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Banqueroute du système Law

2. La Mère Marie-Agnès de la Valbonne gouverna ce monastère de Paray de 1651 à 1657.

Elle était de même très ponctuelle à toutes les petites observances, en faisant ressouvenir chacune de nous dans les occasions, et sonnant à point nommé tous les exercices de la Communauté, dès que celles qui en étaient chargées V manquaient d un instant ; c'était un droit qu'elle s'était approprié dans son àg-e avancé. Elle s'est même souvent levée du lit, pour venir donner le signe de huit heures, ou sonner Yohcissancc du soir, lorsqu'on la retardait dune minute.

Toute sa vie n'a été que prévoyance et exactitude, n'ayant presque jamais manqué 'd'apporter son ouvrage à Y obéissance, à la fin de chaque mois. Vraie fille de saint François de Sales, sa dévotion pour lui était incomparable ; elle la témoignait surtout par l'attachement et la pratique de tout ce qu'il nous a marqué et par le goût qu'elle trouvait dans ses écrits. Ses épîtres en avaient toujours un nouveau pour elle; pendant plus de quarante ans qu'elle n'a fait d'autres lectures, cette très honorée sœur nous en disait toujours quelques traits agréables, dans les assemblées d'après vêpres, y donnant un tour ingénieux, par le choix et l'application qu'elle en faisait.

C'était la plus habile et la meilleure officière qu'on pût désirer, la plus accommodante à ses aides, et à toutes celles qui pouvaient avoir quelques recours à elle. On se faisait un plaisir d'être avec elle dans les charges qu'elle a exercées, de réfectorière, lingère, dépensière, sacristine et maîtresse des pensionnaires. Elle avait surtout mille bontés pour ses jeunes élèves, les instruisait fort bien et s'en faisait beaucoup chérir. Elle a encore été plusieurs fois conseillère et surveillante, se faisant aimer de ses supérieures, étant bonne et compatissante au prochain, surtout aux pauvres; d'une humeur agréable, écrivant d'un style très divertissant et religieux k plusieurs de nos monastères, qui l'estimaient et chérissaient extrêmement. Elle était très zélée pour faire faire le devoir aux novices et pour chanter

Marquerite-Marie Alacoque. — III. 20

l'office divin, qu'elle a soutenu avec vigueur jusqu'à l'âge de quatre-vingts ans. Elle ne dédaignait rien de tout ce qui était de la maison de Dieu, s'étant offerte avec joie de se charger de la lingerie, qu'elle avait passé soixante ans, et s'en étant acquittée alors aussi parfaitement qu'elle l'avait fait dans sa jeunesse.

Sa vie a été des plus tranquilles et unies, ne faisant peine à personne et n'étant point enviée, se faisant plaisir de tout ce qui en faisait aux autres. Son adresse pour les petits ouvrages était singulière ; elle y travailla jusqu'à l'âge de quatre-vingt-six ans, ayant conservé la vue et l'ouïe assez bonne jusqu'à sa fin.

Elle ne se plaignait point de ses infirmités, étant la meilleure malade du monde, se répandant en actions de grâces au moindre service qu'on lui rendait. Tout était trop bon pour elle à son gré, en santé et en maladie, et ne voulant que le reste des autres pour ses voiles et ses habits ; ne souffrant presque jamais qu'on lui donnât rien de neuf pour son usage, jusque même à ses souliers, qu'il fallait que d'autres eussent portés, pour les lui faire accepter. Sa ferveur la rendait si vigilante qu'on ne la trouvait presque jamais au lit dès les trois ou quatre heures du matin. Elle aimait si fort la Communauté qu'elle procurait, dans tous les offices où on la mettait, plusieurs petits accommodements de son invention, qui était ingénieuse, et qui nous sont encore d'une très grande utilité, se servant pour cela, avec permission, de l'argent qu'elle recevait de Messieurs ses parents. Enfin, sa vie uniforme n'est pas moins merveilleuse et agréable au Seigneur dans sa simplicité que celles dont les traits éclatants ou les événements divers font briller la vertu et le mérite : le sien était celui de la fille du roi, dont toute la gloire et la beauté est au-dedans.

