‹ Vie et œuvresChapitre 72 sur 265 · Id · texte numérisé non relu

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3. Voir plus loin le texte et la traduction du Bref de ce Jubilé.

Le vendredi de chaque semaine était le grand jour: celui auquel une permission exceptionnelle ouvrait aux pèlerins, pour quelques heures, les portes du « jardin fermé ». C'est ainsi que trois grandioses processions du saint Sacrement eurent lieu à travers notre enclos les vendredis 12 septembre, 10 et 17 octobre, tandis que, trois autres fois, les vendredis 19 et 26 septembre et 2 octobre, ce fut la châsse de la Bienheureuse, qui, par privilège spécial obtenu de Rome, fut portée en triomphe dans les allées de ce même jardin, sanctifié jadis par les apparitions du Sauveur à sa très humble servante. Grâce à la munificence de Mgr Perraud, cette châsse venait d'être une première fois redorée. On la voyait littéralement étinceler sous les rayons d'un soleil éblouissant qui semblait prendre plaisir à éclairer de telles fêtes.

Le dimanche, 12 octobre, il y eut une autre procession générale, à laquelle la sainte châsse fut conduite dans l'allégresse par toutes les rues de la cité, au chant cent fois répété de ce doux refrain :

Entends notre prière 0 Bienheureuse Sœur, Et répands sur la terre , L'amour du sacré Cœur !

C'est vraiment alors qu'on voyait « l'humilité de la révélatrice des ineffables richesses du Cœur de Jésus changée en gloire^ ».

Cette Bienheureuse Marguerite-Marie, elle qui voulait s'abaisser jusqu'à la poussière, elle qui, bien volontiers, (( se fût approprié la méprisante qualification appliquée par saint Paul à tous les disciples du Dieu crucifié : nous sommes la balayure de la terre ! voyez donc ce qu'elle fait cette balayure si souvent foulée aux pieds ? Elle remue le

1. Mgr Perraud. Lettre circulaire adressée aux Pères de TOratoire,

niondo. Qui donc, en oirel, pendant ces deux mois, a ébranlé ces foules? Qui les a fait accourir ici des extrémités de la France ? Qui a groupé autour de cette chasse et dans ce sanctuaire, cent fois trop étroit pour les contenir, ces pèlerins venus de tous les points de Thorizon? Leur présence, leurs paroles, leurs actes vous ont dit le pourquoi de leurs lointains et fatiic^nts vova^^es. Ils ont subi une mystérieuse et puissante attraction, et si vous les avez interrogés, ils ont pu vous répondre avec cette parole de nos saints livres : Nous sommes accourus jici, attirés par le délicieux parfum <le la Sainte de Paray '. »

Le dimanche, 14 septembre, de nombreux pèlerins iwaient assisté à une imposante cérémonie présidée par Son Éminence le cardinal Richard, archevêque de Paris. C'était la plantation de la croix du pèlerinage de pénitence de Jérusalem sur le calvaire de l'enclos de Messieurs les Chapelains. Qui redira ce que furent les chemins de Croix en plein iiir, prêches et accomplis le jeudi soir, en ce lieu, pendant les semaines du Jubilé? Qui redira surtout ce que iutVHeure sainte des prêtres, faite dans notre chapelle, le jeudi soir 16 octobre, etprêchée parle R. P. Tissot, supérieur général des Missionnaires de saint François de Sales d'Annecy ? Jamais encore, notre sanctuaire n'avait été témoin d'émotions semblables. Elles atteignirent un tel degré, qu'on pourrait dire qu'on entendait les larmes couler et que les pavés de ce sanctuaire demeurèrent baignés de toutes ces larmes sacerdotales. Un cardinal et dix ou onze évêques étaient présents à cet exercice et notre trop petite église était comble : des prêtres î rien que des prêtres ! Oh î quel spectacle digne des ;inges ! . . .

