‹ Vie et opinions de Tristam ShandyChapitre 171 sur 331 · CHAPITRE CXLIX · texte numérisé non relu

CHAPITRE CXLIX

Les trente premières pages, dit mon père en tournant les feuillets, — sont un peu arides; et comme elles ne sont pas étroitement liées au sujet, — nous les passerons pour le moment: c’est une introduction-préface, continua mon père, ou une préface-introduction (car je n’ai pas encore déterminé le nom que je lui donnerai) sur le gouvernement politique et civil; et comme le fondement en a été jeté par la première association du mâle et de la femelle pour la procréation de l’espèce, — j’y ai été insensiblement amené. C’était naturel, dit Yorick.

L’origine de la société, continua mon père, est, j’en suis convaincu, ce que Politien nous dit, c’est-à-dire purement conjugale; et rien de plus que la réunion d’un homme et d’une femme; auxquels un philosophe (Hésiode) ajoute un serviteur : — mais supposant que, tout au commencement, il n’était pas encore né de serviteur,

— il en pose le fondement sur un homme, — une femme,

— et un taureau. Je crois que c’est un bœuf, dit

Yorick citantle passage (oTxovjAv «pût tara, yvva T*« te, (3&vv t’ àpotïîpa) — un taureau aurait donné plus d’embarras qu’il

ne valait. Mais il y a encore une meilleure raison,

dit mon père (en trempant sa plume dans l’encre); c’est que le bœuf étant le plus patient des animaux, et le plus propre en même temps à labourer la terre pour la nourriture du ménage, — était l’instrument et l’emblème aussi le plus convenable que la création eût pu associer

au couple nouvellement uni. Et il y a une raison

plus forte que tout cela en faveur du bœuf, ajouta mon oncle Toby. — Mon père n’eut pas la force de retirer sa plume de l’encrier avant d’avoir entendu la raison démon

oncle Toby. C’est que quand le sol fut labouré, dit

mon oncle Toby, et valut la peine d’être enclos, alors on commença à le protéger par des murs et des fossés : ce qui

fut l’origine des fortifications. C’est juste, c’est juste,

cher Toby, s’écria mon père effaçant le taureau, et mettant le bœuf à la place.

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Mon père fit signe à Trim de moucher la chandelle, et reprit la parole.

— J’entre dans ces considérations, dit mon père négligemment et fermant à moitié le livre, simplement pour montrer le fondement de la relation naturelle -entre un père et son enfant, sur lequel il acquiert son droit et sa juridiction des diverses manières suivantes, —

1° Par mariage;

2° Par adoption ;

3° Par légitimation ;

Et 4° par procréation : lesquelles j’examine toutes dans leur ordre.

11 en est une, repartit Yorick, à laquelle j’attache peu d’importance ; — selon moi, ce dernier acte, surtout quand il finit là, n’impose pas plus d’obligations à l’enfant qu'il ne confère de pouvoir au père. Vous avez tort, —

dit mon père subtilement; et par cette simple raison * *

•fc * * *• ★****-********•*

— Je conviens, ajouta mon père, qu’à ce compte l’en-

fant n’est pas autant sous la puissance et juridiction de la mère. Mais la raison, repartit Yorick, se trouve également bonne pour elle. Elle est elle-même sous une

autorité, dit mon père : — et d’ailleurs, continua mon père, secouant la tcle et posant son doigt sur un des côtés de son nez comme il alléguait sa raison, — elle n’est

pas l’agent principal, Yorick. Dans quoi? demanda

mon oncle Toby quittant sa pipe. Quoique sans con-

tredit, ajouta mon père (sans prêter attention à mon oncle Toby), « le fils lui doive du respect ; » comme vous pouvez le lire, Yorick, tout au long, dans le premier livre des

Jnstitutes de Justinien, titre onze, section dix. Je

puis aussi bien le lire dans le catéchisme, répliqua Yorick.

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