Elle était trop chérie du Seigneur pour qu'il refusât de temps en temps de lui donner des marques de sa tendresse, par les croix qu'il lui fournissait, comme une épreuve de la sienne.

Elle a soutTert avec beaucoup de générosité la sortie d'une de ses nièces, qui ne se trouva pas une vocation assez forte pour rester dans la sainte religion parmi nous. Elle a eu aussi d'autres sujets d'alllictions, ménagés par la Providence, dont elle a fait un saint usage par la fidélité, étant ravie de porter longtemps sa croix pour augmenter ses mérites; car la vie ne lui était point désagréable, quoiqu'à toute autre elle eût paru pénible, les dernières années de sa vie.

Elle a rempli une longue carrière, dans les exercices d'une piété solide, qu'elle a fait paraître jusqu'à sa fin, disant son rosaire une ou deux fois par jour, surtout lorsqu'elle ne pouvait presque plus travailler la dernière année de sa vie, disant encore journellement l'office des morts ouïes sept psaumes, à l'infirmerie, où elle se tenait depuis quatre ou cinq ans, dans un fauteuil, en un petit coin, où elle n'incommodait personne, même en hiver auprès du feu, dont elle n'approchait presque pas, malgré une attaque de paralysie imparfaite sur la langue et sur les jambes, qui lui empêchait de parler et marcher librement. Cependant, elle n'aurait pas manqué d'aller à l'office avant même qu'il sonnât, marchant jusqu'au bas des degrés de la tribune, et faisant du bruit avec son bâton contre le balustre, pour appeler quelqu'une de nous, afin de lui aider à les monter, ce qu'elle ne pouvait plus faire seule, et qu'elle ne voulait pas toujours donner la peine, ou plutôt l'assujettissement à ses infirmières.

Elle était charmée des moindres honnêtetés qu'on lui faisait, en ayant beaucoup elle-même, et une soumission d'enfant, une déférence, et un respect surprenant pour son infirmière, qui avait été sa pensionnaire, souffrant même que de plus jeunes encore lui parlassent assez librement, quoique elle eût le jugement assez bon pour le connaître et le ressentir dans sa caducité, mettant tout à profit pour la sainte éternité. Elle y avançait plus que l'on ne pensait.

quoique elle n'eût d'autres incommodités que sa paralysie imparfaite, buvant et mangeant avec aussi peu d'attention, pour la qualité des aliments, qu'une jeune fille, n'ayant jamais eu de maux de poitrine ni d'estomac, disant ne sentir aucun mal à son âge, ce qui était admirable. Nous croyions la garder dans son siècle entier, lorsqu'un gros rhume lui étant survenu, elle n'en fit aucun compte, excepté qu'elle ne put descendre pour communier au chœur le dimanche avant sa mort, comme elle avait accoutumé tous les huit jours régulièrement. Le jour même de sa mort, elle mangea suffisamment et fut levée jusqu'à cinq heures du soir, qu'on la remit au lit, qu'elle craignait beaucoup. Mais elle n'y fut pas plus tôt, qu'on la trouva assez mal pour faire appeler Monsieur notre Confesseur*, en qui elle avait toute sa coniîance. Il la confessa après souper, et, pendant Matines, elle entra en agonie, en sorte qu'on n'eut le temps que de lui administrer les saintes huiles, après quoi sa lampe s'étant remplie de celles de bonnes œuvres, et sa grande piété, elle se trouva disposée à suivre le divin Epoux, qui vint à dix heures du soir recevoir cette vierge sage dans le sein de sa miséricorde. Dieu nous donne une aussi belle carrière et heureuse fin !

Dieu soit béni.

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