‹ Vie et œuvresChapitre 19 sur 265 · C. GoDïN, prêtre · texte numérisé non relu

C. GoDïN, prêtre

L'abbé Languet,

J. GODIN

M*"® Guillaume Billet, docteur en médecine, lequel interrogé de ses âges, qualités, noms, surnoms et demeure, après le serment prêté de dire vérité, a dit s'appeler Guillaume Billet, docteur en médecine, de la Faculté de Montpellier,

âgé de soixante et dix-neuf ans, demeurant en sa maison audit Paray et n'être ni avoir été parent ni allié, serviteur ni domestique soit de la ^'éné^able Sœur Marguerite-Marie Alacoque, soit de la sœur Claude- Angélique Desmoulins. Lecture à lui faite de la supplication des dames religieuses dudit Paray, a dit qu'en sa qualité de médecin il fut appelé au mois de novembre dernier — ne se souvient du jour — pour voir ladite sœur Claude-Angélique ; qu'il la trouva dans 8on lit, atteinte d'une colique qui la tourmentait si fort qu'elle jetait les hauts cris à tous moments. Les remèdes réitérés pendant quelques jours la soulagèrent jusqu'au >^ur venant d'une maladie, appelée hémiplégie du côté droit, ivec une convulsion des tendons fléchisseurs des mains et des pieds, de manière que la figure en était fort changée et qu'on ne pouvait réduire dans l'état naturel, tant était forte la contraction, nonobstant les efforts qu'il employa pour les réduire à leur état naturel. Il tâcha pour la guérir de son hémiplégie de lui faire tous les remèdes convenables à son indisposition, mais ce fut sans effet. Et comme la saison se trouva fâcheuse, étant en hiver, il cessa de faire faire aucuns remèdes jusqu'au printemps. La voyant souvent dans ledit monastère, il examinait toutes les fois de son entrée si les parties ne reprenaient pas leurs sentiments et mouvements, ce qu'il trouvait ne point revenir. Se ressouvient ledit déposant, qu'environ quatre ou cinq jours avant la guérison, il avait encore reconnu la continuation de la même hémiplégie. Se souvient encore ledit déposant qu'environ le mois de février suivant, qui est celui de la présente année — ne peut dire précisément le jour — il fut appelé par la Mère supérieure dudit monastère et qu'étant entré dans la maison, il fut surpris de voir ladite sœur Claude- Angélique venir à lui, marchant librement sans bâton et sans appui, tît s'aidant aussi librement de son bras autrefois paralytique. Qu'il apprit alors, soit par la mère supérieure, soit par les infirmières, que cette guérison si subite était arrivée un peu

après que ladite sœur avait mis une chemise qui avait touché au cercueil où reposent les ossements de ladite Vénérable Sœur Marg-uerite-Marie ; qu'il se laissait aisément persuader ainsi qu'il l'est encore et qu'il est prêt de l'attester et l'atteste en effet que c'était un miracle accordé à l'intercession de ladite vénérable défunte, ayant connu sa piété et l'estime générale que l'on avait pour elle pendant son vivant, l'ayant vue plusieurs fois dans la maison comme médecin ordinaire, soit dans ses maladies, soit autrement, et ayant toujours remarqué en elle tous les caractères d'une profonde piété. Que cependant, pour n'être pas surpris par un miracle qui n'en aurait que l'apparence, il s'informa soigneusement, soit de ladite sœur Claude-Angélique, soit de ses infirmières et autres sœurs, si quelques passions de l'âme violentes n'avaient pas précédé ladite guérison, comme colère, crainte, joie ou emportements, les observations médicinales enseignant que, quelquefois, les passions violentes opèrent des pareils changements subits ; mais qu'il fut assuré qu'il ne sétait rien passé de semblable par les témoignages desdites sœurs. Ne doute point ledit déposant que ce ne soit un véritable miracle, quoique naturellement il eût de la répugnance à en croire aisément, persuadé que Dieu accorde rarement ces grâces extraordinaires. Lecture faite à lui de sa déposition, a dit qu'elle contient ' vérité, il y a persisté et a signé avec nous et notre secrétaire. Ainsi signé :

