‹ Vie et œuvres (volume 2)Chapitre 8 sur 284 · Trois mots déchirés · texte numérisé non relu

Trois mots déchirés

qu'il n'y avait que la seule obéissance qui avait tout pouvoir sur cet Esprit qui me tenait en cet état, m'ordonna de lui dire ma peine ; et aussitôt je lui dis le sacrifice que Dieu voulait que je lui fisse de tout mon être, en présence de la Communauté, et le sujet pour quoi il me le demandait ; lequel je n'exprimerai point, crainte de blesser la sainte charité, et en même temps le Cœur de Jésus-Christ, dans lequel cette chère vertu prend sa naissance ; c'est pourquoi il ne veut point qu'on l'intéresse tant soit peu 'agonfeBUIt sous que^ prétexte que ce puisse être. Enfin, ayant fait et dit ce que mon Souverain désirait de moi, on en parlait et jugeait diversement ; mais je laisse toutes ces circonstances à la miséricorde de mon Dieu. Et je puis assurer, si me semble, que je n'avais jamais tant souffert, non pas même quand j'aurais pu rassembler toutes les souffrances que j'avais eues jusqu'alors, et toutes celles que j'ai eues depuis; et que toutes ensemble m auraient été continuelles jusqu'à la mort, cela ne me semblerait pas comparable à ce que j'endurai cette nuit, de laquelle Notre-Seigneur voulut gratifier sa chétive esclave, pour honorer la nuit douloureuse de sa passion, quoique ce n'en fût qu'un petit échantillon. L'on me traînait de lieu en lieu, avec des confusions effroyables.

Cette nuit s'étant donc passée dans les tourments que Dieu connaît et sans repos, jusqu'environ la sainte messe, où il me semble que j'y entendis ces paroles : « Enfin la « paix est faite, et ma sainteté de justice est satisfaite par « le sacrifice que tu m'as fait, pour rendre hommage à celui « que je fis au moment de mon Incarnation dans le sein de « ma Mère ; le mérite duquel j'ai voulu joindre et renou- « vêler par celui que tu m'as fait, afin de l'appliquer en « faveur de la charité, comme je te l'ai fait voir. C'est « pourquoi tu ne dois plus rien prétendre en tout ce que « tu pourras faire ou souffrir, ni pour accroissement de « mérite, pour satisfaction de pénitence ou autrement, tout

Dieu.

« étant sacrifié à ma disposition pour la charité. C'est pour- « quoi, à mon imitation, tu agiras et souffriras en silence, « sans autre intérêt que la gloire de Dieu dans l'établisse- « ment du règne de mon sacré Cœur dans celui des hommes, « auxquels je le veux manifester par ton moyen. »

Mon Souverain [me] donna ces saints enseignements après 75. Elle

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