CHAPITRE CLXXVII
Il y a, monsieur, mille résolutions dans l’église et dans l’état, aussi bien, madame, que dans des affaires d’un intérêt plus privé, — qui bien qu’elles aient tout l’air d’avoir été prises et adoptées à la hâte, follement, inconsidérément, malgré cela (et si vous ou moi nous avions pu entrer au cabinet, ou nous tenir derrière le rideau, nous aurions constaté le fait) ont été pesées, examinées, considérées, — discutées, — canvassées, délibérées, — et envisagées sous toutes leurs faces avec tant de sang-froid , que le dieu du sang-froid lui-même (je ne me charge pas de prouver son existence) n’aurait pu désirer plus, ou mieux faire.
De ce nombre était la résolution que prit mon père de
me mettre en culottes ; car, bien qu’il s’y fût déterminé tout d’un coup, — dans une sorte d’accès de colère, et de défi au genre humain, le pour et le contre avaient, néanmoins, été ballottés, et plaidés judiciairement entre lui et ma mère un mois auparavant, dans deux différents lits de justice que mon père avait tenus à cet effet. J’expliquerai dans mon prochain chapitre la nature de ces lits de justice ; et dans le chapitre d’après, vous passerez avec moi, madame, derrière le rideau, seulement pour entendre de quelle manière mon père et ma mère débattirent entre eux cette affaire des culottes ; — et d’après cela vous pourrez vous former une idée de celle dont ils débattaient toutes les affaires de moindre conséquence.