Billet, L'abbé Languet,

J. GODIN

Du même jour, neuvième août, de relevée, sœur Marie- Christine de Morande, religieuse dudit monastère, interro- , gée de ses noms, surnoms, âge, qualités et demeure, après . avoir prêté serment de dire vérité, a dit s'appeler Marie- Christine de Morande, religieuse du monastère de la Visita- j

tion Sainte-Marie de Paray, y demeurant, à^ée de vingtcinq ans et n'être ni avoir été parente ni alliée, servante n^ domesticjue soit de ladite Vénérable Sœur Marguerite- Marie Alacoque, soit de la sœur Claude-Angélique Desmoulins. Lecture à elle faite de la demande des dames reli-

I gieuses dudit monastère, a dit qu'en sa qualité d'infirmière dudit monastère, elle avait été obligée de prendre un soin particulier de ladite sœur Claude-Angélique pendant tout le temps de sa maladie ; que ladite sœur fut amenée à l'infirmerie au mois de novembre dernier, à ce qu'elle croit, le dix-huit, à l'occasion d'une colique violente qui l'avait saisie et qu'au bout de quelques jours sa maladie se tourna en convulsions violentes ; que ladite sœur souffrait par tout le

I corps, en sorte que plusieurs personnes avaient peine à la tenir; que l'humeur s'étant jetée sur le côté droit, y forma

\ une paralysie si absolue que tout ce côté était insensible, ce que ladite déposante éprouva elle-même et vit éprouver en sa présence, enfonçant des épingles dans la chair que la

[ malade ne paraissait pas sentir ; qu'au bout de quelques

' jours les doigts de la main et du pied se retirèrent en sorte qu'on ne pouvait les déplacer de la situation qu'ils avaient pris. Que les doigts de la main étaient si courbés contre la paume de la main que, dans la crainte que les ongles n'entrassent dans la main, on glissait des rouleaux pour les empêcher du toucher, ce qu'on ne pouvait faire sans efîort. V remarqué ladite déposante que, pendant tout le temps qu'a duré la maladie de ladite sœur, qui a été de trois mois, les ongles de la main percluse n'ont point cru pendant tout

1 ledit temps. Ladite sœur a toujours été dans son lit, hors

' les moments qu'il fallait l'en tirer pour le faire ; qu'alors ladite infirme ne pouvait rester ni debout ni assise, quelque appui qu'elle eût, à cause d'un tremblement violent que souffraient les membres perclus, que même huit jours avant

^; la guérison, elle n'était pas sortie du lit qu'on ne pouvait raccommoder qu'en la glissant sur un autre ; que pendant

tous ces trois mois, ladite déposante, rendant assidûment ses services à ladite sœur, elle a été témoin elle-même de tout ce que dessus, comme aussi de tous les remèdes qu'on lui a fait par ordre des médecins, lesquels n'ont épargné ni saignée, ni émé tique, ni friction, ni fomentations, avec si peu de succès qu'aucun ne parut lui donner aucun soulagement et que le sieur Billet disait que les bains pouvaient attirer l'humeur sur la poitrine. Ajoute ladite déposante qu'il y avait environ un mois, lors de sa guérison, que l'on avait cessé de faire aucun remède à ladite malade. Sait ladite déposante que le dix-sept février de la présente année, la sœur Péronne-Rosalie de Farges proposa à ladite malade de faire une neuvaine à ladite Vénérable Sœur, ce que ladite infirme accepta, marquant cependant n'y avoir pas beaucoup de confiance, que le soir dudit jour ladite sœur Péronne-Rosalie apporta des reliques de ladite Vénérable Sœur qu'elle attacha à la jambe de la malade en présence d'elle déposante. Qu'elle avait apporté aussi une chemise qu'elle avait fait toucher au cercueil de la Vénérable Sœur Marguerite-Marie, mais que ladite infirmière ne se souciait pas de la mettre. Ladite déposante remarqua le même jour, à une heure, qu'étant sortie de l'infirmerie^ elle y retournait pour donner ses soins à ladite sœur Claude- Angélique, elle la trouva qui voulait sortir du lit, ce qu'elle ne put faire à cause des convulsions qui la saisirent dans la jambe droite, laquelle déposante passa la nuit dans l'infirmerie sans qu'il se passât rien de nouveau. Le matin du lendemain, s'étant levée, ladite infirme lui demanda la chemise apportée la veille, à quoi ladite déposante répondit d'où venait cet empressement puisque la veille elle ne s'en souciait pas ; à quoi la malade répondit que toute la nuit elle avait été inspirée de la prendre et qu'elle croyait qu'elle guérirait. Elle déposante n'ayant pas de foi au miracle que ladite malade paraissait espérer, dit qu'elle avait d'autres malades à servir, sur quoi la sœur Marie-

