A LA MÈRE DE SAUMAISE, A DIJON, OU A LA MÈRE GREYFIÉ, A SEMUR
Vive f Jésus !
20 avril 1685.
Ma très chère Mère,
C'est dans ce saint temps des visites amoureuses de notre divin Maître que je prie son sacré Cœur de consom-
i. A et B donnaient la Mère de Saumaise comme destinataire de cette lettre. On avait bien eu déjà quelques doutes puisqu'un recueil moderne l'avait d'abord inscrite sous le nom de la Mère Greyfié ; puis, plus tard, nous ne savons pour quels motifs, on l'avait rapportée à la Mère de Saumaise.
Voici les raisons qui nous font pencher plutôt pour la Mère Greyfié comme destinataire.
Le 30 mars 1685, la Mère Greyfié écrivait à Sœur Marguerite-Marie : « faites-moi part de vos vues touchant ces trois dernières défuntes et si je peux quelque chose pour leur soulagement. » Et le 7 mai suivant elle lui disait : « votre chère lettre du vingtième avril nous vient d'être rendue, ma très aimée sœur, avec la satisfaction que je vous demandais en la mienne dernière, que vous gardiez pour le jour de Pâques. — En cette année 1685, Pâques tombait le 22 avril. — Je ferai avec ponctualité ce que vous me marquez que ma sœur J.-F. désire de moi. >■
D'autre part, dans son Mémoire sur la Servante de Dieu (n° 22) la Mère Greyfié a écrit : « J'ai appris d'elle que deux personnes religieuses pour qui elle priait après leur mort, lui furent montrées dans les prisons de la divine justice, où l'une souffrait des peines incomparablement plus grandes que l'autre. La première se plaignait grandement d'elle-même, qui par ses défauts contraires à la vraie charité et sainte amitié religieuse, qui doit régner dans les communautés, s'était attiré, entre autres punitions, celle de n'avoir point de part aux suffrages que la Communauté offrait à Dieu pour elle, ne recevait de soulagement en ses effroyables peines que des seules prières de trois ou quatre personnes de la même Communauté, pour lesquelles elle avait eu pendant sa vie moins d'estime et de penchant. Elle se lamentait encore pour la trop grande facilité à prendre des dispenses
mer les nôtres dans les ardeurs de son amour, non-seulement dans le temps, mais aussi dans l'éternité. Et c'est dans cette confiance que j'ai en votre amitié, que je ne fais pas difficulté de vous ouvrir mon cœur pour implorer votre secours pour une chose qui me fait bien de la peine. C'est au sujet de notre pauvre sœur J.-F., laquelle il me semble s'être adressée à moi deux fois. Dans la première, elle me dit plusieurs particularités qui la regardaient et de quelques autres personnes que je ne peux dire, mais pour elle, qu'il s'en était peu manqué qu'elle n'ait été perdue et qu'elle ne tient son salut que de la Sainte Vierge, et que dans le temps de son agonie Satan lui livra de si furieux assauts, par trois diverses fois, qu'elle fut quelque temps qu'elle ne savait si elle était perdue ou sauvée, jusqu'à ce que la Sainte Vierge la vînt arracher d'entre les griffes" du démon. Et Dieu permit que je l'aidasse à servir, car l'aide de l'infirmerie était malade. Elle vous aurait fait pitié dans la violente peine qu'on voyait qu'elle souffrait : tout son corps en tremblait. Elle se jeta par trois fois à terre de son lit et l'on entendit une fois qn'elle disait : « Je suis perdue »> ayant pourtant toujours l'esprit présent et attentive à Dieu.
a) Ms. 9 : « d'entre les pattes du démon. »
de la rèffle et des exercices communs. En troisième lieu elle déplorait les soins qu'elle avait pris de se procurer des soulagements et des commodités corporelles. Pour ces trois chefs, elle fit savon à celte chère Sœur que pendant son agonie, elle avait souffert tro.sfurieux assauts du démon et que, se croyant perdue, a chaque fois, elle s'était vue sur le point de tomber dans le desespoir; mais que U très Sainte Vierge, à laquelle elle avait eu une grande dévotion pen4 Lt sa vie, l'av'ai't tirée toutes les trois fois des griffes du diab e.
Il semble bien que ce passage ait été inspiré par la présente lettre Il est vrai que, dans sa réponse du 7 mai, la Mère Greyfie écrit] „ je pensais bien le jeudi saint que vous ne m'auriez pas oubliej pendant votre veillée >,, et il n'est pas question du jeudi samt cas cette lettre ; mais nous savons assez que les lettres ne sont pas toujours reproduites entièrement.
La première fois que je la vis après sa mort elle me dit : « Ah ! que je souffre de cruelles peines, et que cinq années seront bien longues en de si rigoureux tourments ! » — Je lui demandai ce qu'elle souhaitait; et elle me demanda des messes et plusieurs autres choses dont notre très honorée Mère s'est acquittée charitablement ; et je lui remis pour six mois tout ce que je ferais et souffrirais, et depuis ce temps-là, je vous avoue que je n'ai pas manqué de souffrances, Nôtre-Seigneur m'en ayant donné autant que jen ai pu porter, et de toute manière, et pendant ce même temps il m'est venu mal à un doigt ; c'était au commencement du carême », il me l'a fallu fendre avec le rasoir jusqu'à l'os; il n'est pas encore guéri. Mais le Seigneur soit béni qui me fait la grâce de me gratifier de sa Croix, qui est ma gloire.
La seconde fois cette bonne sœur me fit voir le pitoyable état où elle était, en disant : « Oh ! ma pauvre « sœur, que je souffre de rigoureux tourments ! Et, bien « que je souffre pour plusieurs choses, il y en a trois qui « me font plus souffrir que tout le reste. La première est « mon vœu d'obéissance que j'ai si mal observé, que je « n'obéissais qu'en ce qui me plaisait : et telles obéissances i « ne sont qu'à condamnation devant Dieu. La seconde est | « mon vœu de pauvreté, ne voulant pas que rien me man- « quât, donnant à mon corps plusieurs soulagements « superflus. Ah ! que je paie bien maintenant le trop de « caresses que je lui ai faites ! et que les religieuses qui « veulent avoir plus que la vraie nécessité, et qui ne sont « pas parfaitement pauvres sont odieuses aux yeux de Dieu. « La troisième chose, c'est les manquements de charité, et « pour avoir causé de la désunion et en avoir eu avec les « autres ; et pour cela les prières que l'on fait ici ne me « sont pas appliquées, et le sacré Cœur de Jésus-Christ me