CHAPITRE CXCIV
J’ai conté au lecteur chrétien;— je dis chrétien, — dans l’espérance qu’il l’est; — et s’il ne l’est pas, j’en suis fâché, — et je le prie de considérer la chose en lui-même, et de ne pas jeter le blâme entièrement sur ce livre
Je lui ai conté, monsieur, — car en bonne vérité, quand un homme conte une histoire de la façon étrange dont je conte la micnpe, il est continuellement obligé d’aller en avant et en arrière pour empêcher le fil de se rompre dans la pensée du lecteur; — et pour ma part, si je n’y prends pas plus garde que je n’ai fait d’abord, il est tant de choses indéterminées et équivoques qui surgissent, avec tant de ruptures et de lacunes, — et j’obtiens si peu de service des étoiles que je suspends, pourtant, dansquelqucsuns des passages les plus obscurs , sachant que le monde est sujet à perdre son chemin, malgré toute la lumière que le soleil lui-même peut lui donner en plein midi , — et en ce moment vous voyez que je me suis perdu moimême !
Mais c’est la faute de mon père; et si jamais mon cerveau vient à être disséqué, vous distinguerez, sans lunettes, qu’il a laissé un grand fil inégal, comme vous en voyez quelquefois dans une pièce de batiste invendable , courant dans toute la longueur du tissu, et si maladroitement, que vous n’en pouvez pas couper une ** (ici je suspends
encore une couple de lumières ) — ou une bande, ou un doigtier, qu’il ne soit vu ou senti.
Quantô id diligentiùs in liberis procreandis cavendum, dit Cardan. — Le tout étant considéré, et attendu que vous voyez l’impossibilité morale où je suis de revenir à
mon point de départ,
Je recommence le chapitre.