Virg^inie de Marlinières étant entrée, elle se chart^ea de la satisfaire et lui donna etîectivement ladite chemise. Ladite déposante étant sortie pour aller à l'oraison revint au bout de demi-heure et demanda à la malade, comme en se moquant, si elle était guérie. Elle lui répondit qu'elle l'était, lui montrant son bras et sa main, dont elle se servait librement, ce que ladite déposante ne pouvant croire, ladite malade se jeta à moitié hors de son lit pour se lever. Aussitôt ladite déposante, effrayée de ce qu'elle voyait, s'enfuit

I et courut à la chambre de la Mère supérieure ; qu'ensuite étant revenue avec elle, elle trouva la malade assise sur son lit, laquelle s'habilla d'elle-même et étant levée marcha librement dans la chambre sans appui ; ensuite descendit

I au chœur pour remercier Dieu. Remarqua ladite déposante que ladite infirme s'habillant, trouva sa jambe droite qui avait encore un peu de faiblesse, mais comme on lui avait apporté un bas qu'on avait fait toucher au susdit cercueil, elle se sentit soulagée, en sorte qu'elle marchait librement et sans appui dans la chambre, seulement elle avait besoin dappui lorsqu'elle descendait l'escalier, parce qu'il était resté de la faiblesse et un peu de tremblement dans la jambe droite; qu'elle fut encore témoin, ladite sœur Glaude-Angé-

I lique étant demeurée à l'infirmerie, que ladite faiblesse et tremblement se passa entièrement lorsqu'on eut commencé des messes que l'infirme désira que l'on dît à son intention

t à l'honneur du sacré Cœur de Jésus-Christ. Que depuis ce jour jusqu'à présent, ladite sœur ne lui a paru avoir

I aucune infirmité, l'ayant vu toujours marcher librement,

» lever des choses pesantes avec sa main droite, courir même et sauter pour faire voir que la guérison était entière. Ne doute point ladite déposante que cette guérison ne soit un miracle des plus évidents et des plus incontestables, ayant été témoin oculaire de tout ce qui s'est passé. Ajoute ladite déposante qu'elle ne remarqua dans ladite sœur Claude- Angélique aucun accident ni remèdes, ni sueurs ni mouve-

ments de passions violentes dans le temps qui précéda sa g-uérison. Lecture à elle faite de sa déposition, y a persistéet dit qu'elle contient vérité et a signé avec nous et notre secrétaire. Ainsi signé :

Sœur Marie-Christine de Moraxde, L'abbé Languet,

GODIN

Du même jour, neuvième août, de relevée, sœur Marie- Virginie de Martinières, religieuse dudit monastère, interrogée de ses noms, surnoms, âge, qualités et demeure, après serment par elle prêté de dire vérité a dit s'appeler Marie- Virginie de Martinières, religieuse du monastère de la Visitation S^®-Marie de Paray, y demeurant, âgée de vingt-huit ans et n'être ni avoir été parente ni alliée, servante ni domestique soit de ladite Vénérable Sœur Marie Alacoque, soit de ladite sœur Claude-Angélique Desmoulins. Lecture à elle faite de la demande des dames religieusesdudit monastère, a dit qu'au mois de novembre dernier,, elle déposante, étant alors infirmière audit monastère, ainsi qu'elle l'a toujours été depuis ce temps-là jusqu'à présent, étant entrée dans la chambre de l'infirmerie, à ce qu'elle croit le dix-sept dudit mois, elle y trouva la sœur Claude-Angélique Desmoulins qui, couchée sur un lit, jetait les hauts cris d'une colique violente qu'elle souffrait ; que ladite colique dura quelques jours, après lesquels survint une paralysie du côté droit, qui était telle que ladite sœur ne pouvait remuer ni son bras ni sa jambe, lesquels, membres étaient roides et insensibles, que les doigts de la main se replièrent dans la paume de la main et le pied se plia pour ainsi dire, les doigts se rapprochant vers le talon. Qu'ayant, pendant trois mois que dura la maladie, rendu assidûment ses services à ladite sœur en sa qualité d'infirmière, elle remarqua que ladite maladie et paralysie ne recevait point de diminution ; que pendant ledit temps on

