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1 avoir reçu : mais il ne me sortit point de mon état sout- souffrir pour
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frant, dans lequel je sentais une paix inaltérable, dans justice de l'acceptation de tout ce que je souffrais, et qui m'était montré que je devais souffrir jusqu'au jour du jugement si c'était la volonté de mon Dieu, qui ne me fit plus paraître que comme un objet de contradiction, un égout de rebut, de mépris et d'humiliation, lesquels je voyais avec plaisir venir fondre sur moi de toutes parts, et sans recevoir aucune consolation du Ciel ni de la terre. Il semblait que tout conspirait à m'anéantir. J'étais continuellement interrogée, et le peu <le réponse que Ion tirait de moi comme par force, ne laissait pas de servir d'instrument pour augmenter mon supplice. Je ne pouvais ni manger, ni parler, ni dormir ; et tout mon repos et occupation n'était que de demeurer prosternée devant mon Dieu, dont la souveraine grandeur me tenait toute anéantie dans le plus profond abîme de mon néant, toujours pleurant et gémissant, pour lui demander miséricorde et détourner les traits de sa juste colère.
Et l'emploi où j'étais pour lors fournissant de continuelles occupations à mon corps et à mon esprit, me causait un tourment insupportable ; d'autant que, nonobstant toutes mes peines, mon souverain Maître ne me permettait pas d'en omettre la moindre, ni [de m'en] faire dispenser, non plus que de tous les autres devoirs et observances de mes règles, dans lesquels je sentais que la force de sa souveraine puissance me traînait comme une criminelle dans le lieu d'un nouveau supplice. Car j'en trouvais en tout lieu ; et je me trouvais tellement engloutie et absorbée dans ma souffrance, que je ne me sentais plus d'esprit
ni de vie que pour voir et sentir ce qui se passait de douloureux à mon égard. Mais tout cela ne me causait pas le moindre mouvement d'inquiétude ni de chagrin, bien queparmi toutes ces peines l'on me conduisait toujours par ce qui était le plus opposé à la nature immortifiée et contraire à mes inclinations. Et l'on s'aperçut que je ne mangeais rectoire6 kiï pas : l'on m'en fit de fortes réprimandes, et ma supérieure d^suppiice! et mon confesseur, lesquels m'ordonnèrent de tout manger ce que l'on me donnerait à table : obéissance qui me semblait bien au-dessus de mes forces; mais celui qui ne m'en laissait pas manquer dans le besoin me donna celle de m'y soumettre et de la faire [sans] excuse ni réplique, bien queje me visse contrainte d'aller rendre après le repas ce que j'avais pris de nourriture. Et comme cela dura fort longtemps, il me causa un si grand dévoiement d'estomac, avec beaucoup de douleur, que je ne pouvais plus rien garder du peu que je prenais, après que l'on eut trouvé bon de me changer Tobéissancej que j'avais en celle de ne manger que selon que je le pourrais. Et le manger, je l'avoue, m'a causé de rudes tourments depuis ce temps-là. allant au réfectoire comme à un lieu de supplice auquel le péché m'avait condamnée. Et quelque effort que je me sois fait pour manger indifféremment ce qui m'était présenté, je ne pouvais me défendre de prendre ce que je croyais le moindre, comme le plus conforme à ma pauvreté et mon néant, qui me représentaient continuellement que le pain et l'eau m'étant suffisant, tout le reste était superflu.
Et pour en revenir à cette disposition souffrante qui ne discontinuait point, et qui s'augmentait toujours par des tiJnt °pou? surcroîts fort sensibles et humiliants, car l'on crut que §émoneedu j'étais possédée ou obsédée, et l'on me jetait force eau bénite dessus avec des signes de croix, avec d'autres prières pour chasser le malin esprit. Mais celui dont je me sentais possédée, bien loin de s'enfuir, me serrait tant plus fort à lui, en me disant : « J'aime l'eau bénite, et je chéris si fort
« la croix, que je ne peux m empêcher de m'unir étroitece ment à ceux qui la portent comme moi et pour l'amour « de moi. » Ces paroles rallumèrent tellement en mon âme le désir de souffrir, que tout ce que je souffrais ne me sem~ blait qu'une petite goutte d'eau, qui allumait plutôt la soif insatiable que je sentais, que de la désaltérer ; quoiqu'il me semble pouvoir dire qu'il n'y avait aucune partie de mon être qui n'eût sa souffrance particulière, tant l'esprit que le corps; et cela sans compassion ni consolation, car le diable me livrait de furieux assauts, et mille fois j'aurais succombé si je n'avais senti une puissance extraordinaire qui me soutenait et combattait pour moi, parmi tout ce que je viens de dire. Enfin ma supérieure ne sachant plus que faire de moi, me fit communier pour demander à Notre-Seigneur, par obéissance, de me remettre en ma première disposition. M'étant donc présentée à lui comme son hostie d'immolation, il me dit : « Oui, ma fille, je viens à toi comme sou- « verain sacrificateur, pour te donner une nouvelle vigueur, « afin de t'immoler à de nouveaux supplices. » Ce qu'il fit, et je trouvai tout tellement changé, que je me sentais comme une esclave à qui l'on vient de redonner la liberté. Mais cela ne dura guère, car l'on recommença à me dire que c'était le diable qui était l'auteur de tout ce qui se passait en moi, et qu'il me perdrait, si je n'y prenais garde, par ses ruses et illusions.
Ce fut ici un coup terrible pour moi, qui avais eu toute 78. Eiie-
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ma vie crainte d être trompée et de tromperies autres, sans de se souspourtant le vouloir. Ce qui me faisait beaucoup pleurer, prit qui ta
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car je ne pouvais en aucune taçon me retirer de la puissance de cet Esprit souverain qui agissait en moi ; et quelque effort que [je] pusse faire, je ne pouvais l'éloigner de moi. ni empêcher ses opérations. Car il s'était tellement emparé de toutes les puissances de mon âme, qu'il me semblait être dans un abîme d'où plus je faisais d'efforts pour sortir, plus je m'y sentais enfoncée, quoique je me servisse de
tous les moyens que Ton disait ; mais c'était en vain. Et je combattais quelquefois si fort que j'en restais tout épuisée de forces ; mais mon Souverain se jouait de tout cela, et me rassurait si fort, qu'il dissipait toutes mes craintes au premier abord, me disant: « Qu'as-tu à craindre entre les « bras du Tout- Puissant ? Pourrait-il bien te laisser périr « en t'abandonnant à tes ennemis, après m'être rendu ton « père, ton maître et ton gouverneur dès ta plus tendre 1 « jeunesse, en te donnant de continuelles preuves de I « l'amoureuse tendresse de mon divin Cœur, dans lequel £ « même j'ai établi ta demeure actuelle et éternelle? Pour I « plus grande assurance, dis-moi quelle plus forte preuve « tu souhaites de mon amour, et je te la donnerai. Mais I « pourquoi combats-tu contre [moi], qui suis ton seul, vrai I « et unique ami ? » Ces reproches de ma défiance me à jetèrent dans un si grand regret et confusion, que je me g proposai dès lors de ne jamais rien contribuer aux épreuves I que l'on ferait de l'Esprit qui me conduisait, me contentant G d'accepter humblement et de bon cœur tout ce que l'on me 11 voudrait faire.