Malgré plus d'une déception extérieure venant de l'incertitude du temps, qui s'était maintenu si serein les semaines

1. Mgr Perraud. Allocution du jour de la Toussaint dans la chapelle de la Visitation de Paray.

Margnerile-Marie Alacoqiie. — III. 16

précédentes, le 17 octobre fut cependant le jour des jours de ce magnifique Jubilé. Son Éminence le cardinal Foulon, archevêque de Lyon, et quatorze évêques prirent part aux splendeurs de la fête. Mgr Germain, évêque de Coutances, fut le panégyriste éloquent de notre Bienheureuse à la Basilique. Dans notre chapelle ce fut le R. P. Tissot qui, d'une manière absolument vivante et palpitante, nous fit assister à la mort de la Bienheureuse, sollicitant sa protection pour tous, avec une telle chaleur et véhémence d'expression, que panégyrique semblable ne peut s'analyser.

La clôture solennelle du Jubilé eut lieu dans notre sanctuaire même, au soir de la belle fête de la Toussaint ; et ce fut au son de toutes les cloches de la ville que la Bienheureuse « rentra dans sa cellule », c'est-à-dire que sa châsse fut replacée à son poste préféré d'humilité : sous le maîtreautel. Avant ce dernier acte, Mgr Perraud monta en chaire, et de ses lèvres émues s'éleva vers le ciel un véritable chant d'action de grâces, auquel il devait bientôt donner une prolongation en puljliant sa belle Lettre pastorale intitulée : L'action de grâces. Tout y est résumé de main de maître .

Durant ce glorieux Jubilé, la châsse de la Bienheureuse fut successivement entourée dans notre sanctuaire, ou escortée dans les processions, par : deux cardinaux, quatre archevêques, trente-trois évêques et un chorévêque chaldéen. Tous signèrent un postulatum qui fut envoyé au Saint- Père pour demander la canonisation.

Le Pape, selon l'expression de Mgr Perraud, le Pape, après s'être informé fréquemment des éclatantes manifestations de foi dont Paray était devenu le théâtre, daigna se faire représenter lui-même à nos fêtes en y déléguant un homme de sa droite, honoré depuis longtemps de sa confiance et de son affection : Mgr Rinaldo Angeli, secrétaire intime de Sa Sainteté. Le promoteur de la foi, Mgr Augustin Caprara, visita également Paray durant cette période

jubilaire, (\m vit dôtiler environ cent cinquante mille pèlerins dans la paisible cité du sacré Cœur.

« Paray-le-Monial (diocèse d'Autun), ' le 3 janvier 1890.

« Très Saint-Père,

« La course rapide des années et des siècles va ramener prochainement le second centenaire du jour où l'humble vierge de la Visitation de Paray, la Bienheureuse Marguerite-Marie Alacoque, rendit à Dieu son âme toute consumée par les feux de la pénitence, du zèle et de la charité (17 octobre 1690).

(( J'aurais l'intention de donner la plus grande solennité possible à la célébration de ce second centenaire et de solliciter de votre paternelle bonté des grâces et des faveurs spirituelles qui exciteraient la foi des fidèles, multiplieraient les pieux pèlerinages, les prières, les actes de dévotion et tourneraient ainsi à la gloire de Notre-Seigneur Jésus-Christ et au bien de son Eglise.

(( Je ne sais si je pourrais m'enhardir jusqu'à demander à Votre Sainteté le précieux avantage d'un Jubilé local, pendant lequel tous les prêtres approuvés pour la confession dans la ville de Paray jouiraient des pouvoirs extraordinaires que Votre Sainteté accorde aux confesseurs en temps de Jubilé.

« Quant à l'époque et à la durée de ce Jubilé et aux œuvres à accomplir par les fidèles pour gagner l'indulgence jubilaire, il n'appartiendrait qu'à Votre auguste Paternité de les déterminer.

« La concession d'une si précieuse faveur augmenterait dans des proportions considérables les prières et les supplications qui se font de toutes parts pour la sainte Église, pour le Siège apostolique si indignement persécuté, et pour le Vicaire de Jésus-Christ que tous ses fils souhaitent ardemment voir rétablir dans la plénitude de ses droits.

u Daigne Votre Sainteté bénir l'Evêque et son troupeau, et recevoir la nouvelle assurance de leurprofond et religieux dévouement en Notre-Seigneur Jésus-Christ.

u -j- Adolphe-Louis, « Evêqued'Autun, Ghalon et Mâcon. »

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