CAISE DE BÉATIFICATION ET DE CANONISATION Tîi

fut oblii^é de la laisser dans son lit, parce qu'elle ne pouvait souiFrir d'autre situation qu'il ne lui prît des tremblements de convulsions ([ui la faisaient beaucoup souffrir. Que même dans les dernières semaines qui précédèrent sa ^uérison, on faisait son lit plus rarement et alors on la glissait sur un autre lit, ce qu'on ne faisait qu'avec peine, et toutesles fois qu'on le faisait, les tremblements de convulsions redoublaient et a vu plusieurs fois ladite déposante les^ médecins visiter ladite infirme et lui ordonner toutes sortes de remèdes, lesquels au lieu d'avoir un bon effet paraissaient irriter le mal. Qu'entre autres, ayant fait baigner les membres perclus dans des eaux aromatiques et autres ils paraissaient en devenir plus roides, ce qui fit que les médecins cessèrent de faire aucun remède, environ, à ce qu'elle croit, un mois avant la g-uérison, que le jour dix-huit de février étant allée à l'infirmerie pour y rendre h son accoutumée ses services aux malades, ladite sœur Claude- Angélique l'appela avec empressement pour lui donner une chemise qu'elle dit, à elle déposante, avoir touché au cercueil de la Vénérable Sœur Marguerite-Marie Alacoque, lui disant qu'elle croyait guérir par son intercession ; sur quoi ladite malade lui raconta qu'elle avait songé la nuit qu'elle était guérie en mettant cette chemise, ce qui étonna ladite déposante, qui savait que ladite infirme n'y avait pas eu grande foi jusqu'alors. Là-dessus, ladite infirme lui ayant demandé avec empressement cette chemise sans lui laisser le temps de la chaufï'er, elle déposante, la lui donna et eut beaucoup de peine soit à lui ôter celle qu'elle avait auparavant, soit à lui mettre celle qu'elle lui donnait. Remarqua alors ladite déposante que le corps de ladite malade, son bras et sa jambe étaient perclus et roides à l'ordinaire ; ensuite de quoi, à la prière de ladite malade, elle lui rattacha des reliques de ladite Vénérable Sœur et les arrêta sur son pied perclus. Ladite déposante étant allée alors à l'oraison y resta jusqu'à Primes^ pendant lesquelles

elle entendit du bruit et du murmure et vit avec étonnement ladite sœur Claude-Angélique qui entra au chœur, accompagnée de la Mère supérieure, de la sœur Marie-Christine de Morande et de la sœur Madeleine-Elisabeth Basset ; qu'alors ladite Mère supérieure dit tout haut dans le chœur, où les sœurs étaient assemblées, les primes finissant : « Mes sœurs, voilà ma sœur Claude- Angélique, qui a été « guérie par l'intercession de la Vénérable Sœur Marguerite- « Marie Ala coque. » Remarqua ladite déposante qu'il était resté de la faiblesse au pied perclus de ladite infirme, ce qui faisait qu'elle avait peine à monter et à descendre ; que cependant elle la vit marcher dans l'infirmerie librement et sans être soutenue en sa présence et celle des sieurs Billet et Thouvant, docteurs en médecine, lesquels avouèrent que c'était un miracle incontestable que la guérison de ladite sœur Claude- Angélique. Remarqua ladite déposante que ladite sœur conserva encore de la faiblesse dans la jambe avec quelque tremblement assez léger pendant environ quinze jours, après lesquels elle se passa entièrement;^ qu'elle a ouï dire que ce fut dans le temps qu'on célébra des messes à l'intention de ladite sœur Claude-Angélique pour honorer le sacré Cœur de Jésus-Christ, selon la dévotion instituée par ladite Vénérable Sœur Alacoque. Depuis ce jour jusqu'à présent, ladite déposante n'a remarqué aucun reste de l'infirmité passée dans ladite sœur, l'ayant vue plusieurs fois remuer des choses pesantes avec sa main droite, comme des seaux d'eau, marcher, courir légèrement pour marquer que sa guérison est parfaite ; que partant elle ne peut disconvenir et assure en sa conscience que cette guérison est tout à fait miraculeuse et que ladite sœur Claude- Angélique la doit à l'intercession de la Vénérable Sœur Marguerite-Marie Alacoque. Lecture à elle faite de la déposition, a déclaré qu'elle contient vérité et y a persisté et a signé avec nous et notre secrétaire. Ainsi signé :

Sœur Marie-Virginie de Martinières, L'abbé Languet, Godin.

