plus. Une feuille manuscrite de la Visitation de Nevers, intitulée « ancien inventaire général des lettres (que notre monastère de Moulins possédait) de N. B5e Sr Marguerite-Marie Alacoque » contient cette note : « La lettre, en date du 3 no\». 1684, a été tirée de la boîte, le 2 juin 1789, et envoyée à M. l'abbé du Nexon, vicaire général du diocèse d'Oloron en Bear. » M. de Nexon était vicaire général du dernier évêque d'Oloron, Jn-Ble-Auguste de Villoutreix de Faye (1783-92). Cet ecclésiastique ne prêta point le serment à la constitution civile du clergé. Il ne parait point avoir survécu à la Révolution, car son nom ne figure pas dans le personnel du clergé du diocèse de Bayonne, dressé en 1803. (Renseignements communiqués par l'Évêché de Bayonne). — La Visitation de Nevers possède un recueil Ms. contenant, outre un abrégé du Mémoire des Contemporaines, un certain nombre de lettres de la Bienheureuse, ne copie. Celle-ci y esta la p. 33 de la 2e partie. — Elle se trouve également dans la trad. ital. de la S. Congrég. i3e lettre de la 2e série), et dans nos Mss. 7 et 8.
ayons eu plus tôt la consolation de vous répondre. Gela n'empêche pas qu'il ne vous ait mis dedans mon chétif cœur, de sorte que très rarement je vous oublie en sa sainte présence, quoique je vous avoue que je suis peut-être la cause qu'il ne fait peut-être pas sentir à votre chère àme les effets de son saint amour, selon l'étendue de vos désirs. Car, hélas ! ma chère Mère, c'est la vérité que je ne suis qu'un obstacle k tout bien, et un composé de toutes misères au corps et à l'esprit. Et le soutien de ma faiblesse, c'est que le Seigneur prend son plaisir de glorifier son infinie miséricorde sur les sujets les plus misérables.
Mais pour en revenir à Votre Charité, je vous dirai simplement comme à une vraie amie dans l'adorable Cœur de Notre-Seigneur Jésus-Christ, que lorsque je le prie pour vous cette pensée me vient, que, si vous désirez vivre toute pour lui, et arriver à la perfection qu'il désire de vous, il faut faire à son sacré Cœur un entier sacrifice de vous
et vous vous souviendrez de moi dans le sacré Cœur de Notre-Seigneur Jésus-Christ, auquel je voudrais que tous les autres fussent consacrés.
Tachons d'en attirer autant que nous pourrons à notre petite association, demandons-lui en la grâce. Il ne tient qu'à moi d'y travailler, puisque j'ai le bonheur de jouir de notre cellule, qui me semble un paradis anticipé pour l'âme religieuse. Que la mienne a sujet de craindre de n'en avoir point d'autre, puisque je ne fais rien pour l'acquérir ! Mais j'ai toute mon espérance et mon appui dans les mérites du Cœur de mon Seigneur Jésus-Christ, qui a bien voulu se rendre ma caution, me faisant espérer qu'il paiera et répondra pour moi.
Depuis cette lettre écrite, j'ai appris la mort du bon M. Cliaudot (. Il est vrai, ma très aimée Mère, que Dieu ne vous dépouille de toutes ces consolations et appuis humains que parce qu'il veut être luimême l'unique et le vrai ami de votre cœur, lequel il veut posséder seul sans mélange et sans obstacle. Pour vous être tout en toute chose, il ne veut pas que vous ayez d'autre soutien que lui. Sou saint Nom soit béni, sa sainte volonté soit faite ! Je vous avoue que je suis toujours sensible à ce qui vous touche ; mais ces saintes âmes vous seront de puissantes avocates devant Dieu. C'est ce qui me console et doit vous réjouir. »