‹ Vie et opinions de Tristam ShandyChapitre 184 sur 331 · CHAPITRE CLXH · texte numérisé non relu

CHAPITRE CLXH

Nous ne nous arrêterons pas deux instants, mon cher monsieur; — seulement, comme voici cinq volumes d’achevés ( de grâce, monsieur, asseyez-vous sur un exemplaire, cela vaut mieux que rien), jetons un coup d’œil en arrière sur le chemin que nous avons fait.

— Quel désert c’était! et quelle faveur du ciel de ne pas nous être égarés tous les deux, et de n’avoir pas été dévorés par les bêtes féroces !

Pensiez-vous, monsieur, que le monde lui-même contînt un si grand nombre d’ânes? comme ils nous ont

passés en revue quand nous avons traversé le ruisseau au fond de cette petite vallée! — et lorsque nous avons gravi cette colline, et qu’ils allaient nous perdre de vue, — bon Dieu! comme ils se sont mis à braire tous ensemble!

— Je te pflc, berger, à qui sont tous ces ânes? ***

— Que le ciel les assiste ! — Quoi ! est-ce qu’on ne les

étrille jamais? — Est-ce qu’on ne les rentre jamais l’hiver?— Allez, vous pouvez braire, — braire, — braire. — Continuez, — le monde est de beaucoup votre débiteur; — encore plus fort; — ce n’est rien : — en bonne foi, on vous traite mal. — Si j’étais un âne, je le déclare solennellement, je voudrais braire en 2 -sol-ré-ut du matin jusqu’au soir. **

Page 1