Maître François Thouvant, docteur en médecine, lequel interrogé de ses noms, surnoms, ag-e, qualité et demeure, après le serment prêté de dire vérité a dit s'appeler François Thouvant, docteur en médecine de la Faculté de Montpellier, Agé de vingt-huit ans, demeurant en sa maison audit Paray, et n'être ni avoir été parent, ni allié, serviteur ni domestique soit de ladite Vénérable ^Sœur Marguerite- Marie Alacoque, soit de la sœur Claude-Angélique Desmoulins. Lecture à lui faite de la supplication des dames religieuses de la Visitation dudit Paray, a dit qu'en sa qualité de médecin il fut appelé au mois de novembre dernier — ne se souvient pas du jour — environ les onze heures du soir pour donner ses soins à la sœur Claude- Angélique Desmoulins, qu'il trouva tourmentée d'une colique violente avec des agitations convulsives que causait ladite colique ; qu'étant revenu le lendemain et les jours suivants il ne put, par les remèdes qu'il donna, procurer que quelques intervalles à la douleur ; que la colique cessant, au bout de ce temps il se forma sur le côté droit de ladite sœur une hémiplégie ou paralysie imparfaite, qui la privait du mouvement du bras et de la jambe droite, mais qui ne lui ôtait pas le sentiment ; qu'au bout d'un autre intervalle, comme de trois jours, il survint des mouvements convulsifs dans le bras et la jambe, dont elle souffrait moins lorsqu'elle était dans le lit, ne prenant alors qu'un trémoussement ; mais que lorsqu'on essayait de la tirer du lit et de l'asseoir, ces mouvements devenaient si violents qu'elle en tombait en faiblesse. Que ce fut alors que l'insensibilité survint aux membres perclus et rendait la paralysie parfaite, ce que ledit déposant éprouva en pinçant ou piquant la malade pour y exciter du sentiment, à quoi il ne put réussir. Que depuis ce temps il visita assidûment ladite malade, ne passant point de semaine pendant environ deux mois qu'il ne la vit une ou plusieurs fois et qu'il ne remarqua aucun changement, sinon que les doigts de la main et du

pied perclus souffraient une convulsion violente des muscles fléchisseurs, qui rapprochaient l'extrémité des doigs jusqu'à la racine de la main et l'extrémité des articles à leur origine ; que pendant tout ce temps il lui prescrivit tous les remèdes d'usage de la médecine sans aucun succès ; que la saison devenant plus rigoureuse il jugea plus à propos de ne lui en plus faire aucun et d'attendre le printemps prochain. C'était environ un mois ou six semaines avant la guérison qu'il cessa d'en ordonner. Se souvient ledit déposant que, trois jours avant la guérison de ladite sœur, il la vit dans le même état et qu'ayant voulu essayer de la faire lever et asseoir, les mouvements convulsifs redoublèrent d'une manière si violente et si insupportable pour elle qu'on fut obligé aussitôt de la mettre dans son lit ; que le dix-huitième jour du mois de février, sur les dix heures du matin, il fut appelé par la Mère supérieure dudit monastère et qu'étant entré dans la maison il la trouva, ladite sœur Claude- Angélique, debout au milieu de l'infirmerie, au milieu de ses sœurs qui la congratulaient de sa guérison. Qu'il apprit alors, tant par ladite sœur et les autres qui l'accompagnaient, qu'elle avait été guérie le matin de ce jour fort subitement, ayant mis une chemise qu'on avait déposée sur le corps de la Vénérable Sœur ; que ne pouvant croire un événement si surprenant et craignant qu'il n'y eût quelques ruses, il examina la jambe et le bras auparavant perclus et les trouvant dans la flexibilité et la sen- "t sibilité naturelle qu'elle avait recouverte. Qu'en sa présence ladite sœur fit quelques tours de chambre librement sans aucun appui ; qu'il s'informa alors tant de ladite sœur que de la supérieure, infirmières et autres s'il ne s'était passé rien de nouveau, si on ne lui avait point donné de remèdes, s'il ne lui était point arrivé quelque accident qui eût excité en elle quelques passions violentes de colère, de joie, de crainte, ou terreur, si elle n'avait point appris quelque nouvelle de sa famille ou autres qui en eût pu exciter en elle,

