‹ Vie et œuvres (volume 2)Chapitre 90 sur 284 · LETTRE XLVIII · texte numérisé non relu

LETTRE XLVIII

A SES NOVICES (L'autographe est à la Visitation de Paray. [Vers la fête de l'Invention de la sainte Croix, 1686.]

Vive -{- Jésus !

Mes très chères et bien-aimées sœurs dans le sacré Cœur de Notre-Seigneur Jésus-Christ,

Je ne vous peux exprimer la douleur que je sens, du mauvais usage que nous faisons d'une si précieuse occasion pour lui donner des preuves de notre amour et fidélité -. C'est lui-même quia permis l'invention de cette croix, pour nous préparer à sa fête ; et, au lieu de l'embrasser amoureusement, nous ne cherchons qu'à la secouer, et nous en défaire. Et n'en pouvant venir à bout, nous y commettons

à 1701. Il mourut en 1703. Ce n'est donc pas de lui qu'il s'agit dans la présente lettre. Au mois d'avril 1686, voici quelle était la composition de la maison des PP. Jésuites de Paray : le P. Philippe de Langeron, supérieur et prédicateur pour la ville; le P. Alexandre Chevalier, préfet des études et de la Congrégation des artisans; le P. Benoit Berlhier, professeur de la lre classe de grammaire; le P. Ignace-François Rolin, préfet de la Congrégation des nobles, et le P. J.-Bte Bonnot, prof, de la 2e et 3e classe de grammaire (Listes données parle R. P. Charrier, Histoire du V. P. de La Co/omhière).

1. A et B avaient placé cette lettre dans les Avis de la Bienheureuse aux sœurs du noviciat. Nous avons cru qu'il était préférable de la classer à sa date, dans la Correspondance de la Servante de Dieu. L'autographe appartenait au Vénérable M. Mariller, ancien curé de Paray et père spirituel de la Visitation. Il le donna au monastère avant sa mort, survenue à l'Hôpital de Paray, le 3 août 1880. Il avait rempli le rôle de notaire apostolique, en 18IL3, dans la procédure sur les miracles opérés par la Bienheureuse.

2. Les novices de Marguerite-Marie avaient pris très vivement fait et cause pour leur maîtresse, dans la persécution qui lui fut suscitée à l'occasion du renvoi de la postulante Cliamron.

mille offenses qui remplissent ce divin Cœur de douleur et d'amertume contre nous. D'où vient cela, sinon du trop d'amour que nous avons pour nous-mêmes, qui nous fait craindre de perdre notre réputation, et la bonne estime que nous désirons que les créatures aient de nous ? ce qui nous fait chercher à nous justifier, en nous croyant toujours innocentes, et les autres coupables ; pensant toujours avoir raison, et les autres, tout le tort. Mais croyez-moi, mes chères sœurs, les âmes humbles sont bien éloignées de ces pensées, se croyant toujours plus coupables qu'on ne le fait paraître en les accusant.

Mon Dieu ! mes chères sœurs, si nous savions ce que nous perdons en ne profitant pas des occasions de souffrance, nous serions bien plus attentives à ne pas perdre un moment de souffrir. Et il ne nous faut pas flatter : si nous ne profitons mieux des occasions de peine, humiliations et contradictions, nous perdrons les bonnes grâces du sacré Cœur de Jésus-Christ, qui veut que nous aimions et tenions pour nos meilleurs amis et bienfaiteurs tous ceux [qui] nous font souffrir, ou nous en fournissent l'occasion. Ayons donc un grand regret d'avoir donné ce déplaisir au sacré Cœur de Jésus-Christ, en ruinant les desseins qu'il a sur nous.

Et pour lui en demander pardon, vous ferez toutes ensemble, mardi prochain, un Ave Maris Stella de discipline, laquelle l'une continuera jusqu'à la fête du sacré Cœur, c'est-à-dire que, tour à tour, il y en aura toujours une qui la fera. De plus, vous porterez la ceinture trois heures chacune, pour honorer les extrêmes douleurs de Jésus sur la Croix ; et il y en aura tous les jours une qui dira un Miserere, prosternée devant son crucifix, et qui entendra une messe : le tout, pour demander miséricorde à Dieu par les mérites du sacré Cœur de Notre-Seigneur Jésus-Christ. De plus, vous vous abstiendrez de parler

de ne vous en faisant aucun rapport les unes aux

autres. Vous reprendrez les premières pratiques ; et celle

art

qui aura le plus d'amour en fera la plus. Vous ne ferez aucune faute avec vue. Et, entre toutes vous, vous direz neuf offices des morts, aux âmes du purgatoire, afin qu'elles nous obtiennent la grâce de bien rentrer dans l'amitié du sacré Cœur, et de pouvoir établir sa dévotion dans cette Communauté. Et pour cette même intention, vous direz tous les jours Y Ave Maria filia Dei Patris et trois Sanctus Deus, et pour demander l'esprit d'union et de charité les unes pour les autres.

Mais au [nom] du sacré Cœur de mon Seigneur Jésus- Christ, plus tant de réflexions ni d'excuses d'amour-propre. Gardons soigneusement le silence, surtout dans les occasions de mortification. Soyons charitables et humbles en nos pensées et paroles ; et je crois que si vous vous rendez fidèles à tout ceci, l'adorable Cœur de Jésus vous sera plus libéral de ses grâces qu'il n'a jamais été, et vous aimera tendrement.

Mais si, au contraire, vous y manquez, je le prierai moimême de s'en venger ; et vous n'aurez plus nulle part en mon cœur, qui ne vous peut aimer qu'autant qu'il peut connaître que vous êtes aimées de celui de Jésus-Christ, dans lequel j'espère vous aimer éternellement, comme ses chers enfants. Si je ne vous aimais pas autant que je le fais, je ne sentirais pas tant de douleur de vos fautes, qui blessent si sensiblement ce sacré Cœur ; c'est ce qui me désole ; ayant si à cœur votre perfection qu'il n'y a rien que je ne voulusse faire et souffrir, ôté le péché, pour votre avancement au saint amour.

A Dieu, mais tout à Dieu, mes bons enfants ; portez la Croix joyeusement et courageusement, car autrement vous en rendrez compte très rigoureusement.

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