‹ Vie et opinions de Tristam ShandyChapitre 233 sur 331 · CHAPITRE CCXVIII · texte numérisé non relu

CHAPITRE CCXVIII

Clic, clac, — clic, clac, — clic, clac: — c’est donc là Paris! dis-je ( fidèle à mon humeur ) — et c’est là Paris ! — hum ! — Paris 1 m’écriai-je, répétant le nom pour la troisième fois. —

La première, la plus belle, la plus brillante des villes !

Les rues, pourtant, sont bien sales.

Mais la vue, je suppose, en vaut mieux que l’odeur. — Clic, clac, — clic, clac ; — quel embarras tu fais ! — comme s’il importait à ces bonnes gens d’être avertis qu’un homme à face pâle, et vêtu de noir, a l’honneur d’entrer à Paris, à neuf heures du soir, mené par un postillon en veste jaune tannée, à revers de calmande rouge! — clic, clac, — clic, clac, — clic, clac. Je voudrais que ton fouet

Mais c’est l’esprit de ta nation, ainsi claque —

claque à ton aise.

Ah! — et personne ne cède le haut du pavé! — mais dans I’écolb de I’ürbanité même, si les murs sont emm — és, comment faire autrement?

Et je t’en prie, quand allume-t-on les lanternes? — Quoi!

— jamais dans les mois d’été! — Oh! c’est le temps des

salades. — Oh ! fort bien ! salade et soupe, — soupe et salade, — salade et soupe, encore

— C’est trop pour des pécheurs.

Non, je ne puis souffrir une pareille barbarie. Comment ce déraisonnable cocher peut-il dire tant d’infamies à ce maigre cheval? Ne voyez-vous pas, l’ami, que les rues sont si abominablement étroites, qu’il n’y a pas dans tout Paris la place de tourner une brouette. Dans la plus magnifique ville du monde entier, il n’eût pas été mal de les laisser une idée plus larges; si seulement chaque rue l’était assez pour qu’on pût savoir ( ne fût-ce que pour sa propre satisfaction ) de quel côté on y marche.

Une, — deux, — trois, — quatre, — cinq, — six, — sept, huit, — neuf, — dix. — Dix boutiques de traiteurs, et deux fois autant de barbiers! et le tout dans un espace de trois minutes en voiture ! on croirait que tous les cuisiniers du monde, dans quelque grande et joyeuse réunion avec les barbiers, d’un commun accord ont dit : — Allons tous vivre à Paris ; les Français aiment la bonne chère;

— ils sont tous gourmands ; — nous y serons haut placés; si leur ventre est leur dieu, — leurs cuisiniers doivent être des messieurs ; et comme la perruque fait l’homme, et que le perruquier fait la perruque , — ergô, les barbiers ont dit: Nous y serons placés plus haut encore, —

DE TRISTRÀM SHANDY. M3

nous serons au-de3sus de vous tous , — nous serons capitouls pour le moips , — pardi, nous porterons tous l’épée.

— Et cela, on jurerait ( c’est-à-dire, à la chandelle, — mais il n’y a pas à s’y fier ) — qu’ils ont continué de le faire jusqu’à ce jour.

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