‹ Vie et opinions de Tristam ShandyChapitre 173 sur 331 · CHAPITRE CLI · texte numérisé non relu

CHAPITRE CLI

O bienheureuse santé 1 s’écria mon père en tournant les feuillets pour arriver au chapitre suivant, lu es audessus de tout or et de tout trésor 1 ; c'est toi qui agrandis l’ûmc, — et disposes toutes ses facultés à recevoir l’instruction et à goûter la vertu. — Celui qui te possède n’a guère rien de plus à désirer; et celui qui est assez malheureux pour être privé de toi, — est avec toi privé de tout.

J’ai concentré dans un très-petit espace tout ce qu’on pouvait dire sur ce sujet important, dit mon père : ainsi nous lirons le chapitre en entier.

Mon père lut ce qui suit :

« Tout le secret de la santé dépendant d’un juste équi-

1 Pris & Burtoo, qui loi- mime l'avait pris à l'Ecddsiastc. (.Vote du traducteur.)

libre dans la lutte entre le chaud et l’humide radical »

Vous avez prouvé le fait plus haut, je suppose, dit

Yorick. Suffisamment, repartit mon père.

En disant ceci, mon père ferma le livre, — non pas comme s’il avait résolu de n’en plus rien lire, car il garda l'index dans le chapitre ; — ni avec humeur, — car il ferma le livre lentement, son pouce, ceci fait, reposant sur le dessus de la couverture, tandis que scs trois autres doigts en soutenaient le dessous, sans la moindre pression violente. —

J’ai démontré la vérité de ce point, dit mon père, faisant à Yorick un signe de tête, plus que suffisamment dans le chapitre précédent.

Or, si l’on pouvait dire à l’homme de la lune qu’un homme sur la terre a écrit un chapitre qui démontre suffisamment que le secret de toute santé dépend d’un juste équilibre dans la lutte entre le chaud et l’humide radical ; — et qu’il a si bien traité ce point qu’il n’y a pas dans tout le chapitre un seul mot, sec ou mouillé, sur le chaud ou l’humide radical, — ni une seule syllabe pour ou contre, directement ou indirectement, sur la lutte entre ces deux puissances dans n’importe quelle partie de l’économie animale —

« O toi , éternel auteur de tous les êtres ! » — s’écrieraitil en se frappant la poitrine de sa main droite (en cas qu’il en eût une) — « toi dont la puissance et la bonté peuvent étendre les facultés de tes créatures à ce degré infini d’excellence et de perfection! — que t’ont fait les Luniens ? »

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