LETTRE XXXIII
A LA MÈRE LOUISE-HENRIETTE DE SOUDEILLES, A MOI LINS (L'autographe est au monastère de Nevers.)
Vive -f Jésls !
De notre monastère de Parav, ce 17meaoùt 1685.
Je ne vous peux exprimer, ma très honorée Mère, le plaisir que j'ai eu lorsqu'en lisant la vôtre dernière, j'ai vu le désir que Votre Charité témoigne d'être toute au sacré Cœur de Notre- [Seigneur] Jésus-Christ, car il me semble que c'est par là que nous mettons notre salut en assurance, lequel est si fort en hasard dans cette vie misérable et pleine de corruption. Mais lorsque nous nous sommes toutes consacrées et dévouées à ce Cœur adorable, pour l'aimer et l'honorer de tout notre pouvoir, en nous abandonnant tout à lui, il prend soin de nous, et nous fait arriver malgré tous les orages au port de salut. Hélas ! ma chère Mère, priez le Seigneur que je puisse faire le mien pour n'être pas privée éternellement de l'aimer ! Ah ! que plutôt il m'accablr ici-bas de toutes sortes de tourments, que de me priver un
seul moment de l'aimer! Oui, je le veux aimer, quoi qu'il m'en puisse coûter ; et je souhaite que vous l'aimiez avec tant d'ardeur que votre cœur s'en puisse consommer. Et puisque celui qui aime est tout puissant, aimons donc, et rien ne nous paraîtra difficile.
Mais cet amour ne règne que dans la souffrance et ne triomphe que dans la vraie humilité, et on n'en peut jouir qu'en l'unité. C'est dans le sacré Cœur de Notre-Seigneur Jésus-Christ que nous la trouverons, et que nous nous aiderons l'une et l'autre à y parvenir. Votre Charité doit être sûre que je [ne] l'y oublierai pas, m'ayant donné une inclination toute particulière à vous y aimer et estimer. Tout pour sa gloire et son amour, dans lequel je suis toute à vous de cœur et d'affection.
S1' M. -Marie de la Visitation Ste-M. D. S. B.
La suscription porte : « Pour ma très honorée Mère de Moulins. »
LETTRE XXXIV i
BILLET REMIS PAR LA BIENHEUREUSE A SŒUR MARIE-MADELEINE DES ESCURES, RELIGIEUSE DE LA COMMUNAUTÉ DE PARAY
Vive -j- Jésus !
[Date probable : vers la fin d'août 1685.]
Ne soyez pas surprise" si je m'adresse à vous comme à ma chère amie dans le sacré Cœur de Jésus-Christ, lequel
a) Dans le mémoire des Contemporaines, ce billet commence ainsi : « c'est dans le sacré Cœur de Notre-Seigneur que je vousécris ceci, ma chère sœur, puisqu'il le veut ainsi. »
[. Nous avons pris le texte de ce billet dans le Ms. 7. Il y est pluscomplet que dans le Mémoire des Contemporaines, où on l'a déjà trouvé. Nous avons utilisé deux ou trois variantes qui rendent le sens plus clair.
veut que je le fasse ainsi pour vous dire l'extrême peine que je souffre au sujet de ma sœur V.1. C'est que, ce matin, en me levant, il m'a semblé entendre distinctement ces paroles : « Dis à ta supérieure qu'elle m'a fait un si grand « déplaisir de ce que, pour plaire à la créature, elle n'a point « eu de crainte de me fâcher, en te retranchant la commu- <( nion que je t'avais ordonné de faire tous les premiers ven- « dredis de chaque mois, pour satisfaire par là, en m'offrant « à mon Père éternel, à sa divine justice, par les mérites de « mon sacré Cœur, au cas qu'il se commette quelque faute « contre la charité, parce que je t'ai choisie pour en être la « victime. Et en même temps qu'elle t'a défendu d'accom- « plir ma volonté en cela, je me suis résolu de me sacrifier « cette victime qui souffre maintenant2. »
Voilà, ma chère sœur, ce qui me tourmente et persécute continuellement, sans que je m'en puisse oublier, parce qu'il me presse de le dire à notre Mère ; et je crains de le faire, à vous parler naturellement, parce que je crois que tout cela n'est qu'une ruse de l'ennemi qui me veut rendre singulière par cette communion ; ou tout cela n'est qu'imagination et illusion, parce que ce n'est pas à une misérable hypocrite comme moi à qui le Seigneur ferait semblable grâce. Mais je vous conjure, ma chère amie, de me dire votre pensée là-dessus, pour me tirer de peine, puisqu'il veut que je vous la demande. Faites-moi cette grâce sans me flatter, car je crains de résister à Dieu, ne vous pouvant exprimer ce que je souffre de cela. Demandez-lui qu'il vous fasse connaître la vérité et ce qu'il veut que vous me répondiez. Après quoi je tâcherai de n'y plus penser.
Et la grâce que je vous demande encore est de nous gai -