CAISE DE BÉATIFICATION HT DK CANONISATION 77

et qii il fut assuré par toutes les sœurs qu'il ne s'était rien passé do semblable et qu'on ne lui avait donné aucun remède médicinal ; que fréquemment entrant, depuis ce temps-là jusc[u'à ce jour, dans le monastère pour le soulai;ement des malades, il a vu plus de vingt fois ladite sœur ("Jaude-Angélique allant et venant dans ledit monastère sans qu'il parut qu'il lui restât aucune incommodité ; que ne pouvant attribuer une guérison si prompte à une cause naturelle, il est obligé de reconnaître que c'est un elVet miraculeux de la toute-puissance de Dieu ; qu'il n'a làdessus aucun doute et qu'il peut l'attester, ainsi qu'il l'atteste en sa conscience. Lecture à lui faite de sa déposition a dit qu'elle contient vérité et y a persisté et a signé avec nous et notre secrétaire. Ainsi signé :

Thouvant, médecin;

L'abbé Languet,

GODIN

Maître Abel Gabriel de Camp, maître chirurgien, lequel interrogé de ses noms, surnoms, âge, qualités et demeure, après le serment prêté de dire vérité a dit s'appeler Abel Gabriel de Camp, maître chirurgien juré pour le rapport, âgé de cinquante-quatre ans, demeurant en sa maison audit Paray et n'être ni avoir été parent, ni allié, serviteur ni domestique soit de la Vénérable Sœur Marguerite-Marie Alacoque, soit de la sœur Claude- Angélique Desmoulins. Lecture à lui faite de la supplication des dames religieuses de la Visitation dudit Paray a dit qu'en sa qualité de Maître chirurgien, il a été appelé plusieurs fois l'hiver dernier pour visiter ladite sœur Claude-Angélique dans la maladie 'lr)nt elle était aflligée ; que même il l'a saignée dans ladite maladie — ne se souvient pas combien de fois — que dans lesdites visites il a examiné quelle était la nature et les accidents de son mal ; qu'il a reconnu que c'était une paralysie formée sur le côté droit, accompagnée d'insensibilité

du bras et du pied droit, en sorte que Tayant pincée plusieurs fois pour l'éprouver il trouva que ces parties étaient privées de sentiments et de mouvements ; qu'il remarqua que pendant un temps les doigts de la main s'étaient recourbés vers la paume et qu'ayant essayé de les ouvrir, il n'en pouvait venir à bout. Se souvient ledit déposant avoir vu ladite infirme dans le même état de paralysie huit jours ou environ avant sa guérison, qu'il lui dit alors qu'il ne croyait pas qu'il y eût de remèdes à son mal, que les eaux de Bourbon ; qu'au bout de quelques jours — ne se souvient pas dans quel mois, ni quel quantième du mois — il fut appelé par la Mère supérieure dudit monastère et que, s'y étant rendu, il trouva la Mère supérieure avec ladite sœur Claude-Angélique dans la petite infirmerie, laquelle sœur était debout, marchant en la présence dudit déposant, sans bâton ; qu'il mania la main auparavant percluse et qu'il la trouva saine, faisant tous les mouvements nécessaires ; qu'il apprit alors par les sœurs religieuses dudit monastère qu'un changement si inopiné était arrivé subitement, ayant revêtu ladite sœur d'une chemise qui avait été déposée sur le corps de ladite Vénérable Sœur Marguerite-Marie Alacoque ; que, dans le même temps, la sœur apothicairesse dudit monastère montra, à lui déposant, les eaux spiritueuses qu'elle avait préparées par son conseil pour ladite infirme et qu'elle n'avait pas employées ainsi qu'elle l'en assura. Ne doute point ledit déposant qu'une guérison si fort contraire à l'expérience et au cours ordinaire de ces sortes de maladies ne soit un vrai miracle ; qu'il n'y a que l'évidence de la vérité qui puisse le forcer de l'avouer ainsi et qu'il est d'autant plus croyable que les préjugés de la religion prétendue réformée où il a eu le malheur autrefois d'être engagé et qu'il a abjurée depuis environ trente ans, pouvaient le rendre encore moins crédule sur ces sortes de guérisons miraculeuses ; que celle-ci ne lui paraît pas pouvoir être attribuée à aucune cause naturelle, s'étant assuré

par le téinoij^nag^e des sœurs dudit monastère qu'elle n'avait été précédée d'aucunes passions violentes de l'âme, comme joie, crainte, colère ou autres, ainsi qu'il l'atteste en sa conscience. Lecture i'i lui faite de sa déposition a dit qu'elle contient vérité et y a persisté et signé avec nous et notre secrétaire. Ainsi signé :

De Camp, l'abbé Languet, Godin.

