‹ Vie et opinions de Tristam ShandyChapitre 213 sur 331 · CHAPITRE CXCV · texte numérisé non relu

CHAPITRE CXCV

Une ou deux consultations illusoires, mais délicieuses, de cette espèce, entre mon oncle Toby et Trim, sur la démolition de Dunkerque, — ramenèrent pour un moment l’idée de ces plaisirs qui lui échappaient. — Pourtant, — pourtant tout se traînait pesamment; la magie laissait l’esprit d’autant plus faible; le Calme, avec le Silence derrière lui, entra dans le parloir solitaire, et tira son voile de gaze sur la tête de mon oncle Toby ; et l'Indifférence , à la fibre relâchée et au regard vague, prit tranquillement place à côté de lui dans son fauteuil. — Amberg et Rhinberg, et Limbourg et Huy, et Bonn, une année; et la perspective de Landen, et de Trorebach, et de Drusen , et de lïendermonde , la suivante , — n’accéléraient plus en lui la circulation du sang ; les sapes , et les mines, et les blindes, et les gabions, et les palissades, n’écartaient plus ce bel ennemi du repos de l’homme : — mon oncle Toby, après avoir passé les lignes françaises, en mangeant son œuf à souper, ne pouvait plus delà pénétrer dans le cœur de la France, traverser l’Oise, et ayant toute la Picardie ouverte derrière lui, marcher droit aux portes de Paris, et s’endormir uniquement sur des idées de gloire ; — il n’en était plus à rêver qu’il avait planté l’étendard royal sur la tour de la Bastille, ni à s’éveiller en le sentant flotter dans sa tète.

DE TRISTRAM SIIANDY. 415

De plus molles visions, des vibrations plus faibles

se glissèrent doucement dans son sommeil ; la trompette de la guerre tomba de ses mains ; il prit le luth , doux instrument! de tous le plus délicat! le plus difficile ! — Gomment en joueras-tu, mou cher oncle Toby?

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