‹ Vie et œuvres (volume 2)Chapitre 89 sur 284 · LETTRE XL VII · texte numérisé non relu

LETTRE XL VII

23 avril 1680.

Ma très honorée sœur et bien-aimée Mère,

Je suis sensiblement mortifiée de n'avoir pu faire réponse à votre dernière, parce que j'espérais toujours parler à ce bon Père, qui m'avait promis que cette planche se ferait après Pâques ; mais il est tellement occupé par Monseigneur d'Autun, qui est ici pour travailler à la conversion des hérétiques, qu'il n'a point de temps ni de loisir pour travailler à cette œuvre que l'adorable Cœur de notre divin Maître désire avec tant d'ardeur. Vous ne sauriez croire, ma très aimée Mère, combien ce retardement m'afflige et me fait souffrir de douleur, parce qu'il faut que je vous avoue confidemment que je crois que c'est la cause qu'il se convertit si peu d'infidèles en cette ville ; car il me semble entendre continuellement ces paroles : « Que si ce bon Père s'était acquitté premièrement de ce qu'il avait promis au sacré Cœur de Jésus, il aurait changé et converti les cœurs de ces infidèles, par le plaisir qu'il aurait de se voir honoré dans cette image qu'il désire ; mais puisqu'on préfère d'autres choses, quoique à sa gloire, à celle de lui donner ce contentement, qu'il endurcira le cœur de ces infidèles, et que leurs travaux seront sans beaucoup de fruits 2. »

1. Nos anciens manuscrits ne donnent pas cette lettre. Nous La reproduisons d'après les éditions A et B qui l'ont sans doute empruntée aux manuscrits perdus de Dijon.

2. A l'époque delà révocation de l'édit de Nantes il y avait encore une trentaine de familles protestantes à Paray. Mgr Gabriel de Roquette, évêque d'Autun, confia l'œuvre de leur conversion aux RR. PP. Jésuites. <( Le P. Recteur nommé Girardin se chargea de

Voilà, ma chère Mère, ce qui me tourmente plus que je ne vous peux exprimer, et c'est une peine qu'il faut souffrir sans y pouvoir apporter de remède, ne la pouvant faire savoir à celui qui en pourrait mettre. J'espère pourtant que la chose se fera au plus tôt ; c'est-à-dire, quand ce bon Père sera un peu débarrassé ; et nous vous en enverrons autant que vous en souhaitez.

En vérité, ce m est une grande consolation de vous voir si prompte à faire ce que vous croyez que le sacré Cœur désire de vous ; car, je vous l'avais proposé sans penser que vous voulussiez y donner aucune créance, à cause de mon indignité qui ne vous est pas inconnue. Mais quel bonheur pour vous d'avoir donné les deux louis d'or, lesquels nous avons reçus, et que la très honorée Mère gardera jusqu'à ce que la chose soit faite ; car il me semble pouvoir vous assurer, comme je me sens pressée de le faire, que jamais argent n'a été mieux récompensé qu'il le sera à votre égard. Et je pense que vous avez donné plus de plaisir à ce sacré Cœur, par cette libéralité qui s'adresse directement à Lui, que vous n'avez fait en tout ce que vous avez pu faire en toute votre vie. Enfin, ma chère Mère, nous serions bienheureuses de pouvoir donner nos vies pour procurer la gloire de cet aimable Cœur. C'est en lui que je suis toute vôtre.

S1' Marguerite-Marie d. 1. V. S. -M.

D'abord que la planche de cette sainte image sera faite, vous en aurez les premières nouvelles. Ce sera le plus tôt que nous pourrons, car je n'aurai point de repos que cela ne soit fait.

les visiter fréquemment, de les catéchiser en particulier ou en public » \Gabriel de Roquette, évêque d'Autun, par J. -Henri Pignot, t. II, p. 149). D'après les catalogues de la Compagnie de Jésus le P. Dominique Girardin fut supérieur de la maison de Paray de 1699

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