Maître Guillaume Prunier, maître chirurgien et apothicaire de la ville de Paray, lequel étant interrogé de ses noms, surnoms, âge, qualités et demeure, après le serment prêté de dire vérité a dit s'appeler Guillaume Prunier, maître chirurgien et apothicaire, âgé de trente-huit ans, demeurant en sa maison audit Paray et n'être ni avoir été parent ni allié, serviteur ni domestique soit de la Vénérable Sœur Marguerite-Marie Alacoque, soit de la sœur Claude-Angélique Desmoulins. Lecture à lui faite de la supplication des dames religieuses de la Visitation dudit Paray, a dit qu'il se souvient qu'à peu près du milieu de novembre, on vint chercher chez lui des remèdes pour ladite sœur Claude-Angélique Desmoulins, que l'on disait être attaquée d'une colique violente ; que longtemps après et ce environ un mois avant la guérison de ladite sœur, il entra dans ledit monastère, en l'absence de leur chirurgien ordinaire, qu'on l'invita étant à l'infirmerie de voir ladite sœur Claude-Angélique, qu'il trouva gisante dans son lit. Ayant voulu lui tâter le pouls du bras droit, il remarqua qu'il était perclus par une paralysie avec une contraction convulsive des doigts vers la paume de la main ; qu'on lui dit alors que la paralysie s'étendait sur tout le côté droit, ce qu'il n'examina point ; que depuis ce temps-là il apprit environ le mois de février suivant, qui est celui de la présente année, que la supérieure dudit monastère l'avait , envoyé chercher pour venir voir ladite sœur qu'on disait |; avoir été guérie miraculeusement par l'intercession de la

Vénérable Sœur Marguerite-Marie Alacoque ; qu'il ne put y ■aller, étant en campagne, qu'à son retour il apprit par le sieur Thouvant, docteur en médecine, que cette guérison ne pouvait être naturelle et que c'était un vrai miracle ; que la chose a passé pour constante dans la ville de Paray, où ladite Vénérable sœur Marguerite-Marie est en grande vénération de sainteté. C'est tout ce qu'il dit savoir. Lecture à lui faite de sa déposition, a dit qu'elle contient vérité et y a persisté et a signé avec nous et notre secrétaire. Ainsi signé :

Prunier, l'abbé Languet, Godin.

Ordonnons que les présentes soient déposées en notre secrétariat à Moulins, pour y avoir recours et qu'il en soit délivré expédition à la Mère supérieure du monastère de la Visitation S^^ Marie de Paray, pour servir à ce qu'il appartiendra. Fait audit Monastère de la Visitation au parloir de la sacristie, dans le cours de notre visite, ledit jour neuvième août, mil sept cent treize. Ainsi signé :

L'abbé Languet.

Nous soussignés certifions la présente copie conforme à l'original, déposé au greffe de notre secrétariat, à Moulins, le vingtième août mil sept cent treize.

L'abbé Languet. Perrotin, secrétaire.

'■Ml

Vive j Jksls !

HECLEIL DES MIRACLES ET DES GRACKS QUE PLUSIEURS PERSONNES ONT REÇUS PAR l'iNTERCESSION DE NOTRE VÉNÉRABLE SŒUR MARGUERITE-MARIE ALACOQUE.

Notre très honorée Mère Melin a été une des premières <|ui ont ressenti son pouvoir auprès de Dieu. Elle avait une grande faiblesse à un bras, jointe à une violente douleur, qui faisait qu'elle ne pouvait s'en aider; elle se sentit inspirée de l'invoquer et le même jour fut exaucée. Elle nous a dit en avoir reçu de très grands secours.

Une de nos sœurs domestiques ^ ayant vovilu dès le premier jour de son entrée en relig-ion, couper du bois avec une cognée, elle se blessa dangereusement à la jambe, ce qu'elle n'osa dire, crainte qu'on ne la renvoyât ; elle supporta son mal pendant trois semaines avec beaucoup de douleur, et ce qui lui augmenta fut un coup qu'elle s'y <lonna, qui lui rouvrit sa plaie, ce qui l'aiïligea extrêmement. Comme elle était prévenue d'estime pour la vertu de notre V. Sœur, qu'elle croyait une grande sainte, il lui vint en pensée que si elle pouvait l'approcher pour faire toucher sa jambe à ses habits, elle serait guérie ; ce qu'elle fît avec succès, l'ayant été dès le lendemain, qu'elle fut trouver j notre V. Sœur, lui dit ce qu'elle avait fait et la pria d'en remercier Notre-Seigneur. Elle lui promit et lui défendit <l'en parler.

