LA FONDATION DU MONASTÈRE DE PARAY-LE-MONIAL
Par une harmonieuse disposition de la Providence qu'il est doux de remarquer, c'est un premier vendredi du mois — 4 septembre 1626 — que fut fondé le monastère de Paray-le-Monial, vingt-sixième de l'Ordre.
Le petit essaim fondateur sortait du monastère de Lyonen-Bellecour, à l'ombre duquel saint François de Sales était mort en 1 622 et qui avait l'insigne privilège de posséder le cœur de ce Bienheureux Père.
Ce futdonc bien l'esprit primitif de l'Institut qu'apportèrent avec elles, en cette nouvelle ruche, les sœurs fondatrices, au nombre de sept : la Mère Marguerite-Elizabeth Sauzion, supérieure ; sœur Marie-Marguerite Fontaney, assistante; sœur Jeanne-Françoise Pétrin, sœur Marie-Constance de Bourcelet, sœur Marie-Angèle Martin, professes du voile noir; sœur Anne-Cécile de Fonsauvage, du voile blanc, et sœur Marie-Aimée Rosselin, novice choriste, « la première fille de Paray, que l'on sache, qui se soit jamais faite religieuse », écrit la Mère de Chaugy, dans V Histoire de la fondation.
Toutes ces âmes, d'après les mémoires du temps, étaient (( de grande vertu, extraordinairement gratifiées de Dieu, surtout d'un don d'oraison très sublime ».
C'est sœur Marie-Marguerite Fontaney qui, sur son lit d'agonie, et souffrant d'étranges douleurs, s'écriait : « 0 douce main de mon Epoux, crayonnez, crayonnez en moi selon votre volonté ! » La supérieure pria la mourante de lui dire quelle était sa pensée, en poussant cette exclamation : « Ma chère Mère », répondit-elle, « c'est que je me tiens devant Dieu comme une toile d'attente devant son peintre ; je le supplie de crayonner en moi l'image parfaite de mon Jésus crucifié. » Ainsi, semble-t-il que, dès l'origine, le divin Maître ait voulu initier les âmes de cette Maison au mystère de la toile d attente, sur lequel la Bienheureuse devait recevoir de si vives et pénétrantes lumières.
Mais revenons à la fondation du Monastère. Il est juste de publier que celle-ci fut le fruit du zèle persévérant des Révérends Pères Jésuites. Sans eux, ni elle ne se fût conclue, ni elle ne se fût maintenue. Les faits sont là pour le prouver. Laissons parler les Annales du couvent :
« Le Révérend Paul de Barry s'était rendu aussi vénérable par sa bonne vie et sa saine doctrine, qu'il était auparavant distingué dans le monde par la noblesse de son extraction.
« Son humeur bénigne et affable le fît si fort affectionner du bon peuple de Paray, qu'on tenait à bonheur de lui rendre des services. Il prêcha un carême entier, dans lequel il fut suivi et écouté comme un apôtre. Notre-Seigneur bénissant ses travaux, lui fît faire une bonne récolte de plusieurs âmes perdues qui se convertirent, ce qui accrut encore l'estime que Ton avait pour lui.
« Ce bon Père voyant tous les cœurs tournés vers lui, en profita pour persuader à la ville qu'un moyen d'y faire fleurir la piété, serait d'établir un monastère de religieuses
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réformées. Ce di^iio religieux, ayant rencontré (|uel([ues âmes qui lui déclarèrent leur désir de se consacrer à Dieu, poursuivit co dessein avec d'autant plus d'ardeur. Dans une assemblée générale, il lit un discours éloquent au peuple, lui faisant voir qu'un monastère de bonnes religieuses est la gloire, le bonheur et l'avantage d'une ville.
u Tous les auditeurs, presque d'une voix, supplièrent le Père de procurer ce bonheur à cette petite cité de Paray, disant qu'ils y donnaient leur consentement. Le Révérend Père de Barry ne demandait pas mieux que de satisfaire ce vœu populaire. Il alla communiquer son dessein à Madame la marquise de Ragny, la priant, comme Gouvernante du lieu, de le favoriser de son autorité. Elle le lui promit avec plaisir, et dit que, quoiqu'elle fût sur le point de partir pour la Cour, elle protégerait les religieuses, de quelque ordre qu'elles fussent. Le Révérend Père Ay mères se trouvait présent. Or, comme il avait eu le bonheur d'être témoin oculaire de plusieurs saintes actions, par lesquelles notre saint Fondateur édifia tout le monde au lit de la mort, il avait conservé une grande estime de ce saint Prélat, et une sainte dilection pour celles qui vivent selon les maximes de son esprit . Ce Révérend P ère arrivait tout récemment d'Evian , où nos chères sœurs de Thonon avaient commencé leur fondation. Il raconta au Père de Barry qu'il les avait trouvées remplies de l'esprit d'humilité, de simplicité, de douceur et de pauvreté. Ce Révérend Père goûta fort ce récit, et jugea que de semblables religieuses seraient au gré de ce peuple, qui était d'une humeur honnête, et qu'il en retirerait un grand avantage spirituel.
« D'après les avis du Révérend Père Aymères, il s'adressa à notre vénérable Mère Marie-Aimée de Blonay, supérieure de notre monastère de Lyon-en-Bellecour, et lui exposa toutes les raisons que son zèle lui suggérait pour demander cette fondation. Cette vraie fille de notre Bienheureux Père François de Sales le remercia beaucoup de sa
bonne volonté, et lui fît espérer qu'on se rendrait à ses désirs, ajoutant néanmoins qu'elle ne pouvait lui faire aucune promesse avant que d'en avoir conféré avec notre bienheureuse Mère, sans Tavis de laquelle elle n'entreprenait rien. De plus, qu'il fallait la permission de Monseigneur de Marquemont, qui était alors à Rome, et de Monsieur le Comte de la Faye, Père spirituel, qui était à Paris. Madame la Marquise de Ragny parla à ce dernier, qui lui donna l'assurance que la fondation se ferait selon ses désirs. En effet, notre sainte Mère de Chantai ayant donné une réponse favorable, on obtint promptement les permissions de Monseigneur le Cardinal de Marquemont et de Monsieur le Comte de la Faye. Cependant, notre Mère Marie-Aimée voulut encore prendre l'avis de plusieurs personnes de piété, entre autres du Révérend Père Jean Fourrier, provincial des Jésuites, qui avait autrefois dirigé notre saint Fondateur. Non seulement, il lui conseilla d'accepter cette fondation, mais la pria de le faire le plus tôt possible. Le bon Frère Anthelme Antoine, grand serviteur de Dieu, qui, dans l'état séculier, était en réputation de sainteté, assura que cet établissement serait traversé, mais qu'il réussirait à l'honneur du Seigneur Jésus et de sa très sainte Mère ^ » Le serviteur de Dieu avait dit vrai. Cependant des épreuves de toutes sortes — y compris la peste de 1628 — jetèrent tant de difficultés sur l'établissement de cette Communauté naissante que sainte Chantai elle-même fut longtemps d'avis qu'il faudrait rompre la fondation et la transférer ailleurs. Il est intéressant de lire, dans la correspondance intime de la sainte à cette époque, ses sollicitudes au sujet du Monastère de Paray. Le 19 mars 1629, elle écrivait à la Mère Marie-Hélène de Chastellux, supérieure à Autun : (( Je n'ai pas sentiment que jamais ces pauvres fîlles-là se puissent bien établir à Paray. Je crains qu'elles