‹ Vie et œuvres (volume 2)Chapitre 94 sur 284 · LETTRE LU · texte numérisé non relu

LETTRE LU

Vive y Jésus!

20 juillet 1686.

C'est avec une extrême douleur, ma très chère Mère, que je souffre le retardement de ce que je crois être le désir

1. Cette lettre n'existe pas dans nos vieux manuscrits. Nous la •donnons d'après A et B.

du sacré Cœur de notre bon Maître ; mais je ne vois point d'apparence pour cette année, car, alors que nous croyions la chose presque faite, on a mandé à ce bon Père que cela ne se pouvait, pour je ne sais quels obstacles qu'il me serait difficile de vous exprimer. Il est dans un si grand chagrin qu'il n'osait plus me venir voir. Et après avoir demeuré fort long-temps, il me vit hier, veille de Sainte-Marguerite, et il me témoigna sa peine ; et il me dit que si nous voulions attendre l'année prochaine, il la ferait faire lui-même en la manière que je lui avais témoigné le désirer ; mais comme il m'a ajouté qu'on l'avait destiné pour aller à Aix et qu'il la ferait mieux faire là qu'ailleurs, je ne sais que lui répondre là-dessus, et je vous prie de m'en dire franchement votre pensée, puisque c'est votre affaire et votre intérêt. Et je dois m'en tenir à ce que vous souhaiterez; c'està-dire que, si vous aimez mieux que nous laissions la chose sans accomplissement, et nous vous renverrons l'argent, plutôt que de le hasarder si loin.

Quoi qu'il en soit, je crois que le sacré Cœur récompensera bien votre bonne volonté et le premier désir que vous avez eu de vouloir accomplir la sienne ; mais je vous avoue de bonne foi que je crois qu'il n'en faut accuser que moi ; car mes péchés me rendent indigne de tout bien. Pour peu que je me mêle d'une chose, c'est assez pour y faire fourmiller des obstacles, suivant la menace de Satan, qu'il en ferait naître en tout ce que j'entreprendrais, et tâcherait de me nuire partout. Mais tout cela ne m'abat point le courage ; car plus je vois de difficultés, plus il se fortifie à poursuivre, dans la pensée que Dieu en sera plus glorifié, car ses œuvres ne s'accomplissent que parmi les contradictions.

Et pour vous dire un petit mot de ma disposition, jamais son amoureuse bonté ne m'a gratifiée de tant de croix, composées de toutes les manières. Car, en vérité, ma bonne Mère, si je vous les pouvais exprimer, vous connaî-

triez le grand besoin que j'ai du secours de vos saintes prières, lesquelles je vous demande de tout mon cœur, afin qu'il ne m'abandonne pas au pouvoir de mes ennemis, comme je l'y contrains sans cesse par mes péchés, ne voyant rien en moi qui ne soit capable d'attirer son courroux, bien que sa miséricorde me fasse sentir une paix inaltérable ; ne se lassant pas de l'exercer à départir abondamment ses grâces sur un sujet si pauvre et misérable ; aidez-moi à l'en remercier, car je suis impuissante à tout bien.

Il est vrai, ma chère Mère, que je me sens toujours un grand désir de l'aimer ; mais je vois bien que je ne le fais pas parce que je m'aime trop moi-même. Je suis pourtant résolue à tout perdre pour acquérir cet amour; son sacré Cœur me presse incessamment pour cela, et m'attache souvent à la Croix, dénuée de tout. Je me fais bien du plaisir de vous ouvrir un peu mon cœur, qui vous honore et vous aime toujours très sincèrement et tendrement dans Celui de Notre-Seigneur Jésus-Christ, devant lequel nous ne vous oublions pas, nos chères sœurs novices et nous, non plus que les intentions pour lesquelles vous désirez que nous prions. Si j'étais bonne, vous en sentiriez les effets, puisqu'il n'y a personne qui soit avec plus de respect et d'affection que je la suis, toute à vous dans l'amour divin.

S1' Margueritl-Marie d. 1. V. S. -M.

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