1. Sœur Anne-Marie Aumônier de Chalanforges, dont la guérison date, croyons-nous, de l'année 1680.

Marguerite-Marie Alacoque. — III. G

Peu de jours après la mort de notre V. Sœur, une demoiselle de Marcig-ny reçut une grâce miraculeuse par son intercession. Ayant une douleur de tête si violente depuis long-temps qu'elle croyait d'en perdre l'esprit, elle mit sur sa tête une petite couronne de grains qu'elle avait reçue de notre V. Sœur. L'ayant appliquée sur le mal, elle dit trois Pater et Ave et autant de Gloi^ia Patri pour remercier la Sainte Trinité des g-râces qu'elle lui avait faites ; au même instant, sa douleur cessa et n'en a eu depuis aucune atteinte, quoiqu'elle ne soit morte que bien des années après.

Maître Moreau, artisan de cette ville, étant fort mal d'une hydropisie, sa femme vint prier notre sœur portière de lui donner des reliques de notre V. Sœur pour faire prendre à son mari, qui était à l'extrémité. Dès que le malade en eut pris, il fut guéri en peu de jours; ils vinrent tous les deux en notre église pour remercier Notre-Seigneur.

Maître Renaud, cardeur de laine, ayant coutume de tirer notre étaim, l'on le fît avertir pour cela. Il prit la nuit une i! douleur si violente au bras et à la main, qui lui enfla ). extrêmement. Bien qu'il vit qu'il ne pourrait travailler, il } ne laissa de venir le matin pour entrer dans la maison, , espérant de recevoir du soulagement au tombeau de notre V. Sœur. Dès qu'il fut entré, il demanda à notre sœur portière de lui donner de ses reliques pour mettre sur sa main qu'il ne pouvait remuer ; il les mit aussitôt et s'en alla entendre la messe dans notre sépulture, où il reçut l'effet de sa confiance, car il travailla le reste du jour sans peine ni douleur, l'enflure étant toute dissipée. Il s'en alla le soir bien joyeux trouver un de ses voisins qui avait depuis longtemps mal à un bras ; il lui raconta ce qui lui était arrivé et lui conseilla de venir en notre église, lui donnant cette relique qu'il avait pour mettre dessus, ce qu'il fît avec

succès, Notre-Sei^j^neiir ayant exaucé leur foi et confiance. Il se trouva si bien soulagé, qu'ils vinrent témoigner leurs reconnaissances.

Nous avons lieu de croire que Dieu voulait manifester la sainteté de notre V. Sœur d'une manière plus éclatante par la guérison miraculeuse de notre chère sœur Desmoulins, dont Monseigneur l'Evêque de Soissons a dressé un procèsverbal, étant pour lors notre Père spirituel'. Bien que Ton ^ y fût adressé pour toutes sortes de maladies, l'on peut dire que depuis ce temps c'est un recours continuel ; l'on envoie de tous côtés des linges pour faire toucher à son tombeau, d'autres y font faire des neuvaines de messes, dont plusieurs assurent avoir reçu l'effet de leur confiance.

Celle qui suivit de près la guérison de notre chère sœur fut la fille de dame des Vignes, qui n'était âgée que de cinq à six ans. Elle avait les pieds et les bras tout tournés depuis près de quinze mois par un catarrhe. Sa mère ayant appris le miracle qui s'était fait céans et voyant que les médecins ne pouvaient rien faire à son enfant, elle se résolut d'avoir recours à notre V. Sœur. Elle vint le mercredi saint de la même année apporter une chemise pour faire toucher à son tombeau ; le lendemain matin, elle la mit à sa fille en lui disant de bien invoquer cette Bienheureuse Sœur Alacoque, après quoi elle la laissa dans une petite chaise roulante, où elle la laissait tout le jour pour pouvoir travailler. Cependant, cette petite n'eut pas plus tôt pris cette chemise, que ses bras et ses pieds se remirent dans leur situation naturelle. Environ une heure après, cette femme étant revenue, sa fille lui va au-devant disant : < « Ma Mère, la Sainte des Sainte-Marie m'a guérie », ce qui la surprit si fort qu'elle fit un grand cri dans la crainte

Page 1