LETTRE LI
A LA MÈRE LOUISE-HENRIETTE DE SOUDEILLES, A MOULINA (L'autographe est au monastère de Nevers.)
Vive -j- Jésus !
De notre monastère de Paray, ce 4e juillet 1686.
Je prie le sacré Cœur de notre adorable Sauveur de vouloir unir si étroitement les nôtres, par les liens de son pur amour, qu'ils n'en puissent jamais être séparés un seul moment, vous assurant, ma très aimée Mère, qu'il m'a donné tant d'estime et d'amitié pour Votre Charité, qu'il me semble que vous me faites une grosse injure lorsque vous m'en témoignez quelque doute, par la pensée que vous avez que je vous oublie. Mais comme le pourrai-je faire? puisque vous êtes si chère à l'aimable Cœur de Jésus, que vous l'aimez et voulez être toute à lui, pour lui rendre et procurer tout l'honneur, l'amour et la gloire qui sera en votre pouvoir. C'est là ce que je pense qu'il désire le plus de vous, pour ensuite vous faire sentir avec abondance les. i-lfets de ses libéralités.
Je ne sais, ma chère Mère, si vous comprendrez ce que c'est de la dévotion au sacré Cœur de Notre-[Seigneur] Jésus-Christ, que je vous parle, laquelle fait un grand fruit et changement en tous ceux qui s'y consacrent et adonnent avec ferveur, dont je souhaite ardemment que votre communauté soit de ce nombre. Je ne sais si vous ne désagréerez point mon désir et ma trop grande liberté, mais c'est l'affection de mon chétif cœur qui m'en fait user ainsi avec un dont il se (latte d'être aimé ; et bien plus, j'aurais encore pris la confiance de vous envoyer une petite image de ce sacré Cœur pour porter sur le vôtre. Nous avons trouvé
cette dévotion dans le livre de la Retraite du R. Père La Colombière, que l'on vénère comme un saint. Je ne sais si vous en avez connaissance, et si vous avez le livre dont je vous parle, car je me ferais un grand plaisir de vous le taire avoir. C'est pourquoi obligez-moi, mon intime Mère, de me dire simplement votre pensée sans façon ni compliment, afin que je fasse le même, et vous parler à cœur ouvert de la dévotion et de l'amour de ce divin Cœur, qui est tout ce que je prétends et désire pour moi et pour celles qui me font l'honneur de m'aimer. C'est en lui que je suis toute à vous avec respect.
Ma toute chère et bien-aimée Mère, je vous demande le secours de vos saintes prières afin que Notre-Seigneur me convertisse et ne m'abandonne pas à moi-même, comme je l'y oblige par une vie criminelle et remplie de péchés. Et toute méchante que je la suis, je ne vous oublierai pas en sa sainte présence, car l'on n'oublie pas ce que l'on aime.
Votre très humble et obéissante fille et Servante en Notre- Seigneur.
S1* Marguerite-Marie, de la Visitation Sainte-Marie.
La suscription porte : « Pour la très honorée Mère de Moulins. »