LES SOEURS DE VICHY-GHAMRON
Les de Vichy-Ghamron étaient d'illustre naissance, possédaient de grands biens et comptaient les plus nobles alliances dans cette province.
Pendant près d'un siècle, il y eut toujours, à la Visitation de Paray, quel(|ues membres des maisons de Vichy- Ghamron et d'Amanzé — qui n'en faisaient qu'une — et avaient aussi des liens de parenté avec les de Lévy de Ghâteaumorand et les d'Athose.
Sœur Françoise-Marie d'Amanzé, qui reçut le saint habit en i6o3, ne mourut que le 11 mars 1700. Ses deux sœurs, Marie-Iacinthe et Anne-Magdeleine d'Amanzé, ne connurent pas la Bienheureuse, la première étant morte en
1 . Une prétendante de cette famille fut la cause d'une vraie persécution contre la Bienheureuse. C'est à ce titre que nous donnons cette notice.
1664 et la seconde en 1667. Mais, leur mère, la comtesse d'Amanzé, devenue veuve, se retira au monastère, du temps où y vivait la Servante de Dieu. Cette noble dame j passa sept ans, dans la pratique de toutes les vertus, et j rendit le dernier soupir le 4 décembre 1684, après avoir prononcé les saints vœux. Elle fut inhumée, avec l'habit religieux, dans un caveau de notre sépulture.
Vers 1686, une de ses petites-fîUes, Mademoiselle de Ghamron, précédemment élevée « au petit habit », entra au noviciat, « parce que Messieurs ses parents souhaitaient qu'elle s'engageât céans ». Le motif, il faut en convenir, n'était pas des plus surnaturels. Or, la vénérable Sœur Alacoque était alors Maîtresse des novices. A la kimière de Dieu, elle discerna bientôt que cette âme n'était point appelée de Lui à se sanctifier dans l'Ordre de la Visitation, et elle fît tout ce qui était de son devoir pour que, dans de telles conditions, la prétendante ne poursuivît pas son essai. On n'ignore pas quelle tempête se déchaîna alors contre l'humble Directrice, ni tout ce qu'elle eut à souffrir à cette occasion. Les dépositions de la Mère de La Garde et de la sœur du Chailloux donnent, tout spécialement à ce sujet, des détails très circonstanciés i. Ce ne fut donc pas seulement le monde qui blâma la Maîtresse des novices et lui imputa comme un crime la sortie de cette « demoiselle de qualité ». Mais, dans la Communauté même, où la jeune fille avait des parentes^ on prit parti pour elle contre la sainte, qui siibit silencieusement les conséquences de cette persécution et s'en avança d'autant au chemin royal de l'humilité.
Le cardinal de Bouillon, grand ami delà famille de Vichy- Chamron était, sans doute, ce « prince de la terre » devant lequel on avait menacé la Bienheureuse de la faire alors « comparaître, comme un jouet de moquerie ».
1. Cf. t. I, pp. 546 et 518 ; et Contemporaines, n° 246, t. II, Aiiiohiographie, n" 96.
Cependant, tout finit par s'apaiser au dedans, grAce à [intervention pleine de délicatesse d'une des sœurs de la prétendante sans vocation. Cette aimable enfant, alors sœur du petit habit, demanda elle-même la sortie de sa sœur u à Messieurs ses proches, s'exposant à mille petits chagrins pour faire plaisir à la Communauté ». Mademoiselle de Chamron quitta donc notre Monastère et rentra dans sa famille. Toutefois, si la Bienheureuse l'avait reconnue inapte à jirendre l'esprit de la Visitation, elle ne l'avait point, pour cela, jug-ée incapable d'embrasser la vie religieuse. Et de fait, dans la suite. Mademoiselle de Chamron iitra à l'Abbaye de Sainte-Colombe-lès- Vienne, où elle fut • très sainte religieuse ». Ses rapports avec la Visitation de Paray restèrent toujours excellents. Elle y compta bientôt trois sœurs parmi les professes. Sœur Marie- Joseph et sœur Magdeleine- Victoire de Vichy-Chamron prirent le saint habit ensemble, le 19 octobre 1687, des 'mains de Son Altesse Eminentissime le Cardinal de Bouillon. Leur profession eut lieu le 30 octobre 1688. Sœur Françoise- Eléonore, leur cadette, les suivit de près. La vêture date du 1" mai 1689 et sa profession du 18 juin 1690^. Au noviciat, elle eut le bonheur de recevoir de temps en temps les enseignements de notre Vénérable Sœur Alacoque, qui suppléait quelquefois la directrice, notre sœur de Lévy-Châteaumorand. La Bienheureuse goûtait beaucoup la douceur et simplicité de sœur Françoise-Eléonore, lui écrivant des billets, que celle-ci a « conservés avec beaucoup de soin, pour la perfection de son âme ».
Sœur Marie- Joseph mourut le 28 février 1700, à l'âge de 28 ans. Elle avait demandé de faire son purgatoire en ce monde et mena, en effet, une vie toute crucifiée.
Sœur Françoise-l'^léonore se plaisait dans l'humilité,
I. Au Rnf/islre ordonné par la loi, l'acte de prise d'habit de sœur I rançoiscî-KIéonorecsL écrit de la main do la Bienheureuse, qui était lors assistante.
bien qu'elle fût douée de réels talents, chantant à ravir et ayant une merveilleuse adresse des doigts : « Quoiquil m en coûte, je veux être à Dieu sans réserve, disait-elle. C'est pour une éternité que je travaille ! » Elle s'endormit dans le Seigneur le 21 novembre 1726, à l'âge de 52 ans. Sœur Magdeleine- Victoire, véritable conquête de la grâce et de l'amour divin, fournit une longue carrière, au cours de laquelle il lui fallut toujours lutter, afin de rester victorieuse. Elle devint une amante du Cœur de Jésus. Un détail touchant le prouve. Lorsqu'en 1733, mourut la sœur de Farges, qui, depuis la mort de la Bienheureuse gardait la première image du sacré Cœur honorée au noviciat, sœur Magdeleine- Victoire pria la Mère Marie-Nicole de la Faige des Glaines, alors supérieure, de lui permettre d'hériter de ce trésor. Elle le conserva précieusement jusqu'à son dernier jour, arrivé le 9 août 1737.